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Guy Gionet, un PDG bien docile...

Guy Gionet

Guy Gionet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le témoignage de l'ex-PDG de la SOLIM confirme l'énorme ascendant qu'avaient sur lui tant le président du C. A. Jean Lavallée que l'entrepreneur Tony Accurso. Guy Gionet a convenu qu'il informait M. Lavallée des dossiers soumis à la SOLIM avant les autres membres du C. A. et confirmé que M. Accurso avait ses entrées directes à la SOLIM.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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M. Gionet a expliqué que cet entrepreneur, dont il connaissait l'amitié avec Jean Lavallée, était un joueur important, tant au Fonds de solidarité qu'à la SOLIM, et qu'il lui demandait souvent son opinion.

Celui qui a été PDG du bras immobilier du Fonds de 2004 à 2009 évalue que 20 % du chiffre d'affaires annuel de la SOLIM était lié aux projets de M. Accurso.

Écoutes électroniques à l'appui, l'enquêteur Michel Comeau a présenté devant la commission, cet automne, M. Gionet comme un « exécutant » à la solde d'une filière composée de MM. Lavallée, Vincent et Accurso, soupçonnée d'avoir bénéficié d'un accès privilégié pour obtenir du financement. Denis Vincent est considéré proche des Hells Angels de Trois-Rivières par la police.

M. Gionet, qui s'entretenait fréquemment avec ce dernier, fort impliqué dans plusieurs dossiers de la SOLIM, a soutenu, de façon étonnante, n'avoir jamais vraiment su comme ce dernier gagnait sa vie. Il affirme sinon savoir qu'il fréquentait M. Lavallée, mais n'avoir jamais entendu dire que les deux hommes aient été partenaires d'affaires.

Analysez les liens entre la FTQ, les Hells et la mafia

L'ex-PDG sous l'emprise de Lavallée

Guy Gionet reconnaît que Jean Lavallée, à l'époque président de la FTQ-Construction, était informé des dossiers soumis à la SOLIM avant les autres membres du C. A. et qu'il attendait son assentiment avant de leur faire parvenir ces derniers pour étude et approbation.

Les deux hommes se rencontraient d'ailleurs pour discuter des dossiers au local de la FIPOE, le syndicat affilié à la FTQ-Construction que dirigeait M. Lavallée, mais aussi parfois au restaurant L'Onyx, de Tony Accurso.

« Il se considérait comme mon supérieur immédiat et je devais répondre à ses instructions », se défend M. Gionet, qui précise que M. Lavallée n'avait pas, pour autant, le pouvoir de diriger la SOLIM et que tout dossier devait être approuvé par le C. A. ».

« Tous les dossiers présentés au C. A. ont passé. »

— Une citation de  Guy Gionet

M. Gionet admet aussi que de tous les individus liés au Fonds ou à la SOLIM, c'est Jean Lavallée qui lui a le plus souvent apporté en main propre des dossiers qui pouvaient intéresser l'institution, dont ceux de Denis Vincent.

Il s'agissait généralement de dossiers provenant d'individus liés à la FTQ-Construction, explique-t-il. Certains venaient en fait de celui qui était alors directeur général du syndicat, Jocelyn Dupuis.

M. Gionet dit aussi que Yvon Bolduc, PDG du Fonds de solidarité et membre du C. A. de la SOLIM, lui a parlé à deux reprises des dossiers Pascal et 10-35, derrière lesquels se retrouve le sympathisant Hells Angel Ronnie Beaulieu, un proche de M. Dupuis.

Accurso avait un accès direct

L'ex-PDG de la SOLIM admet que Tony Accurso avait ses entrées directes à la SOLIM, une situation connue tant par Yvon Bolduc que Jean Lavallée ou encore Michel Arsenault. M. Lavallée était bien au courant des dossiers de M. Accurso à la SOLIM, a précisé M. Gionet.

Lui-même voyait ce dernier chaque mois et lui parlait toutes les semaines, mais nie qu'il ait pu avoir une influence indue à la SOLIM, notamment pour écarter de la concurrence.

