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Stages non rémunérés : de plus en plus d'étudiants dénoncent le phénomène

Emplois d'été
Photo: iStock / iStockphotos

Les stages bénévoles se multiplient au pays, alors que certaines organisations estiment que jusqu'à 300 000 personnes travaillent actuellement gratuitement au sein de certaines des plus grandes, et des plus prospères, entreprises du Canada.

Le nombre de ces stagiaires a bondi dans la foulée de la crise économique de 2008, affirme Sean Geobey, un chercheur associé au Centre canadien de politiques alternatives, et l'auteur d'un récent rapport intitulé The Young and the Jobless.

Les étudiants de l'Université de Moncton ne sont pas épargnés, selon le vice-président exécutif de la Fédération des étudiants et étudiantes du Centre universitaire de Moncton (FEECUM) Simon Ouellette. 

C'est une réalité [...] Ce n'est pas un stage non payé, comme on l'entend dans les grandes villes, mais on fait travailler les gens au salaire minimum, et on s'attend d'eux qu'ils fassent du travail de surtemps non compatibilisé, qu'ils ne prennent pas leurs pauses et qu'ils travaillent pendant leurs heures de dîner. 

Simon Ouellette, vice-président exécutif de la FEECUM

Laurie Lacroix, qui effectue un stage de trois mois en chimie analytique et environnementale à l'Université de Moncton, est l'une de ces étudiantes qui ne sont pas rémunérées pour leur travail. Elle estime toutefois que cela n'est qu'un passage obligé, et que cela lui sera utile pour l'avenir. 

« J'appends des analyses sur une nouvelle machine que je n'avais jamais pu utiliser » explique-t-elle. « [Il s'agit de ] plus d'expérience en laboratoire pour mon futur métier. Ça me va comme ça ». 

Emmeline Boulay accepte aussi le fait ne pas être payée pour son travail en laboratoire, même si elle considère qu'elle effectue sa juste part de travail. 

« Nous ne sommes pas du même niveau. Dans le laboratoire, il y a surtout des doctorants. Je n'ai pas les mêmes années d'expérience qu'eux ». 

Elle admet toutefois qu'elle peut se permettre de ne pas recevoir de salaire parce qu'elle est boursière. Sans cette source de revenus, elle ne sait pas comment elle aurait pu se permettre de travailler bénévolement. « C'est tout de même un poids financier important » admet-elle. 

Un phénomène qui commence à être dénoncé

Selon Sean Geobey, les Canadiens commencent à se réveiller et à tenir compte de ce phénomène. M. Geobey estime ainsi qu'il ne s'agit pas là du « même contrat social avec lequel leurs parents et grands-parents ont grandi ».

Les Canadiens, et plus précisément les jeunes et leurs parents, remettraient ainsi sérieusement en question ces pratiques qui rappellent les politiques du marché du travail du « 19e siècle ».

Aux États-Unis, les autorités fédérales et étatiques s'en prennent déjà à ces stages non rémunérés. Au Canada, la situation se développe également, alors qu'une manifestation a entre autres été tenue la semaine dernière à Toronto pour demander au gouvernement ontarien d'agir contre ces « arnaques des stages bénévoles ».

À l'échelle fédérale, le néo-démocrate Andrew Cash a déposé l'automne dernier un projet de loi d'initiative parlementaire pour lutter contre le « Far West » des stages bénévoles. Selon lui, ce qui était autrefois des postes de base offrant le salaire minimum est désormais fréquemment transformé en des stages non rémunérés.

Pour deux chercheurs travaillant à une étude sur ces stages, les lois actuelles sont inefficaces, particulièrement en raison du fait qu'un jeune employé tentant de démarrer sa carrière doit dénoncer une compagnie possiblement puissante, et un employeur potentiel.

Acadie

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