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Homme abattu par des policiers : la maladie mentale au coeur de la problématique

Le reportage d'Anne-Louise Despatie
Radio-Canada

La mort d'un itinérant sous les balles d'un policier, lundi à Montréal, relance la problématique de l'intervention des autorités auprès des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Alain Magloire a été abattu par des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au centre-ville, après avoir manifesté un comportement jugé violent.

Intinerance Montréal

L'enquête a été confiée à la Sûreté du Québec. Les sept policiers qui ont participé à cette intervention ont été traités pour choc nerveux.

Les policiers sont venus en aide à la personne blesséeLes policiers sont venus en aide à la personne blessée Photo : Radio-Canada

Alain Magloire, 41 ans, était détenteur d'un baccalauréat en biologie moléculaire de l'UQAM. Il était père de deux enfants. Il avait déjà séjourné au refuge de la Mission Old Brewery. Il habitait jusqu'à lundi dans une maison de chambres d'où il avait été expulsé après avoir fait du grabuge armé d'un marteau.

C'est d'ailleurs avec cette même arme de fortune qu'il aurait menacé les policiers, près de la gare d'autobus.

C'est la troisième personne qui souffre d'un problème de santé mentale dans les trois dernières années qui se fait tirer par la police, à cause d'un incident dans le domaine public. Combien de personnes avec des problèmes de santé mentale vont mourir à cause de la façon dont elles sont traitées dans notre système de santé?

Le directeur général de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce

Le directeur de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce, tire toutefois espoir du projet pilote Prisme, instauré il y a deux mois, et grâce auquel des itinérants peuvent consulter deux psychiatres, des infirmières et un travailleur social, et ce, à même les locaux de l'établissement.

C'est que, parmi les itinérants, certains refusent de se rendre à l'hôpital. Matthew Pearce cite en exemple le cas d'un homme qui « tournait en rond dans le stationnement du refuge depuis dix ans » et qui est maintenant prêt à partir, parce qu'il a reçu des soins adéquats en participant pendant un peu plus d'une semaine au projet Prisme.

Une équipe d'urgence psychosociale existe

Quant à Jason Champagne, directeur des services généraux au CSSS Jeanne-Mance, il rappelle que des équipes d'intervention spécialisées peuvent intervenir dans des cas de crise où des individus représentent un danger pour eux-mêmes ou pour autrui. Une équipe d'urgence psychosociale qui existe depuis 1996 est composée d'agents qui peuvent intervenir avec ou sans le support des policiers, sur l'île de Montréal.

Leur travail consiste notamment à établir un lien de confiance avec les itinérants en difficulté pour les diriger vers les services d'aide.

Vous savez, les personnes les plus malades et les plus souffrantes ne sont pas nécessairement dans les refuges. Elles sont sous les viaducs, elles sont dans la rue, elles sont dans les entrées de commerces.

Jason Champagne, directeur des services généraux aux CSSS Jeanne-Mance

M. Champagne explique aussi qu'un intervenant spécialisé est disponible pour assister les policiers lorsqu'une situation de crise se présente. Sauf qu'un seul quart de travail est prévu pour assurer la présence d'un intervenant, ce qui est est bien insuffisant, selon lui.

L'enquête est en cours

Le porte-parole du SPVM ne peut pas dire pourquoi un des leurs a tiré sur l'individu. « Il y a plusieurs hypothèses étudiées, la séquence des événements exacts, on devra la déterminer au fur et à mesure qu'on recueillera les témoignages des témoins, des policiers. Est-ce qu'il y avait des caméras de sécurité sur place? Ça va être à déterminer », a ajouté M. Richer.

Hilaire Cyr, un itinérant, soutient que nombreux sont ceux qui se suicident après avoir été victimes de violence, notamment de la part des forces de l'ordre.Hilaire Cyr, un itinérant, soutient que nombreux sont ceux qui se suicident après avoir été victimes de violence, notamment de la part des forces de l'ordre.

Hilaire Cyr est un itinérant qui se dit fort inquiet de la rapidité avec laquelle certains policiers « tirent sur la gâchette ».

« C'est pas la première fois que ça arrive et c'est du monde malade, toujours, qui paie pour. Mais, au moins, ils sont débarrassés. Il y en a beaucoup qui se suicident dans la rue et vous ne le savez même pas. On les voit, nous. Ils nous le disent », affirme M. Cyr.

Au cours d'une veillée organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière, mardi soir, à la place Émilie-Gamelin, des manifestants se sont également questionnés sur les pratiques des policiers.

J'ai ben gros de la misère à concevoir que six policiers - ils étaient au moins six - n'ont trouvé rien de mieux à faire que de tirer sur ce gars-là.

Un manifestant

L'utilisation d'un pistolet Taser aurait-il fait la différence?

Selon Stéphane Berthomet, un analyste en affaires policières qui a accordé une entrevue à ICI Radio-Canada Première (Nouvelle fenêtre), les policiers du SPVM ne sont pas tous munis de pistolets Taser, parce qu'il serait coûteux de former des effectifs policiers à cette fin. « Il faut quatre jours de formation pour le Taser, dit-il, et ce sont des armes qui coûtent cher ».

Stéphane Berthomet estime toutefois que cela constituerait sans doute une piste de solution que de confier des armes Taser à un plus grand nombre de policiers. À son avis, cette problématique amène la question suivante : « Combien les autorités sont-elles prêtes à investir pour la sécurité de la vie des citoyens? »

Une politique provinciale en préparation

En entrevue à RDI, la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, a dit qu'elle espérait présenter une nouvelle politique du gouvernement en matière d'itinérance d'ici la fin du mois. « On travaille d'arrache-pied depuis des mois », a-t-elle assuré, ajoutant que la politique viserait à doter les différents intervenants d'une vision commune et cohérente.

On a un système au Québec qui est hospitalo-centriste. Et à différent égard, autant Réjean Hébert [ministre de la Santé] que moi-même, on veut désenclaver cela pour que les services aillent aux personnes où elles en ont besoin, dans leur milieu.

Véronique Hivon

La politique devrait notamment cibler la formation des policiers et des intervenants de première ligne. Entre-temps, Ottawa et Québec ont conclu une entente temporaire sur le financement des organismes d'intervention en matière d'itinérance.

 


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