« Oui, effectivement, c'est arrivé qu'il me conseille de ne pas faire affaire avec certains entrepreneurs. [...] Mais il n'a jamais empêché une rencontre ou il n'a jamais empêché quelqu'un de faire affaire avec nous », a-t-il affirmé.

Dans une écoute électronique de l'opération Diligence du 5 février 2009, M. Gionet accueille cependant avec reconnaissance les conseils de M. Accurso qui lui recommande de ne pas accorder à Joe Borsellino, de Garnier Construction, le rendez-vous qu'il lui demande.

« Moi je lui donnerais pas de rendez-vous [...] Il est zéro trustable » plaide M. Accurso, qui lui rappelle les liens de l'individu avec Jocelyn Dupuis. Or, ce dernier est alors un adversaire acharné de Jean Lavallée, l'ami de M. Accurso.

M. Gionet convient finalement de rencontrer M. Borsellino, et prévient M. Accurso qu'il le tiendra au courant. « Je te dirai de toute façon qu'est-ce qu'il veut », lui dit-il.

Le mois précédent, Tony Accurso, dans une autre écoute, avait déblatéré sur le compte de Tony Magi, qui venait d'apparaître comme partenaire dans un dossier le concernant. « La seule raison que ce deal-là m'intéressait, c'est parce que Magi, y était pas là », peste l'entrepreneur.

Lorsque Guy Gionet l'informe que M. Magi veut avoir « les mêmes conditions » déjà consenties par la SOLIM à Tony Accurso pour un projet dans l'arrondissement de LaSalle, ce dernier répond : « Non, non, non ». « Tout ce qui touche, ça fucke », ajoute-t-il au sujet de M. Magi. « Je veux rien savoir de ce gars-là. C'était pas supposé être comme ça ».

Guy Gionet nie sinon avoir jamais su si M. Accurso avait pu recourir à des pratiques controversées dans le cadre de ses affaires.

Un extrait d'écoute électronique du 1er avril 2009 entre M. Gionet et un homme d'affaires impliqué dans le dossier de Place Québec - où l'on retrouve aussi M. Accurso – semble pourtant indiquer le contraire.

M. Gionet y affirme que M. Accurso n'est pas lié à des histoires de blanchiment d'argent, mais est plutôt un individu qui « contribue à des partis politiques pour avoir des faveurs, des contrats, tant au provincial qu'au municipal ».

Il a cependant soutenu devant la commission qu'il ne faisait là que rapporter des allégations diffusées dans les médias.

Photo de groupe: Tony Accurso, Jocelyn Dupuis et Jean LavalléeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo de groupe: Tony Accurso, Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée

Lavallée intervient au profit de la FIPOE

En fin d'avant-midi, Guy Gionet a expliqué que l'ascendant de Jean Lavallée sur les autres membres du C. A. de la SOLIM – dont Yvon Bolduc, Louis Bolduc, René Roy et Michel Coulombe – avait permis à la FIPOE d'investir « à plusieurs reprises » dans des projets de la SOLIM.

Lorsqu'il rencontrait M. Lavallée, en prévision du prochain C. A., a-t-il dit, il arrivait que le syndicaliste demande à ce que le fonds de son syndicat investisse à part égale avec la SOLIM dans le cadre de « prêts mezzanines ». Autrement dit, si SOLIM avait prévu investir 4 millions de dollars dans un prêt de second rang, la FIPOE allait finalement investir 2 million grâce à un de ses fonds – vraisemblablement le fonds social du syndicat - réduisant d'autant la part de SOLIM.

« M. Lavallée disait : "J'ai de l'argent disponible. Plutôt que de le laisser... ce serait bon d'indiquer qu'on peut, par un véhicule d'investissement comme celui-là, augmenter les rendements des syndicats en contribuant avec SOLIM à faire le prêt mezzanine" », a raconté M. Gionet.

M. Lavallée informait ensuite les autres membres du C. A. de la SOLIM de cette décision, en arguant que cela allait « encourager les rendements additionnels » pour son syndicat. Le tout était d'ailleurs « clairement indiqué » dans les documents présentés au C. A. pour approbation.

