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Choc démographique au Québec : pénurie de main-d'œuvre à l'horizon

Le reportage de Vincent Maisonneuve
Radio-Canada

Plusieurs experts le répètent : le choc démographique est bel et bien arrivé au Québec. Pour la première fois en 2014, le nombre de Québécois âgés de 15 à 64 ans va diminuer et le bassin de main-d'œuvre va commencer à se vider.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Dans plusieurs entreprises québécoises, le recrutement des travailleurs qualifiés est déjà assez complexe. Michel Picard dirige, avec deux associés, l'entreprise CNC production, à Joliette. L'usine compte une vingtaine d'ouvriers qui découpent et assemblent des structures d'acier.

« De l'ouvrage, il y en a », répète le directeur général de CNC Production. Pour lui, décrocher de nouveaux contrats n'a jamais été un problème. C'est la main-d'œuvre qui est de plus en plus difficile à trouver, notamment parce que plusieurs entreprises s'arrachent les travailleurs qualifiés. 

 On essaie de recruter quelqu'un pour travailler sur une de nos machines depuis deux mois et on ne trouve personne. 

L'entrepreneur Michel Picard

Michel Picard dresse le constat suivant : « Le jeune va sortir de l'école et va venir travailler ici. On lui donnera le salaire qu'on est capable de lui donner parce qu'il doit encore être formé. Quand il sera formé, t'as une grande entreprise qui va venir le chercher. »

Au Québec, la bataille pour le recrutement des travailleurs compétents ne fait que commencer. De 2000 à 2010, le nombre de Québécois âgés de 15 à 64 ans a augmenté en moyenne de 39 000 personnes chaque année. L'an dernier, la croissance de la population en âge de travailler a chuté de façon draconienne : à peine 11 000 personnes de plus chez les 15-64 ans. Au rythme où vieillit la population, le nombre de Québécois de 15 à 64 ans va commencer à diminuer dès cette année, et le bassin de travailleurs québécois commencera à se vider.

« Il va y avoir une concurrence féroce pour la main-d'œuvre qualifiée », assure Éric Grenier, rédacteur en chef de Jobboom. Selon lui, bien des entreprises vont devoir se battre uniquement pour combler les départs à la retraite.

 On parle d'un million de postes d'ici 2021 qui seront disponibles en raison des départs à la retraite. C'est considérable. 

Éric Grenier, rédacteur en chef de Jobboom

L'économiste Pierre Fortin rappelle que le choc démographique sera plus brutal et plus rapide au Québec qu'ailleurs au pays. « On avait les taux de natalité les plus élevés en Amérique du Nord autrefois, et on est descendu aux taux de natalité les plus faibles », explique le professeur émérite de sciences économiques à l'UQAM.

Dans ce contexte, pour les patrons de PME comme Michel Picard qui rêvent de voir grossir leur entreprise, le recrutement sera un véritable casse-tête. Michel Picard avoue que ça leur fait peur : « Ça fait deux mois qu'on cherche un machiniste. Alors si je grossis le moindrement et que j'ajoute deux machines, il me faudra deux machinistes de jour et deux machinistes de soir. Ça fait quatre machinistes à trouver. Quand tu prends deux mois pour en trouver un, ce n'est pas très encourageant. »

L'intégration des immigrants qualifiés devient essentielle. C'est d'ailleurs en recrutant un Ukrainien nouvellement arrivé au pays que Michel Picard a pu pourvoir un poste-clé de programmeur. Mais pour une véritable expansion, il faut investir et se moderniser. Les trois associés de CNC production ont misé sur l'achat d'un nouveau robot capable de fabriquer cinq fois plus de pièces qu'une machine ordinaire. « Les pièces sortent plus rapidement, dit Michel Picard. Alors, si je manque de machinistes, j'ai une machine qui va compenser ».

Avec le déclin du bassin de main-d'oeuvre qui est à prévoir dans les prochaines années, bien des entreprises devront apprendre à faire beaucoup plus avec moins d'employés.

Économie