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Pourquoi la Crimée est-elle importante pour la Russie?

Radio-Canada

La tension ne cesse de monter en Crimée avec le déploiement d'hommes armés à plusieurs points névralgiques de cette région de l'Ukraine. Jusqu'où ira la Russie pour sauver son influence? Décryptage.

La tension ne cesse de monter en Crimée avec le déploiement d'hommes armés à plusieurs points névralgiques de cette région de l'Ukraine. Jusqu'où ira la Russie pour sauver son influence? Décryptage.

Un texte de Danielle BeaudoinTwitterCourriel

Plusieurs experts font le rapprochement entre la situation actuelle en Crimée et l'intervention russe en Ossétie du Sud en 2008. Les Russes étaient alors intervenus dans cette région russophone de Géorgie qui venait de faire unilatéralement sécession, pour « défendre leurs concitoyens ». Encore aujourd'hui, l'Ossétie du Sud est séparée de la Géorgie et occupée par l'armée russe.

La Crimée, si chère à Moscou

La Crimée est la seule région de l'Ukraine où on trouve une majorité russe, soit près de 60 % des quelque 2 millions d'habitants. En 2010, 70 % des électeurs de la Crimée ont voté pour le candidat à la présidence prorusse Viktor Ianoukovitch.

La Crimée est une république autonome de l'Ukraine. Elle élit son propre Parlement. Mais le gouverneur et le premier ministre sont nommés par Kiev.

Dominée par la Russie pendant 200 ans, la Crimée a été transférée par Moscou à l'Ukraine en 1954. Mais la Russie y garde une influence, et pas seulement à cause de son climat agréable, de ses belles plages et de ses stations balnéaires où des personnalités russes possèdent des maisons.

Les Russes ont toujours un pied en Crimée, à Sébastopol précisément. Cette ville portuaire abrite la flotte russe de la mer Noire, conformément à un accord Kiev-Moscou.

Il s'agit pour la Russie d'une base stratégique, car elle est en mer chaude, donc fonctionnelle toute l'année. La flotte russe compte environ 300 navires de guerre. Le bail pour cette base militaire a été prolongé au moins jusqu'en 2042 sous le règne du président Ianoukovitch. Il semble que Moscou s'inquiète que les nouvelles autorités ukrainiennes ne remettent en cause cet accord.

Une guerre civile à l'horizon?

Les tensions séparatistes se sont avivées en Crimée avec la crise de Kiev et la destitution du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch. Bien des observateurs estiment que les élans séparatistes de la Crimée sont télécommandés depuis Moscou. « Rien n'aurait pu être lancé sans le soutien actif de Moscou », a déclaré le dirigeant tatar Refat Tchoubarov.

Le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, s'inquiète d'ailleurs des « signes dangereux de séparatisme » en Crimée.

Des affrontements ont éclaté récemment devant le Parlement régional de la Crimée entre les partisans prorusses et les manifestants anti-Ianoukovitch. On entendait d'un côté les manifestants crier « La Crimée est russe », tandis que de l'autre, les gens scandaient « Ukraine! Ukraine! » Les pro-Russie réclament un référendum sur le statut de la Crimée.

Des minorités opposées à Moscou

Bien que la Crimée soit majoritairement russe, il y a tout de même deux minorités qui s'opposent à une mainmise de Moscou. Le quart de la population est ukrainienne, et 12 % est tatare.

Les Ukrainiens se sentent solidaires de Kiev et ne veulent pas d'une partition. Quant aux Tatars, d'origine turque et mongole, ils ont déjà averti qu'ils résisteraient à toute tentative de remettre la Crimée à la Russie. Ces derniers gardent en mémoire les déportations massives sous le règne de Staline pendant la Deuxième Guerre mondiale, sous le prétexte que les Tatars avaient accueilli favorablement l'armée allemande en 1941.

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