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Guy Gionet, l'exécutant de la « filière à Johnny »

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La commission Charbonneau entend pour quelques jours Guy Gionet, l'ex-PDG du fonds immobilier du Fonds de solidarité FTQ, qui a quitté son poste dans la controverse en mai 2009, sur fonds de perquisitions policières.

Un texte de François Messier (Nouvelle fenêtre)

La commission s'est grandement intéressée à lui cet automne, comme en font foi de nombreuses écoutes électroniques dans lesquelles on pouvait l'entendre. M. Gionet avait d'ailleurs saisi les tribunaux pour empêcher leur diffusion, mais sans succès.

Ce que révèlent ces écoutes, réalisées en 2008-2009 par la Sûreté du Québec dans le cadre de l'opération Diligence, permet de comprendre ses appréhensions.

C'est sur leur base que l'enquêteur Michel Comeau a soutenu que Guy Gionet faisait partie de la « filière » de l'ex-président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, qui siégeait à l'époque aux conseils d'administration du Fonds et de son fonds immobilier.

L'entrepreneur en construction Tony Accurso et Denis Vincent, une relation des Hells Angels de Trois-Rivières qui aurait agi comme « courtier fantôme » de M. Lavallée, selon l'enquêteur de la commission, étaient aussi membres de cette « filière ».

M. Comeau a précisé que M. Gionet avait été un « exécutant » à la solde de cette filière, soupçonnée d'avoir bénéficié d'un accès privilégiée pour obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ. On dirait qu'il est « dirigé par Johnny » Lavallée, a-t-il avancé.

« Quand [l'ex-président de la FTQ] Henri Massé, Jean Lavallée et Guy Gionet étaient à leur plus fort, M. Accurso avait des contrats. [...] Quand ces trois hommes-là ne sont plus là, c'est-tu drôle, il n'y a plus rien »

— Une citation de  Ken Pereira, à la commission Charbonneau

L'enquêteur Stephan Cloutier a notamment présenté un rapport de filature de la Sûreté du Québec selon lequel le mafieux Raynald Desjardins, ami et partenaire d'affaires de Dupuis, est allé chercher Guy Gionet à la SOLIM le 13 novembre 2008 pour aller manger avec lui au restaurant Da Emma.

D'autres liens troubles avec le crime organisé

Guy Gionet s'est retrouvé dans une situation délicate au début de 2009, lorsque le PDG du Fonds Yvon Bolduc lui a demandé de régler le problème de « dossiers toxiques », en référence aux projets qui intéressaient des journalistes parce qu'ils impliquaient des individus de mauvaise réputation, comme Denis Vincent et Ronnie Beaulieu, autre relation des Hells Angels.

Les écoutes électroniques montrent que le PDG de la SOLIM se révèle alors soucieux de ne pas exclure M. Vincent de ces dossiers, dont celui de la Place Telus, à Québec. Il préconise plutôt pour une opération camouflage, une stratégie à laquelle adhèrent Yvon Bolduc et Michel Arsenault, à l'époque président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds.

« J'essaye de voir si justement, dans Telus, comment je peux amoindrir l'effet de Denis », dit-il dans un cas à Yvon Bolduc. « Moi, je peux raconter, pis le cacher. Mon problème c'est que j'me dis, ostie, au bureau d'enregistrement, y vont faire la filière quand même. »

« Moi, je fais pas de la politique, je fais de l'investissement. Le restant, ça me regarde pas. [...] Pis les risques réputationnels... Y a des notions que je ne connais pas pis que je ne veux pas connaître. »

— Une citation de  Guy Gionet, lors d'une conversation téléphonique avec Denis Vincent

Lorsqu'Yvon Bolduc s'inquiète à la même époque d'un dossier d'investissement concernant le bar de danseuses 10-35, auquel était lié Ronnie Beaulieu, M. Gionet le rassure : « Non, c'est pas lui au dossier. C'est toute des prête-noms. Pis le prête-nom est correct. »

Pour M. Gionet, a résumé l'enquêteur Comeau, le rendement du Fonds primait sans contredit sur la réputation de ses partenaires d'affaires.

Il a aussi été abondamment question cet automne du rôle joué par Guy Gionet dans le dossier du projet récréotouristique Tipi, dans le cadre duquel la SOLIM est entrée en conflit avec le promoteur Laurent Gaudreau.

La commission a montré que Guy Gionet discutait de la stratégie de la SOLIM dans cette affaire avec Denis Vincent, alors que ce dernier était un partenaire minoritaire de M. Gaudreau. Ce dernier a déclaré à la commission que le conflit était survenu peu après que Denis Vincent eut exigé à deux reprises « 250 000 $ pour Johnny » afin que le projet aille de l'avant, somme qu'il a refusé de verser.

Au service de Jocelyn Dupuis

De précédentes écoutes électroniques avaient établi que l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis discutait régulièrement avec Guy Gionet des projets de son ami Ronald Beaulieu, que ce soit avant ou après que ce dernier eut quitté son poste de directeur général de la FTQ-Construction, le 12 novembre 2008. Ce dernier a bel et bien obtenu une aide financière du Fonds.

Au moins un des projets de M. Beaulieu ne semble pas avoir passé comme une lettre à la poste cependant. Dans une conversation téléphonique captée par les policiers le 7 juillet 2008, Guy Gionet informe Jocelyn Dupuis qu'un dossier de cette relation des Hells Angels a été accepté, mais qu'il a eu « la chienne ». « Tu nous a fait une osti de job là-dessus », note Dupuis.

M. Dupuis, qui n'avait aucun rôle officiel au Fonds ou à la SOLIM, a aussi admis qu'il avait agi de manière à ce qu'un autre de ses amis, le patron de Garnier Construction Joe Borsellino, ait directement accès à Guy Gionet, notamment pour discuter d'un projet d'investissement dans des clubs Med.

« Guy, c'est mon chum. [...] Quand tu parles avec lui, c'est pareil comme si tu parlerais avec nous autres. Faque, y a pas de problème », dit-il avoir expliqué à M. Borsellino lors d'une conversation avec Guy Gionet. Ce dernier lui répond : « De toute façon, y a pas grand trucs que je fais que je t'en parle pas aussi. C'est ça que j'y ai dit ».

Départ précipité

Au début du mois de mai 2009, Guy Gionet apprendra successivement à Jean Lavallée, Tony Accurso et Denis Vincent que des enquêteurs du Fonds de solidarité viennent de prendre le contrôle de la SOLIM, pour une enquête interne une semaine, et qu'il doit rester à l'écart, tout en continuant de toucher son salaire. Des enquêtes journalistiques étaient alors en cours.

« C'est sûr que je suis associé à la gang à Johnny », déplore-t-il dans une conversation avec Denis Vincent. M. Lavallée avait été éjecté du C. A. du Fonds et de la SOLIM quelques semaines plus tôt. « Y aura pu d'business tsé. La business est morte », conclut alors Denis Vincent. « J'ai fait quoi, moi, tabarnak? J'ai rien fait moi. [...] C'est parce que j't'acoquiné avec Johnny, c'est juste pour ça », déplore-t-il.

Dans les jours qui suivront, le Fonds annoncera d'importantes modifications de ses règles de gouvernance et de celles de la SOLIM, puis fera savoir que le contrat de Guy Gionet ne sera pas renouvelé. Sa vérification interne, dira-t-elle, a conclu qu'une partie d'un prêt consenti dans le cadre d'un projet de développement immobilier devait permettre d'acquérir le bar de 10-35, ce qui ne « reflétait pas l'intention du comité consultatif de SOLIM de mars 2008 au moment de son autorisation ».

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