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L’Isle-Verte : le feu aurait pris naissance dans une chambre

Des pompiers dans les ruines de la Résidence du Havre, à L'Isle-Verte.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

Des sources ont indiqué à Radio-Canada que l'incendie qui a ravagé une résidence pour personnes âgées de L'Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, dans la nuit de mercredi à jeudi, aurait pris naissance dans la chambre d'un locataire.

Selon une source, un résident aurait demandé à fumer. Un préposé aurait refusé sa demande, mais le résident aurait fumé quand même, ce qui aurait mené au déclenchement d'incendie. La porte du balcon du résident en question était ouverte à l'arrivée des pompiers, toujours selon cette source.

Bilan provisoire de 8 morts

Les recherches de la trentaine de personnes disparues ont été interrompues pour la nuit et reprendront samedi matin, à 7 h.

Le dernier bilan établi par la Sûreté du Québec (SQ), vendredi, fait état de huit personnes retrouvées mortes dans les décombres. Le Bureau du coroner n'a confirmé l'identité d'aucune d'entre elles, même si les proches de certaines victimes se sont exprimés publiquement.

Les opérations de recherche sont difficiles en raison du froid et de la glace. Le travail, colossal, devrait prendre plusieurs jours.

La SQ a aussi fait un appel à la population afin d'obtenir des vidéos et des photos des premières minutes de l'incendie pour aider les enquêteurs dans leur travail. La cause du brasier est toujours inconnue.

Tous les foyers d'incendie qui posaient problème sous la glace sont maintenant maîtrisés, ont indiqué les autorités. La municipalité de L'Isle-Verte a demandé à ses résidents de diminuer leur consommation d'eau et de la faire bouillir cinq minutes avant de la consommer.

En raison de la tragédie, la première ministre Pauline Marois écourte son voyage en Europe. Elle sera à L'Isle-Verte dimanche. Depuis la Suisse, où elle est en mission au Forum économique de Davos, Mme Marois a offert ses condoléances aux familles et aux proches des victimes.

Réaction des propriétaires

Dans un communiqué, les propriétaires de la résidence du Havre, Roch Bernier et Irène Plante, ont offert leurs condoléances aux familles des victimes de l'incendie. Ils ont aussi remercié « les employés de la résidence, les pompiers, les ambulanciers et tous les intervenants qui, de par leur travail dès les premiers instants du brasier, ont contribué à sauver plusieurs vies », peut-on lire, ajoutant que toutes leurs énergies étaient consacrées à collaborer avec les autorités et au bien-être des survivants. Les propriétaires affirment par ailleurs qu'il est encore trop tôt pour dire s'ils vont reconstruire la résidence.

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De la vapeur contre la glace

L'eau utilisée par les pompiers pour éteindre les flammes a gelé jusqu'à une épaisseur de 30 centimètres. Les 125 enquêteurs, pompiers et spécialistes en identité judiciaire avancent donc prudemment dans les décombres de l'immeuble de trois étages.

Pour faire fondre la glace, on utilise des appareils à vapeur afin de préserver les corps des victimes, qui devront être envoyés au laboratoire de Montréal. Le porte-parole de la SQ, Guy Lapointe, a indiqué que les services d'urgence pourraient tenter de faire venir des appareils plus performants pour faire fondre la glace.

« Nous devrions pouvoir en arriver à des identifications par nos méthodes habituelles, que ce soit des identifications visuelles, circonstancielles, ADN, etc. », a expliqué Geneviève Guilbault, porte-parole du Bureau du coroner.

Soutien psychologique

À la suite de ce drame, des travailleurs sociaux ont été dépêchés sur les lieux pour offrir du soutien psychologique à ceux qui en ont besoin. « Là, les gens sont dans la période du choc, il n'y a pas encore énormément de demandes, a affirmé vendredi matin la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon. C'est pour ça qu'on va aller massivement sur le terrain faire du repérage, pour aller vers les gens. »

Il est très important de ne pas rester isolé et d'aller chercher de l'aide au besoin.

