•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec se dote d'une politique de lutte contre l'itinérance

Le reportage de François Cormier
Radio-Canada

Le gouvernement québécois a dévoilé jeudi sa politique de lutte contre l'itinérance, mais déposera un plan d'actions « ciblées et concrètes » seulement au printemps.

La politique identifie cinq axes d'action prioritaires : le logement, la santé, le revenu, l'éducation et la cohabitation sociale.

« Il est fini le temps de l'indifférence et du fatalisme », a déclaré en point de presse la ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, Véronique Hivon, ajoutant que Québec souhaite envoyer un « message très clair ».

Un plan d'action dans lequel seront détaillées des mesures concrètes doit être déposé dans les prochains mois, a-t-elle assuré.

Mme Hivon a rappelé jeudi que dans son tout récent budget, déposé jeudi dernier, Québec avait annoncé qu'il consacrerait 6 millions de dollars à l'aide aux itinérants au cours de l'année 2014-2015, dont 1 million de dollars pour contrer l'itinérance chez les Autochtones.

De plus, le gouvernement souhaite injecter 270 millions de dollars dans la construction de logements sociaux, dont 500 unités qui seraient réservées à une clientèle itinérante ou à risque de le devenir. Cependant, cet investissement ne se concrétiserait pas avant 2018-2019.

Ses engagements reprennent certaines recommandations du rapport de la Commission parlementaire sur l'itinérance, qui s'était tenue en 2008-2009.

Le gros du problème d'itinérance au Québec touche le centre-ville de Montréal. En janvier dernier, le maire Denis Coderre avait d'ailleurs réclamé une plus grande participation financière du gouvernement dans ce dossier, estimant que 10 millions de dollars seraient nécessaires pour répondre aux besoins dans la métropole.

Avec les rumeurs d'élections provinciales qui se font de plus en plus réalistes, les groupes d'aide aux itinérants pressaient le gouvernement de dévoiler sa politique avant le déclenchement de l'éventuelle campagne électorale.

Pour les travailleurs du milieu, les attentes sont nombreuses vis-à-vis des futures mesures. François Villemure, directeur général du centre d'hébergement communautaire l'Avenue, souhaite que la nouvelle politique prévoie l'intervention auprès des jeunes en difficulté, une fois qu'ils auront un logement.

Pour avoir un meilleur portrait de la situation, la Ville de Montréal prévoit entreprendre à l'automne un dénombrement des itinérants dans la métropole. Dans les années 1990, lors de la dernière opération du genre, ils étaient 28 000.

Intinerance Montréal

Une réalité différente en banlieue et dans les régions

Le phénomène de l'itinérance est toutefois présent bien au-delà de l'île de Montréal. Les besoins sont grands, que ce soit en banlieue ou encore en région. À Laval, un service d'hébergement temporaire pour personnes sans-logis, L'Aviron, a vu le jour il y a deux ans. Depuis, plus de 500 personnes ont eu recours aux services d'hébergement de l'organisme.

Sa directrice générale par intérim, Sandrine Gaudelet, explique que le phénomène de l'itinérance observé à Laval est bien différent de ce qu'on retrouve à Montréal.

« À Laval, vous ne verrez pas de personnes quêter dans les rues ou être assises sur un banc de parc. Les personnes vont davantage rester dans leur véhicule ou essayer d'épuiser leurs ressources familiales, ou même leurs liens affectifs. Elles vont donc épuiser les divans de tous les logements possibles avant d'aboutir à la rue ou dans les organismes communautaires », dit-elle.

« Des refuges, il commence à y en avoir dans toutes les régions, et malheureusement, des gens dans la rue, il y en a de plus en plus » renchérit la fondatrice de L'Aviron, Carol Pagé. « On ose espérer que cette politique va apporter des réponses, des actions concrètes entre tous les ministères. Parce que l'itinérance, ça touche tous les aspects de la vie : la santé, l'éducation, les droits. »

Plusieurs personnes qui éprouvent des problèmes personnels en région sont redirigées vers Montréal où les ressources d'aide sont concentrées. À Saint-Hyacinthe, un seul lit d'urgence est disponible pour aider les personnes qui se retrouvent sans logis. Ce lit a été utilisé par 47 personnes différentes depuis deux ans. Mais 39 autres personnes n'ont pu l'utiliser, faute de place.

« Le gouvernement, que ce soit celui en place ou à venir, ne doit pas se limiter à une politique, mais doit nous donner les fonds nécessaires pour faire en sorte d'avoir une trajectoire qui va favoriser la réinsertion, et permettre aux gens de vivre dans la dignité », dit Jeannot Caron, chargé de projet en itinérance.

Société