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Eugène Arsenault savait que le syndicaliste Gérard Cyr touchait des pots-de-vin

Eugène Arsenault

Eugène Arsenault

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Eugène Arsenault, dont le nom est ressorti mercredi en marge des allégations portées par Serge Larouche contre le syndicaliste Gérard Cyr, confirme que le PDG de Ganotec lui avait confié en 2005 que Léopold Gagnon, alors patron de l'entreprise, versait de l'argent comptant au président de l'International.

Un texte de Bernard Leduc

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M. Arsenault, consultant en relations du travail chez Ganotec, dit avoir alors été « estomaqué », mais admet ne pas avoir posé de questions, notamment sur les montants versés.

« Juste digéré ça, c'était déjà pas pire », a-t-il soutenu, ajoutant n'avoir appris qu'hier, lors du témoignage de M. Larouche, « les montants exacts », soit 1,2 million de dollars entre 2000 et 2006.

« J'aimais mieux ne pas en entendre parler. »

— Une citation de  Eugèene Arsenault

Il n'en a d'ailleurs jamais parlé avec M. Gagnon, dont il connaissait incidemment l'amitié avec M. Cyr.

Mais il avait cependant compris le sens général de l'entente financière, soit assurer le bon fonctionnement des chantiers de Ganotec sur lesquels se trouvaient les travailleurs de l'International. Il dit d'ailleurs que les relations entre les travailleurs syndiqués de M. Cyr et Ganotec étaient meilleures que celles qu'il avait connues alors qu'il œuvrait chez CNC Chagnon.

Eugène Arsenault admet par ailleurs avoir, une seule fois, remis à M. Larouche une enveloppe qui lui avait été transmise, via une boîte aux lettres, par Marco Bourgouin, un ami de Louis-Pierre Lafortune.

« Je l'ai pas ouvert non plus. Ça ressemblait à de l'argent, oui. »

— Une citation de  Eugène Arsenault

M. Larouche avait précisé hier que c'est M. Lafortune qui lui fournissait contre commission, par un système de fausse facturation, l'argent liquide nécessaire pour payer M. Cyr. Il avait alors affirmé que son nom lui avait été suggéré par M. Arsenault, ce dont ce dernier se défend.

M. Arsenault reconnaît avoir parlé, de façon générale, de fausse facturation avec M. Larouche, sans pouvoir se souvenir des circonstances. Il admet cependant qu'il savait que les deux hommes étaient en contact et que c'était par la filière Lafortune qu'arrivait l'argent pour M. Cyr.

Une amitié connue entre Gagnon et Cyr

M. Arsenault a affirmé qu'il savait en 2000, au moment de son embauche, que le président de l'entreprise, Léopold Gagnon, était un ami de Gérard Cyr, alors président de l'International et patron du local 144 (tuyauteurs, International)

Il n'a donc pas été étonné qu'à la recherche d'un emploi, à l'époque, après son départ de la compagnie CNC Chagnon, M. Cyr le convoque à une rencontre au local du 144 pour lui vanter les mérites de Ganotec.  M. Arsenault ne peut confirmer si les deux hommes s'étaient parlé auparavant de son éventuelle venue chez Ganotec.

Il rencontrera peu après M. Gagnon pour lui offrir ses services et sera rapidement nommé directeur du bureau montréalais de Ganotec, où il s'occupera avant tout de pétrochimie. Il deviendra d'ailleurs un des principaux actionnaires de la compagnie.

Grenouillage autour de la vente de Ganotec

M. Arsenault a expliqué qu'en 2006, avant même que Ganotec n'ait laissé filtrer une quelconque rumeur sur sa mise en vente éventuelle, il a été approché par son ami Jocelyn Dupuis, alors directeur général de la FTQ-Construction, qui lui a fait une offre. M. Dupuis a expliqué que le Fonds de solidarité, avec Tony Accurso (Louisbourg), serait intéressé à l'acheter pour des dizaines de millions de dollars.

« J’ai resté surpris parce qu’il m’a garroché un chiffre qui était de quoi de réfléchi. […] Il y a quelqu’un qui avait calculé pour arriver à ce chiffre-là. »

— Une citation de  Eugène Arsenault sur Jocelyn Dupuis

Mais selon M. Arsenault, M. Gagnon n'était pas intéressé à faire affaire avec le Fonds. Une conversation enregistrée du 14 mars 2009 entre MM. Dupuis et Arsenault a confirmé par la suite que lui-même ne voulait rien savoir de Tony Accurso. Il est un peu hésitant à dire pourquoi devant la commission.

