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Bernard ''Rambo'' Gauthier et Rock Savard

Bernard ''Rambo'' Gauthier et Rock Savard

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'entrepreneur du Saguenay Rock Savard a raconté à la commission comment il a été contraint d'acheter la paix sur un chantier de la Côte-Nord en concluant une entente avec les représentants locaux de la FTQ-Construction, Bernard « Rambo » Gauthier et Michel Bézeau.

Un texte de Bernard Leduc

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Lire aussi : Entente mystérieuse entre la FIPOE et des poids lourds de l'International

L'histoire, qui s'est déroulée à l'automne 2005, avait déjà été en bonne partie racontée par l'enquêteur Michel Comeau la semaine dernière.

M. Savard, qui avait obtenu un contrat d'urgence du ministère des Transports du Québec (MTQ) pour la réfection d'une portion de la 138 endommagée par l'eau, a eu la surprise, dès sa première journée sur le chantier, d'avoir la visite de MM. Bernard « Rambo » Gauthier (local 791, opérateurs de machinerie lourde) et Michel Bézeau (local AMI, manœuvres), ainsi qu'un troisième délégué syndical non identifié.

Les syndicalistes se montrent hostiles d'entrée de jeu, furieux de ne trouver aucun travailleur de la région sur le chantier situé entre Forestville et Baie Comeau, et promettent de revenir nombreux : « Y m'ont dit : tu créras pas ça à midi. On va revenir. Ça va être différent ».

« Si j'ai rien que des amis comme ça dans la vie, je peux m'en passer. »

— Une citation de  Rock Savard

Le PDG de Constructions J & R Savard se sent cependant alors dans son droit, puisque les travailleurs qu'il a emmenés avec lui du Saguenay, connus comme des 12-12 dans le jargon de la construction, sont autorisés à travailler partout au Québec. Surtout, c'était son intention, dit-il, dès le début, d'embaucher localement, une fois le chantier démarré.

Il a cependant le choc, sur l'heure du midi, de voir surgir sur le chantier entre 50 et 100 travailleurs de la Côte-Nord, visiblement hostiles : « Ils ont commencé à nous menacer. [...] On voyait que ça chauffait pas mal, ça brassait »

Par crainte que la situation ne dégénère, il presse ses propres travailleurs de quitter le chantier et affronte seul la meute. Commence alors ce qu'il a décrit comme un show : certains menacent de le frapper, d'autres font mine de retenir ces derniers, on le traite de tous les noms... « C'est assez intimidant », convient M. Savard, qui dit ne pas avoir cependant craint qu'ils en viennent aux poings.

« Le seul moyen de régler ça était de faire face à ces gens-là. »

— Une citation de  Rock Savard

Les représentants syndicaux, soit MM. Gauthier et Bézeau, arrivent peu après. Ils se retirent alors à l'écart des travailleurs avec M. Savard : les négociations commencent.

M. Savard obtient qu'ils ne remettent plus en question la présence de ses employés 12-12 et accepte en échange d'embaucher en majorité, sur son chantier, des gens de la FTQ-Construction. « Je vais engager de vos gars, pis on va donner privilège à vos gars plutôt que les autres syndicats », leur promet-il.

« On a pris une entente [...] que j'allais garder mes « 12/12 », mais que j'allais prendre des employés de la FTQ. [...] J'avais acheté la paix. »

— Une citation de  Rock Savard

M. Savard, qui a donc par la suite embauché uniquement des travailleurs de la FTQ-Construction - sauf deux - n'a plus jamais eu de problèmes sur ce chantier ni subi de menaces. Il admet même avoir embauché à la demande du syndicat un mécanicien dont il n'avait pas vraiment besoin.

Il ajoute avoir dû, sinon, dire aux autres syndicats qui sollicitaient de l'emploi pour leur membres qu'il n'avait pas besoin d'eux.

L'entrepreneur est formel : il n'a jamais vécu de situation semblable ailleurs au Québec.

Rock Savard a affirmé n'avoir jamais rapporté au MTQ les problèmes survenus avec la FTQ au début de son chantier, convaincu qu'il n'aurait rien pu faire pour l'aider.

Il n'en a par ailleurs jamais parlé à la police. M. Savard a expliqué avoir reçu, alors que la négociation était en cours avec la FTQ-Construction, un appel de la Sûreté du Québec, qu'un de ses travailleurs avait contactée, mais a décidé de se passer de ses services pour ne pas jeter d'huile sur le feu.

Rock Savard a, dans les années qui suivront, effectué beaucoup de contrats sur la Côte-Nord, toujours en passant par la FTQ-Construction. Il n'aura plus jamais de problèmes.

Rock Savard craint les conséquences de son témoignage

M. Savard est au nombre des quelque 70 témoins interrogés par les enquêteurs de la commission Charbonneau sur les questions d'intimidation sur les chantiers, mais bien peu, comme l'a convenu l'enquêteur Michel Comeau, ont accepté de venir témoigner à visage découvert.

L'entrepreneur a d'ailleurs dit craindre que sa présence devant la commission puisse nuire à sa compagnie. « Je la mets peut-être bien en péril », a lancé M. Savard

« De se présenter comme ça et de faire un témoignage contre les syndicats, c'est pas facile! », soumet-il à la commission, disant craindre notamment pour ses relations de travail sur la Côte-Nord.

« Merci beaucoup M. Savard : vos paroles sont remplies de sagesse. Et je constate que vous avez, aussi, fait preuve de courage en venant témoigner ici et j'espère fortement que vous ne serez pénalisé d'aucune façon. »

— Une citation de  La commissaire France Charbonneau

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