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L’Isle-Verte : des témoins racontent leur nuit d'enfer

Des pompiers combattent les flammes.

Photo : Infodimanche.com / François Drouin

Radio-Canada

Plusieurs résidents de L'Isle-Verte ont été réveillés cette nuit par les cris des résidents prisonniers du brasier. Beaucoup de proches et de voisins ont assisté, impuissants, à la destruction de l'immeuble en bois par le feu. La tragédie touche tout le monde dans le petit village qui compte un peu plus de 1000 habitants.

C'est le cas notamment de Nancy Charron. La propriétaire de l'épicerie du village, qui vit à environ 150 mètres de la Résidence du Havre, a été réveillée en pleine nuit par les appels à l'aide des résidents. Elle et son mari sont aussitôt sortis.

Il n'y avait plus rien à faire. La moitié de la bâtisse était quasiment brûlée.

Nancy Charron

Elle a aussitôt alerté les voisins, dont plusieurs n'étaient pas encore réveillés. « Dix minutes après, raconte Mme Charron, nous avons été évacués. »

La commerçante connaissait presque tous les locataires de l'immeuble. Elle a perdu un oncle et était sans nouvelle d'une de ses tantes.

Un autre voisin, Pascal Fillion, qui a vu le feu de sa fenêtre vers 1 h du matin, confirme lui aussi que l'incendie était déjà alors très intense.

Vidéo tournée par François Drouin

« Avec le vent qu'il y avait là, poursuit M. Fillion, ça n'a pas pris de temps que le feu s'est propagé partout. On entendait du monde qui était encore à l'intérieur. Ça criait. Les pompiers s'installaient. » Il ajoute que les pompiers étaient à l'œuvre, mais que le feu « était pogné partout ». « On était loin et on sentait déjà la chaleur à plein », ajoute-t-il.

Béatrice Michaud, une résidente de L'Isle-Verte, a aussi été réveillée par le feu comme Pascal Fillion. Mme Michaud raconte que des gens ont tenté, sans succès, de porter secours aux résidents. « C'est terrible », dit-elle.

À la recherche des proches disparus

Plusieurs personnes continuent de rechercher leurs proches. Certains se sont rendus au centre de crise, à l'hôpital et sur les lieux de la tragédie, mais n'ont toujours pas de nouvelles. La Sûreté du Québec demandait en fin de matinée aux familles de se rendre à l'école primaire Moisson d'Art, où des enquêteurs les attendaient.

Au village, c'est la désolation et la tristesse. Les personnes qui n'arrivent pas à retrouver leurs proches ne se font guère d'illusions. Au fil de la journée, l'espoir s'amenuisait pour les frères Bérubé qui cherchaient leur mère, âgée de 100 ans. Elle habitait le 3e étage de la résidence.

C'est difficile, on est toujours dans l'attente de savoir où elle se trouve dans les débris. Elle fait partie de la liste des personnes manquantes. On est là, dans l'attente.

M. Bérubé, dont la mère manque à l'appel

Son frère n'est guère plus optimiste : « C'est facile à déduire qu'elle est dans le feu. »

Écoutez l'entrevue avec le pharmacien Philippe Lépicie (Nouvelle fenêtre)r, particulièrement touché par le drame.

Plus qu'une résidence

Le feu a détruit une partie des logements, mais aussi une pharmacie, un CLSC et un salon de coiffure. La propriétaire du salon, Cathia Fontaine, était sous le choc. « J'ai les jambes coupées, raconte-t-elle, je n'ai pas de mots. C'était mes grands-papas et mes grands-mamans qui vivaient là, on était tous une grande famille. »

Le pharmacien de L'Isle-Verte, Philippe Lépicier, qui a aussi perdu son commerce dans l'incendie, s'est dit surpris.

Tout avait l'air bien construit, relève-t-il. Il ajoute que le mur pare-feu, qui séparait l'ancienne partie incendiée d'une partie plus récente, a semblé très efficace, puisqu'il a protégé la partie plus récente de l'immeuble.

Il connaissait presque tous ceux qui étaient assez en santé pour se rendre à la pharmacie. « Il y avait beaucoup de patients qu'on ne voyait pas parce qu'ils n'étaient pas en mesure de se déplacer », ajoute M. Lépicier.

L'homme se dit impressionné par sa communauté.

J'ai constaté une grande force, une grande générosité. J'ai vu une communauté qui a su être forte.

Philippe Lépicier

Le pharmacien précise que les dossiers ont tous été transférés à la pharmacie de Cacouna. Un local temporaire a déjà été repéré au village. D'ici 48 heures, la pharmacie devrait être en mesure d'avoir à nouveau pignon sur rue à L'Isle-Verte.

Plusieurs autres témoins ont souligné que les propriétaires étaient des gens consciencieux qui s'occupaient très bien de leurs pensionnaires. « Tout était propre », assure un résident du village. Le témoin raconte que le propriétaire, atterré par la catastrophe, a assisté cette nuit à la destruction de l'édifice par les flammes.

Les pompiers de six services d'incendie de la région sont intervenus durant la nuit. Ils recherchent maintenant les victimes dans les décombres. Une équipe du service incendie de Rimouski a été dépêchée sur place pour prêter main-forte aux responsables des services d'urgence.

Les pompiers et les policiers entendent diviser le site en deux périmètres de sécurité afin de coordonner les recherches. Une trentaine de personnes sont portées disparues. Trois décès ont été confirmés.

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