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Ukraine : Ianoukovitch destitué, Timochenko libérée

Radio-Canada

Les événements se sont bousculés en Ukraine. Les députés ukrainiens ont voté samedi la destitution du président Viktor Ianoukovitch et fixé au 25 mai la tenue de la prochaine élection présidentielle. L'ancienne première ministre et opposante emprisonnée en 2011, Ioulia Timochenko, a été libérée.

Condamnée en 2011 pour abus de pouvoir, Timochenko est sortie samedi de l'hôpital pénitentiaire où elle purgeait sa peine, à Kharkiv. Les élus du Parlement venaient de voter pour accélérer sa « libération immédiate ».

Elle a déclaré que tout devait être fait pour que les manifestants tués à Kiev ne soient pas morts en vain. « Notre patrie va de nouveau pouvoir voir le soleil et le ciel à présent que la dictature est tombée », a-t-elle dit à la presse dans sa première déclaration après sa libération.

Je suis certaine que l'Ukraine va devenir un membre de l'Union européenne dans un avenir proche et cela va tout changer.

Ioulia Timochenko

Elle s'est ensuite rendue à Maïdan, place centrale de Kiev et haut lieu de la contestation, où elle a reçu un accueil triomphal des dizaines de milliers de personnes qui s'y trouvaient samedi soir. Au micro, elle a qualifié les militants de « héros » et les a incité à poursuivre leurs actions. « Vous n'avez pas le droit de quitter la palce Maïdan. N'arrêtez pas maintenant », a-t-elle lancée depuis sa chaise roulante.

Président en fuite

Les députés au Parlement ont déclaré le chef de l'État, qui a quitté Kiev, dans l'incapacité constitutionnelle d'exercer ses fonctions. Ils se sont ensuite levés pour entonner l'hymne national.

Le nouveau président du Parlement, Oleksander Tourchinov, proche de Mme Timochenko, cité par l'agence Interfax, a affirmé dans l'après-midi que M. Ianoukovitch avait voulu quitter le pays à bord d'un avion pour gagner la Russie. Il en aurait été empêché par des responsables locaux. L'information n'a pas été confirmée. Il se trouverait à Donetsk, dans l'est du pays, une région russophone où il jouit d'un soutien populaire.

« Des groupes extrémistes illégaux refusent de déposer lesarmes et tiennent Kiev sous leur contrôle de fait avec laconnivence des dirigeants de l'opposition », a déclaré Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. De son côté, le premier ministre polonais a averti qu'une menace de désintégration territoriale planait sur l'Ukraine, sans en préciser la nature.

On voit clairement qu'il existe des forces souhaitant remettre en question l'intégrité de l'Ukraine.

Donald Tusk, premier ministre de la Pologne

Samedi matin, en entrevue télévisée, le président Ianoukovitch a comparé la situation dans son pays à l'arrivée au pouvoir des « nazis », dans « l'Allemagne de 1930 », rapporte l'agence de presse russe Interfax. « Je n'ai pas l'intention de donner ma démission », a-t-il dit. Il a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de négocier avec des « gangsters » qui « terrorisent » le pays. Sa voiture a fait l'objet de tirs, sans que personne ne soit blessé, a dit le président ukrainien, lors de l'entrevue avec la télévision UBR.

Pour accéder à la couverture en direct, cliquez ici. (Nouvelle fenêtre)

Occupation du terrain de la résidence du président par des manifestants

De leur côté, les manifestants, toujours présents sur la place de l'Indépendance, ont affirmé samedi avoir pris le contrôle du bâtiment de la présidence, qui se trouve au centre de Kiev.

« Il (le président Ianoukovitch) n'est pas là, les responsables ne sont pas là, il n'y a personne lié directement à son administration ici », a déclaré un leader des manifestants à un reporter se trouvant sur place. « Nous garderons l'immeuble jusqu'à ce que nous ayons un nouveau président. »

Il a ajouté que les manifestants n'avaient pas eu à recourir à la force pour pénétrer dans le bâtiment. Les gardes de sécurité présents ne les auraient pas empêchés d'entrer.

Les policiers s'étaient retirés en soirée et la nuit s'est déroulée dans le calme au centre de la capitale, lieu de rassemblement des manifestants et siège du gouvernement.

Le domicile de Viktor Ianoukovitch, près de Kiev, paraissait abandonné samedi. Selon un photographe de Reuters, des centaines de personnes ont été autorisées à pénétrer sur le terrain de la résidence, mais pas à l'intérieur du bâtiment.

L'armée reste neutre, les forces de sécurité ne souhaitent pas la confrontation

Face à la crise qui secoue le pays, l'armée ukrainienne a fait savoir qu'elle ne comptait pas s'ingérer dans les affaires politiques du pays.

« Les forces armées d'Ukraine sont loyales à leurs obligations constitutionnelles et ne peuvent être impliquées dans un conflit politique intérieur », peut-on lire dans un
communiqué de l'état-major mis en ligne sur le site du ministère de la Défense.

Les chefs de quatre organes des forces de sécurité, dont le patron des Berkout, la police antiémeute, ont parallèlement déclaré qu'ils n'affronteraient pas le peuple.

Le ministre russe des Affaires étrangères a de son côté accusé l'opposition ukrainienne de ne pas respecter ses promesses prévues dans l'entente conclue vendredi entre le président et l'opposition et pressé les médiateurs occidentaux d'intervenir à nouveau pour régler la crise.

De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a salué la libération de Ioulia Timochenko et lancé un appel pour une justice indépendante en Ukraine.

Nombreuses concessions

Les manifestants, dont le mouvement a été déclenché en novembre par le refus de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'Union européenne (UE) au profit d'un rapprochement avec la Russie, ont exprimé leur insatisfaction après l'accord conclu la veille, même si le chef d'État y acceptait de nombreuses concessions.

Le compromis, rapidement entériné vendredi par le Parlement, prévoit une élection présidentielle anticipée, une révision de la Constitution, afin de revenir à un régime plus parlementaire contenu dans la loi fondamentale de 2004, et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Le Parlement a également destitué le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakharchenko, et a nommé samedi à sa place Arsen Avakov, un parlementaire de l'opposition, en attendant la formation d'un gouvernement de coalition.

Sur le plan international, avant la prise de contrôle de la présidence par les opposants, le président américain Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine se sont entretenus dans la nuit au téléphone et ont convenu de la nécessité de mettre « rapidement » en oeuvre le plan de paix, conclu avec la médiation des chefs des diplomaties allemande, française et polonaise.

La Maison-Blanche a salué la libération de MmeTimochenko et la tenue d'une élection présidentielle anticipée, affirmant vouloir coopérer avec la Russie pour instaurer une Ukraine unie et démocratique.

La crise ukrainienne, déclenchée fin novembre par la volte-face du président Viktor Ianoukovitch sur le rapprochement négocié depuis des mois avec l'Union européenne, a pris une nouvelle tournure en début de semaine, avec des affrontements entre manifestants et policiers qui ont fait des dizaines de morts.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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