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Une famille mexicaine doit rentrer chez elle malgré des menaces de mort

La famille de Luz Maria Zamudio (à droite)  et de Gaspar Cerrano Butanda devra quitter le Canada malgré des menaces de mort proférées contre elle au Mexique.

La famille de Luz Maria Zamudio (à droite) et de Gaspar Cerrano Butanda devra quitter le Canada malgré des menaces de mort proférées contre elle au Mexique.

Photo : Francis Labbé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La famille Zamudio vit à Saint-Jérôme depuis 2010. Elle avait fui le Mexique parce qu'elle faisait l'objet d'extorsion et de menaces de mort par un groupe criminel. Même si le gouvernement canadien croit à son histoire, il lui a refusé le statut de réfugié et la somme de rentrer chez elle d'ici le 10 février.

Un reportage de Francis Labbé (Nouvelle fenêtre)

Luz Maria Zamudio, menacée de mort au Mexique par le groupe criminel La Familia Michuacana.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Luz Maria Zamudio, menacée de mort au Mexique par le groupe criminel La Familia Michuacana.

Photo : Francis Labbé

L'histoire de Luz Maria Zamudio, sa fille Estephany, son fils Jesus et son conjoint Gaspar Butanda débute en 2006. Le frère de Luz Maria Zamudio est kidnappé puis assassiné par un groupe criminel, la Familia Michuacana. « J'ai porté plainte à la police, mais on m'a demandé d'arrêter mes démarches », raconte Luz Maria Zamudio. 

En 2009, le chef local de la Familia Michuacana est arrêté dans cette affaire, puis relâché faute de preuve. Quelques semaines plus tard, il est retrouvé mort, et le cartel accuse les Zamudio d'avoir commandité ce meurtre. 

« Nous avons déménagé trois fois, même dans un autre État », explique Estephany Zamudio, âgée de 20 ans. « Et chaque fois, ils nous ont retrouvés, nous ont fait des menaces et ont vandalisé notre maison. »

En juillet 2010, en pleine nuit, la famille a fui le Mexique pour se réfugier au Canada. Leur demande d'asile a été refusée en juin dernier.

« Refuge interne »

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, dans sa décision, reconnaît la crédibilité de la famille et croit ses allégations. Mais le commissaire Gilles Crête écrit que la crainte de Mme Zamudio « devrait s'appuyer sur quelque chose de plus concret pour établir qu'elle serait menacée partout » au Mexique. 

Il estime que le groupe criminel est affaibli depuis 2011, qu'il n'est pas présent dans toutes les provinces du pays et que la famille pourrait s'établir en toute sécurité dans les villes de Monterrey, de Chihuahua ou de Guadalajara.

Depuis quelques années, le Canada considère le Mexique comme un « tiers pays sûr ». Les réfugiés mexicains doivent donc démontrer qu'ils ne seront en sécurité nulle part dans leur pays. De plus, s'ils contestent la décision de la Commission de l'immigration, ils devront tout de même rentrer au Mexique le temps que leur dossier soit analysé. 

« Irresponsable »

Les experts consultés pendant ce reportage sont unanimes : le Mexique n'est pas un pays sûr. « Il est faux de croire que des criminels déterminés ne pourront les retrouver ailleurs », affirme Stephan Handfield, avocat spécialisé en droit de l'immigration. « Les groupes criminels sont partout dans ce pays. »

« C'est irresponsable de la part d'un fonctionnaire canadien », soutient le professeur Pierre Beaucage, spécialiste de l'Amérique latine au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal. « C'est méconnaître la culture de la criminalité au Mexique, la culture de la vengance. Si de l'argent a été mis sur leur tête, on va les retrouver. » 

C'est comme si on vous disait : "vous êtes recherché par la mafia de New-York? Allez vous cacher à Chicago! "

Une citation de :Pierre Beaucage, professeur émérite, Département d'Anthropologie, Université de Montréal

Mobilisation

Un rassemblement tenu au sous-sol de la cathédrale de Saint-Jérôme le 18 décembre, pour appuyer les Zamudio, a réuni 150 personnes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un rassemblement tenu au sous-sol de la cathédrale de Saint-Jérôme le 18 décembre, pour appuyer les Zamudio, a réuni 150 personnes.

Photo : Francis Labbé

À Saint-Jérôme, Luz Maria Zamudio tient une garderie. Les parents des enfants qu'elle accueille se sont mobilisés pour faire suspendre les procédures de renvoi. Cent cinquante personnes sont venues appuyer les Zamudio lors d'une soirée publique, le 18 décembre dernier. Ils ont aussi lancé une campagne de lettres à l'intention du ministre de la Sécurité publique du Canada, Steven Blaney, pour lui demander de suspendre les procédures de renvoi. 

Au bureau du ministre, la réponse n'a pas tardé. « Bien que certaines situations soient touchantes, le devoir du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile est de veiller à l'application équitable des lois canadiennes sur l'immigration », a répondu Jean-Christophe de Le Rue, directeur des communications au cabinet du ministre.

Mince espoir

Pierre Dionne Labelle, député NPD de Rivière-du-Nord.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Dionne Labelle, député NPD de Rivière-du-Nord.

Photo : Francis Labbé

Même si il y a très peu de chances que les procédures de renvoi soient suspendues, il reste tout de même de l'espoir, selon le député fédéral de la circonscription de Rivière-du-Nord, Pierre Dionne Labelle.

Le député de la région de Saint-Jérôme doit s'entretenir avec  le ministre Blaney la semaine prochaine. « Nous allons demander au ministre Blaney de faire preuve d'humanisme dans ce dossier, puisqu'il s'agit d'une famille crédible, menacée et très bien intégrée à son milieu. »

Stewart Istvanffy, avocat de la famille Zamudio.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stewart Istvanffy, avocat de la famille Zamudio.

Photo : Francis Labbé

L'avocat des Zamudio, Me Stewart Istvanffy, a décidé de contester la décision de la Commission de l'immigration en Cour fédérale. Il a aussi demandé l'asile politique pour ses clients pour des raisons humanitaires. 

« Il y a quelque chose qui ne va pas au Canada, lorsqu'on abandonne nos traditions humanitaires et que l'on se lave les mains de ce qui va arriver avec des gens comme les Zamudio », affirme Stewart Istvanffy. « Cette famille a assez souffert, il faut qu'elle reste au Canada. » 

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