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  • Exclusif
  • Difficile de prendre les tricheurs

    La Leçon, bronze de l'artiste Cédric Loth représentant un étudiant travaillant sur son ordinateur portable, à l'angle des rues Sherbrooke et McGill College.

    Radio-Canada

    Le plagiat semble être une pratique répandue dans les établissements scolaires. Mais combattre la malhonnêteté universitaire, la tricherie, n'est pas une tâche facile.

    Un texte de Denis-Martin ChabotTwitterCourriel

    Si tous les établissements postsecondaires au pays ont des politiques de tolérance zéro, des données recueillies par CBC/Radio-Canada auprès de 42 universités démontrent que moins de 1 % des étudiants se font prendre à tricher, alors que les experts estiment que la pratique est beaucoup plus répandue.

    Quand on triche, et surtout, si on réussit à le faire et on ne se fait pas prendre, c'est un peu le jeu du braqueur de banque qui commence. C'est l'adrénaline.

    ancien étudiant en commerce

    « Pendant les examens, quand j'échangeais des textos, je n'étais pas seul. J'échangeais avec des amis. Quand j'ai payé des gens pour mettre mon nom sur des travaux, ils acceptaient. Ils savaient le risque qu'ils encouraient », explique l'étudiant, qui a requis l'anonymat.

    D'abord, la sensibilisation

    Les sanctions peuvent être sévères, allant d'une simple réprimande à un échec dans son travail ou son examen, passant par la suspension de l'université, jusqu'à la révocation du diplôme.

    La plus sévère [des sanctions], ça peut être des poursuites judiciaires.

    André Samson, doyen de la faculté des arts et des sciences à l'Université Saint-Boniface, à Winnipeg

    Toutes les universités au pays misent d'abord sur la sensibilisation. À chaque début de session, on rappelle aux étudiants les politiques sur le plagiat et la probité universitaire.

    « On ne pourra jamais éliminer la malhonnêteté. L'idée, c'est de la réduire au minimum », dit André Samson.

    Comment prendre les tricheurs?

    Les universités ont plusieurs techniques pour prendre les tricheurs, surtout lors des examens. Les étudiants se font assigner une place, et leur voisin n'a pas la même version de l'examen.

    Une enquête menée par CBC/Radio-Canada révèle que seulement 0,78 % des

    Tricherie: L'Université Laval préoccupée

    « Dans les examens à choix multiples, l'Université mandate qu'il y ait au moins quatre versions pendant les examens finaux, qu'il y ait quatre versions différentes où les choix sont mélangés », explique Ariel Fenster, professeur de chimie à l'Université McGill.

    Ainsi, si dans la première version, la bonne réponse à la question est A, c'est peut-être B, C ou D dans la deuxième version, et ainsi de suite. Copier devient alors difficile, pour ne pas dire inutile.

    Dans plusieurs campus, on mélange aussi les examens. Par exemple, dans une même salle, un étudiant qui remplit son examen de chimie est assis à côté d'un autre qui fait celui en sciences politiques.

    Rédacteurs clandestins

    Par contre, pour les devoirs, c'est une autre affaire.

    Pour éviter que les gens se fassent accuser de plagiat, jamais je ne vais remettre deux travaux identiques.

    rédactrice clandestine

    Les services de rédaction clandestins, qu'on retrouve facilement en ligne, sont tellement sophistiqués qu'ils arrivent à défier les professeurs les plus attentifs et les logiciels antiplagiat les plus perfectionnés, comme Turn-it-in, mis à l'essai à l'Université de Montréal. Ce logiciel de reconnaissance de texte permet de déceler le plagiat.

    « Je m'arrange pour ça aille toujours avec le niveau de l'étudiant, parce que quelqu'un va me dire, j'ai toujours 70, 75. Je ne veux pas avoir un travail que je vais avoir 100 sur 100. Les gens vont s'en rendre compte », souligne une rédactrice clandestine qui obtient en moyenne 300 $ par devoir qu'elle rédige pour un autre.

    Elle y inclut même des fautes d'orthographe pour s'ajuster à la qualité habituelle du français de son client.

    Le rôle du professeur à mon avis, c'est d'enseigner. Son rôle, ce n'est pas d'être un policier et de surveiller.

    Ariel Fenster, professeur de chimie à l'Université McGill

    Quelles réprimandes?

    « J'ai eu 80 sur 100. J'avais une question à zéro sur 20 », affirme un étudiant en génie qui a déjà copié les réponses à un devoir à partir d'un site de partage en ligne, du style Dropbox.

    Il n'a perdu des points que pour la question où il était clair qu'il avait triché.

    Je n'ai pas eu d'autres répercussions. J'ai eu peur en recevant mon affaire. Ouin, j'avais copié. [Je me demandais] si j'allais être convoqué pour voir le professeur, mais rien n'est arrivé.

    étudiant en génie

    Plusieurs internautes ont réagi à notre reportage pour raconter leur expérience. En voici quelques exemples :

    • « J'ai vu beaucoup de mes collègues tricher, certains volent des examens, certains cachent leurs notes dans les toilettes et demandent à sortir durant les examens. Aucun n'a été réprimandé. »
    • « Certains élèves "prometteurs" en termes de performance scolaire étaient attendus à la maîtrise, et les professeurs fermaient les yeux sur cette tricherie, car des jeunes en maîtrise et au doctorat apportent des subventions et des bourses. »
    • « Tous les chargés de cours et les profs savent bien qu'il y a une politique officielle. Vous devez rapporter tous les cas de plagiat à un comité disciplinaire, ce qui exige de "faire la preuve" du cas de plagiat. Les sanctions varient beaucoup, et cela prend beaucoup de temps. Dans certains cas, le comité rejette les accusations pour différentes raisons, à l'encontre de l'avis de l'enseignant. Donc, bien des gens préfèrent régler cela "à l'interne", c'est-à-dire trouver un arrangement. La plupart des cas ne sont donc pas comptabilisés par les statistiques des universités, qui se basent sur les cas référés au comité disciplinaire. D'une certaine manière, ça fait un peu l'affaire des administrations: les statistiques de plagiat dégonflent, et tout le monde a davantage de temps pour se consacrer à ses priorités. »
    Tricherie à un examen.

    Photo : iStockPhoto

    Culture de la tricherie

    La doyenne de l'école de commerce et d'économie à l'Université de Guelph en Ontario, Julia M. Christensen Hughes, coauteure de l'étude Academic Misconduct within Higher Education in Canada, publiée en 2006, estime que la malhonnêteté universitaire est à l'image de notre société.

    « Regardez les émissions à la télévision aujourd'hui et ces émissions de téléréalité. Les gens peuvent se conduire de la façon la plus outrageuse, et ils deviennent célèbres et gagnent beaucoup d'argent. Vous pouvez regarder les politiciens », dit-elle.

    Regardez Rob Ford, Justin Bieber. 

    Julia M. Christensen Hughes, doyenne à l'école de commerce et d'économie de l'Université de Guelph

    Selon Mme Christensen Hugues, il n'y a pas une institution dans notre monde dont on ne peut remettre en question l'intégrité. Or, elle souhaite que les universités s'élèvent au-dessus de cela, qu'elles donnent l'exemple.

    La tricherie a tout de même ses limites. Les ordres professionnels imposent leurs propres examens qui, estiment-ils, sont très difficiles à déjouer.

    Société