Véronique Hivon

Une ligne téléphonique est d'ailleurs disponible pour les gens de la région qui ont besoin d'aide : 1 418 868-0145.

La Résidence du Havre, sur la rue du Quai, comptait 52 unités d'habitation : 18 logements pour personnes autonomes et 34 pour personnes semi-autonomes. Deux employées, soit une auxiliaire familiale et une infirmière auxiliaire, travaillaient la nuit.

Seulement cinq des résidents sont autonomes, selon la mairesse suppléante Ginette Caron. La plupart circulent en fauteuil roulant ou à l'aide d'un déambulateur. De plus, 37 résidents ont plus de 85 ans.

La mairesse de L'Isle-Verte, Ursule Thériault, qui était en vacances à l'extérieur du pays, est de retour dans sa communauté. En point de presse, vendredi après-midi, elle a salué le travail de toutes les équipes impliquées dans les opérations. Elle a répété à plusieurs reprises que « tout est sous contrôle ». Élue depuis novembre, la nouvelle mairesse a réitéré qu'elle était au service de ses citoyens. Elle a décrit le lieu du drame, qu'elle a survolé à bord d'un hélicoptère de la SQ, comme une scène de « désolation ».

Plusieurs témoins qui vivent à proximité du lieu de la tragédie ont dit avoir entendu des cris émanant de l'immeuble en flammes, la nuit de l'incendie.

Collecte de fonds : La Croix-Rouge organise une collecte de fonds pour venir en aide aux personnes touchées par la tragédie de L'Isle-Verte. Les besoins préliminaires sont évalués à 50 000 $. Les personnes qui veulent faire des dons peuvent le faire par téléphone, au 1 800 418-1111 (en mentionnant le fonds L'Isle-Verte) ou en ligne, à cette adresse (Nouvelle fenêtre) (sélectionnez le fonds L'Isle-Verte).

Le Mouvement Desjardins a annoncé vendredi qu'il versait un don de 25 000 $ à la Croix-Rouge du Québec, dans le cadre de cette collecte. D'autres institutions financières y sont aussi allées d'une contribution importante.

Une résidence sécuritaire?

La partie plus ancienne du complexe, qui a été incendiée, n'était pas munie d'un système de gicleurs automatiques, contrairement à la partie plus récente du bâtiment, qui a été épargnée, a affirmé en entrevue Étienne Desjardins, de l'entreprise Gicleurs de l'Est. Il a travaillé à la construction du bâtiment.

Le gouvernement a indiqué que la résidence était malgré tout conforme aux normes de sécurité en vigueur, selon les informations disponibles pour l'instant.

La ministre de la Solidarité sociale du Québec, Agnès Maltais, a affirmé qu'il fallait attendre les résultats de l'enquête avant d'identifier quelque cause ou défaillance que ce soit. La ministre s'est toutefois engagée à réagir rapidement une fois que seront connues les causes de l'incendie. Elle a admis que cette tragédie oblige les députés à revoir l'ensemble des normes de sécurité qui régissent les résidences pour personnes âgées.

Selon le chef libéral Philippe Couillard, qui s'est rendu sur les lieux, ce drame soulève beaucoup de questions, notamment sur l'installation de gicleurs et sur les plans d'évacuation des résidences pour personnes âgées. De passage à L'Isle-Verte, vendredi, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a aussi estimé que le gouvernement devrait répondre à certaines questions concernant la sécurité des résidences.

Le président de l'Association québécoise de défense des personnes retraitées et préretraitées, Louis Plamondon, s'inquiète d'ailleurs des normes de sécurité dans les résidences pour personnes âgées, évoquant que la moitié d'entre elles n'ont pas de gicleurs. « Le niveau d'inquiétude et de risque vient de changer », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada. Ces inquiétudes et remises en question sont partagées par le Conseil pour la protection des malades.

Au Québec, environ 115 000 personnes retraitées vivent dans des résidences pour personnes âgées.

Société