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  • Exclusif
  • Des milliers de tricheurs dans les universités

    Les détails avec Denis-Martin Chabot

    Une enquête menée par CBC/Radio-Canada révèle que plus de 7000 étudiants universitaires ont été pris à tricher en 2011-2012. Or, selon les experts, les tricheurs seraient beaucoup plus nombreux.

    Un texte de Denis-Martin ChabotTwitterCourriel

    Il y a une énorme différence entre ce que les étudiants nous disent qu'ils font et le nombre d'étudiants qui se font prendre et se font punir.

    Julia M. Christensen Hughes, doyenne de l'école de commerce et d'économie à l'Université de Guelph

    Sur les 54 universités canadiennes invitées à fournir leurs statistiques sur les cas d'étudiants qui ont fait l'objet de mesures disciplinaires formelles relatives à la malhonnêteté universitaire en 2011-2012, 42 établissements ont accepté de le faire.

    On y apprend que 7086 universitaires ont été pris à tricher pour cette année scolaire, sur un total de 921 313 étudiants, soit un taux de 0,78 %.

    La doyenne de l'école de commerce et d'économie à l'Université de Guelph en Ontario, Julia M. Christensen Hughes, est la coauteure de la plus vaste et la plus récente étude sur la malhonnêteté universitaire, Academic Misconduct within Higher Education in Canada, publiée en 2006.

    Plus de 15 000 étudiants universitaires de 11 institutions au Canada y ont participé. Pas moins de 53 % ont admis avoir triché lors d'un devoir ou d'un travail universitaire à remettre, et 18 % ont dit avoir triché lors d'examens.

    Un phénomène répandu

    Je me déculpabilisais en disant que tellement de gens le faisaient.

    ancien étudiant en commerce

    Un ancien étudiant en commerce ayant requis l'anonymat dit avoir payé 100 $ pour qu'un rédacteur écrive une dissertation à sa place.

    « Je suis allé sur le site Internet Kijiji. Et j'ai simplement écrit "aide aux devoirs". Et le nom est arrivé. J'ai contacté la personne. Et c'était pas vraiment l'aide aux devoirs, qu'elle proposait, c'était littéralement la rédaction complète de travaux, moyennant une somme d'argent », explique-t-il.

    À d'autres occasions, il dit avoir payé d'autres étudiants pour que ceux-ci ajoutent son nom à un travail pour lequel il n'avait pas contribué.

    On trouvait toujours le moyen d'amener des portables, des appareils numériques pour pouvoir s'échanger des réponses pendant les examens.

    ancien étudiant en commerce

    Il explique qu'il a accepté de nous parler parce qu'il a abandonné ses études en commerce pour une autre discipline universitaire, où il se dit plus heureux. Il n'a donc plus le goût de tricher.

    Services clandestins en ligne

    « Je me suis annoncée sur Kijiji », dit une rédactrice clandestine de travaux universitaires, dont nous taisons également l'identité. Cette dernière demande en moyenne 300 $ pour un devoir d'une quinzaine de pages.

    On trouve d'ailleurs sur Internet des dizaines de services de rédaction clandestins. Une dissertation universitaire peut coûter entre 100 et 2000 $, selon le niveau et la qualité du devoir, et la note recherchée. Le service est adapté aux compétences de l'étudiant.

    S'il me dit : "moi, je suis complètement pourri en orthographe", bien j'arriverai pas devant lui avec un travail qui n'aura pas de fautes dedans.

    rédactrice clandestine

    Un signe des temps

    Des services comme Unemployed-professors.com misent sur le style de vie de certains étudiants pour attirer la clientèle.

    Je manquais de temps. J'avais un travail. J'avais une vie sociale. Et j'avais mes études.

    ancien étudiant en commerce

    Pour sa part, un étudiant en génie, qui a également requis l'anonymat, a trouvé les solutions à une dizaine de devoirs qu'il a pu récupérer dans un site de stockage partagé en ligne, Dropbox. Par contre, il se dit incapable de tricher dans un examen.

    Pour moi, ce serait tricher et non respectueux envers mes collègues. Mais pour les devoirs, je dirais qu'au-delà de 50 % des gens le font.

    étudiant en génie

    De graves conséquences

    Le porte-parole de l'Université de Montréal (UdeM), Mathieu Fillion, tient à mettre en garde ceux qui trichent, car ceux qui se font prendre risquent gros.

    Quelqu'un qui est pris à faire du plagiat a un échec pour le cours. Si le cours auquel on échoue fait baisser notre moyenne, cela peut mener à l'expulsion du programme.

    Mathieu Fillion, porte-parole de l'Université de Montréal

    M. Fillion rapporte que l'Université peut même révoquer un diplôme dans les 10 années suivant son obtention si elle se rend compte que l'étudiant a fait preuve de malhonnêté. Il dit qu'une maîtrise a ainsi été révoquée il y a quelques années.

    Dans un courriel, le coordonateur aux affaires académiques à la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM), Yan Bertrand, précise toutefois que les règlements de l'Université sont plus nuancés.

    « Comme le stipule le Règlement disciplinaire sur le plagiat ou la fraude concernant les étudiants [lien ici (Nouvelle fenêtre) à l’article 2.1 a], la sanction minimale lors d’une constatation du plagiat est la réprimande. Par la suite, plusieurs sanctions sont possibles avant d’atteindre celle d’échec au cours. Finalement, les comités de plagiat doivent également tenir compte de l’impact réel des sanctions sur l’étudiant. Ainsi, si la note F pour un cours entraîne l’expulsion du programme et que cette dernière sanction est trop sévère, le comité sanctionnera l’étudiant d’une autre façon, par exemple en combinant plusieurs sanctions moins sévères », explique M. Bertrand.

    « C'est là qu'il nous faut des punitions très substantielles », dit Mme Christensen Hugues. « C'est essentiel pour maintenir l'intégrité du milileu universitaire. »

    Or, les politiques contre la malhonnêteté universitaires ne sont pas les mêmes d'un établissement à l'autre et ne sont pas toujours appliquées également.

    Cliquez ici pour tester vos connaissances sur le plagiat. (Nouvelle fenêtre)

    Société