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Violence sur fond d'impasse politique en Ukraine

Le centre de Kiev est le théâtre d’affrontements entre policiers et manifestants.

Photo : Efrem Lukatsky (AP)

Radio-Canada

La capitale ukrainienne a été le théâtre mardi d'une des journées les plus violentes depuis le début des protestations contre le président Viktor Ianoukovitch, il y a environ trois mois. Au moins 18 personnes, en majorité des civils, ont perdu la vie dans des affrontements à Kiev.

Sur le plan politique, c'est l'impasse, alors qu'une rencontre entre le président et des représentants de l'opposition n'a laissé entrevoir aucune sortie de crise.

Le dernier assaut des forces de l'ordre a eu lieu contre le Maïdan, haut lieu de la contestation dans le centre de la capitale. Au moins quatre manifestants ont alors été tués.

Plus tôt, la police a lancé un assaut contre les manifestants sur la place centrale de Kiev à l'aide de blindés munis de canons à eau, tandis que les protestataires ont riposté avec des bombes incendiaires, enflammant des piles de pneus et de bois. Plusieurs tentes installées par les opposants ont également brûlé.

Le premier ministre ukrainien par intérim, Serhiy Arbuzov, a garanti que les forces de sécurité feraient tout leur possible pour ne pas avoir à faire usage de leurs armes contre les manifestants, a rapporté le commissaire européen Stefan Füle. Malgré tout, plusieurs des morts rapportées sont survenues par balle.

Les opposants au régime ont été bloqués par la Berkout, la police antiémeute, alors qu'ils se dirigeaient vers le parlement, où l'opposition a engagé un bras de fer avec le pouvoir.

Dans l'ouest du pays, plusieurs centaines de manifestants ont pris d'assaut les sièges de l'administration régionale et de la police de Lviv, une ville considérée comme un bastion de la contestation.

Ils se seraient même emparés d'armes dans une unité militaire, selon des informations de l'Agence France-Presse.

L'ex-boxeur Vitali Klitschko, un des leaders de l'opposition, s'exprimait le 4 février devant les parlementaires ukrainiens.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ex-boxeur Vitali Klitschko, un des leaders de l'opposition, s'exprime devant les parlementaires ukrainiens.

Photo : AFP / SERGEI SUPINSKY

Échec des discussions entre le président et l'opposition

Les discussions entre le président Ianoukovitch et des représentants de l'opposition ont échoué.

L'ancien boxeur Vitali Klitschko, un des meneurs de la protestation, a affirmé que le président avait refusé d'arrêter l'assaut et avait demandé d'évacuer le Maïdan.

Le président a dit que la seule solution est d'évacuer le Maïdan et que tous doivent rentrer chez eux.

Vitali Klitschko

« Le président a perdu toute légitimité », selon Dominique Arel, politologue et titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa.

S'il y avait des élections demain matin pour choisir entre MM. Ianoukovitch et Klitschko, « Klitschko gagnerait à 65 % contre 35 %, même dans les régions de Ianoukovitch », a-t-il expliqué à l'émission 24/60.

Il y a trois mois, les protestataires manifestaient pour le rapprochement avec l'Europe. Ces rassemblements sont devenus des manifestations « contre la brutalité du gouvernement », a ajouté M. Arel.

Condamnation unanime

Le vice-président américain, Joe Biden, a appelé le président Viktor Ianoukovitch à retirer les forces de l'ordre à Kiev.

Lors d'une conversation téléphonique, M. Biden a indiqué au président ukrainien que Washington condamnait la violence, d'où qu'elle provienne, mais que « le gouvernement, en particulier, a la responsabilité de calmer la situation ».

L'Allemagne a directement menacé l'Ukraine d'éventuelles sanctions de l'Union européenne, alors que le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a dénoncé « un usage indiscriminé de la force à Kiev ».

Le chef de la commission des affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, Alexeï Pouchkov, estime que l'Ukraine se trouve au bord de la « guerre civile » et les Occidentaux en sont « en grande partie responsables ».

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé le gouvernement et les opposants à faire preuve de retenue.

De son côté, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s'est dite « très préoccupée » par « l'inquiétante escalade » de la violence.

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a une nouvelle fois proposé l'aide de son pays pour sortir de la crise.

Réaction du Canada

De Mexico, où il est en visite officielle, le premier ministre Stephen Harper a demandé au gouvernement ukrainien de faire preuve de retenue face aux manifestants à Kiev et de renouer le dialogue avec les opposants.

De son côté, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a annoncé l'octroi d'une aide supplémentaire en vue de fournir des soins médicaux aux activistes ukrainiens grâce au versement d'une contribution à une ONG locale.

Par ailleurs, une dizaine de manifestants se sont réfugiés à l'ambassade du Canada à Kiev pour fuir les violences. Le gouvernement canadien a précisé que le personnel de l'ambassade était en sécurité.

Les manifestations en Ukraine ont commencé en novembre dernier, lorsque le président Viktor Ianoukovitch a rejeté une entente qui aurait permis à l'ancienne république soviétique de renforcer la coopération économique avec l'Union européenne, préférant plutôt favoriser ses liens avec la Russie de Vladimir Poutine.

Mardi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré qu'il était « extrêmement inquiet » devant la reprise de la violence à Kiev. Il a réitéré son appel « à tous ceux qui sont concernés à agir avec retenue pour éviter de nouvelles violences ».

Blocage politique

L’opposition au Parlement, qui réclame un examen et un débat de la part des députés concernant des amendements constitutionnels visant à réduire les pouvoirs du chef d’État, a barré l’accès à la tribune en signe d’opposition.

Elle souhaite aussi la formation d’un gouvernement indépendant afin de stabiliser l’économie et de mettre fin aux violences qui ont commencé il y a douze semaines lorsque le président Ianoukovitch a refusé de signer un accord de partenariat avec l’Union européenne.

Le poste de premier ministre est d’ailleurs toujours vacant depuis la démission, fin janvier, de Mikola Azarov.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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