Quelque temps plus tard, il accueillera néanmoins favorablement une proposition d'achat de Kiewit, bien qu'inférieure de 15 % à celle de Louisbourg et du Fonds FTQ transmise par Jocelyn Dupuis.

M. Gagnon fera cependant volte-face et tentera de faire jouer sa clause de blocage pour empêcher la vente à Kiewit, au plus grand désarroi de M. Arsenault qui dit ne jamais avoir compris pourquoi.

Gérard Cyr interviendra alors en faveur de M. Gagnon. M. Arsenault soutient qu'on lui a alors fait savoir qu'il pourrait avoir des « petits problèmes de main-d'oeuvre » si les actionnaires de Ganotec ne suivaient pas l'idée de M. Gagnon.

La procureure en chef Sonia LeBel avance que M. Cyr craignait peut-être de perdre sa vache à lait et qu'il aurait pu, pour éviter cela mettre fin à la bonne entente sur les chantiers, une hypothèse qu'il estime plausible, du bout des lèvres.

M. Arsenault reconnaît, comme l'a souligné M. Larouche, qu'une dizaine d'actionnaires de Ganotec ont réuni 400 000 $ de leur propre argent au cas où il leur faudrait payer M. Cyr pour ne pas avoir de troubles en raison de la vente à Kiewit.

L'argent, complète-t-il, n'a cependant jamais servi et a été retourné aux actionnaires.

Ganotec sera malgré tout vendu à Kiewit en juin 2007. « On le sentait que la vente ne faisait pas l'affaire de M. Cyr (...) Ce n'était pas toujours facile », a-t-il expliqué, évoquant des problèmes sur les chantiers de Ganotec.

Lorsque Ganotec a été vendu à Kiewit, M. Arsenault était alors le 2e propriétaire en importance, derrière Serge Larouche et à égalité avec Léopold Gagnon.

Cyr se venge à travers Accurso

La fureur de M. Cyr ne s'est pas calmée par la suite, si l'on en croit une conversation du 19 janvier 2009 entre Jocelyn Dupuis et Eugène Arsenault.

M. Arsenault soutient que Tony Accurso, dont la compagnie Gastier est un compétiteur direct de Ganotec, essaie alors de lui « enlever toute [sa] gang » à coup de milliers de dollars afin de se monter une équipe avec l'aide de Gérard Cyr.

« Y leur garrochaient de l'argent à coup de centaines de milliers de dollars cash », avance M. Arsenault, qui est convaincu que Gérard Cyr « est mêlé derrière ça » : « Gérard me hait à me tuer », dit-il à Jocelyn Dupuis. 

M. Arsenault a ajouté devant la commission que si, sur le coup, il a réussi à convaincre ces employés de rester chez Ganotec, ils ont en fin de compte rejoint Gastier. Il soutient par ailleurs avoir exagéré les montants proposés à ses employés par M. Accurso dans cette conversation.

Il soutient que Louis Cyr, un des joueurs clés de Ganotec qui a finalement fait le saut avec M. Accurso, lui a dit s'être fait offrir une somme importante pour choisir Gastier. Il ne peut confirmer sinon si d'autres employés qui ont quitté ont reçu ou non de l'argent, voire si ce dernier a bel et bien eu cet argent.

Plus tôt en journée, M. Arsenault avait avancé qu'après la vente de Ganotec à Kiewit, il a « eu des arguments très sérieux » avec M. Cyr.

« Je trouvais qu'il favorisait mon compétiteur [...] Gastier. »

— Une citation de  Eugène Arsenault

M. Arsenault soutient qu'il pensait à l'époque que le Fonds de solidarité était derrière Gastier, mais selon l'avocat du Fonds Me André Ryan, le Fonds n'était alors ni actionnaire ni prêteur de Gastier.

Allégations de pots-de-vin pour Gérard Cyr

M. Larouche a affirmé mercredi avoir versé environ 1,2 million de dollars entre 2000 et 2006 à Gérard Cyr, alors président du CPQMC-International et patron du local 144.

Selon le PDG de Ganotec, M. Cyr aurait justifié ces paiements en lui faisant notamment valoir qu'il avait présenté à Ganotec M. Arsenault, dont l'expertise reconnue dans les raffineries leur rapportait nombre de contrats.

« J'ai compris que Gérard mettait en valeur le fait qu'il avait agi comme un lobbyiste dans l'arrivée d'Eugène chez Ganotec », a-t-il dit, ajoutant qu'il s'agissait sinon d'une façon de protéger la compagnie contre M. Cyr, dont les travailleurs étaient sur les chantiers de Ganotec.

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