« Mon impression, c'est que, surtout au niveau du Fonds, [on] trouvait évidemment là une pratique un peu curieuse. Surtout qu'on n'a pas besoin de sous additionnels », affirme M. Gionet.

Lorsque le procureur Tremblay lui a demandé comment avaient réagi les autres membres du C. A. de la SOLIM face à cette nouvelle approche, M. Gionet a répondu : « Il n'y a pas eu beaucoup de discussions. Il n'y a pas eu de commentaires. Ça a été approuvé. Il n'y a pas eu grand débat ». Il a admis dans la foulée que la participation de la FIPOE à ces prêts, souvent assortis de taux d'intérêt de 15 %, privait la SOLIM de certains profits.

Le sulfureux dossier de la marina Brousseau

M. Gionet dit ne pas avoir rencontré seul à seul Jean Lavallée avant qu'il ne le convoque en 2004, alors qu'il n'était encore que directeur de l'investissement à la SOLIM, sous l'autorité de son PDG Richard Marion. M. Lavallée lui annonce à cette occasion qu'il limoge M. Marion, une décision qui ne sera communiqué à ce dernier que des semaines plus tard.

M. Lavallée, qui souhaite que le contenu de la rencontre ne soit pas divulgué à M. Marion, lui indique alors qu'il souhaite que le dossier de la marina Brousseau soit mené à terme.

Lors de son témoignage, M. Marion avait soutenu avoir refusé que la SOLIM investisse dans le dossier de la marina Brousseau, qu'il ne considérait pas comme un investissement d'affaires.

Il avait aussi eu vent que des Hells Angels gravitaient autour du dossier.

L'ex-PDG a dit s'être alors retrouvé confronté, à sa plus grande surprise, à la résistance de Guy Gionet, son subordonné, qui défend le projet, contre son propre avis, au nom de Jean Lavallée. M. Marion estime avoir payé de son emploi le refus de défendre certains dossiers, dont celui de la marina.

Guy Gionet reconnaît que M. Marion voyait ce dossier comme un mauvais investissement, mais se défend que ce dernier lui ait parlé de la présence du crime organisé.

Ce sera finalement M. Gionet qui terminera le montage du dossier afin qu'il soit présenté au C. A. de la SOLIM, M. Marion ayant entre-temps été congédié par Jean Lavallée. M. Gionet se défend d'avoir joué un rôle dans la décision de remercier Richard Marion.

Au départ de M. Marion, M. Gionet devient PDG intérimaire, avant d'être confirmé un peu plus tard dans ses fonctions par le président du Fonds Pierre Genest, par celui de la FTQ Henri Massé et par Jean Lavallée.

Ce dernier lui confirme alors qu'il aurait entre autres pour fonction de faire des projets non conventionnels, qu'il assimile à des projets tout simplement plus modestes, comme celui de la marina Brousseau.

M. Gionet, qui avait par ailleurs déjà croisé l'entrepreneur Tony Accurso au fil de certains dossiers, alors qu'il n'était encore que directeur de l'investissement, admet qu'il ne serait pas étonné que son embauche comme PDG ait fait l'objet d'une discussion entre MM. Lavallée et Accurso.

Un condo nommé Accurso

L'ex-PDG de la SOLIM a aussi admis qu'il a déjà occupé un condo à Montréal que lui avait proposé André Bramos, responsable du développement chez Marton, compagnie à laquelle était liée M. Accurso.

Il soutient qu'il avait convenu de louer ce condo sur une base mensuelle, sans signer de bail, pour un montant de 1000 $ par mois.

Il a soutenu qu'il avait remis des chèques à M. Bramos à cette fin, mais avoir constaté qu'ils n'avaient jamais été encaissés par le gestionnaire de l'immeuble.

M. Gionet dit s'être enquis de la situation avec M. Bramos. Ce dernier lui a répondu « Cours pas après. S'ils veulent pas les encaisser, il les encaissent pas ». Les chèques n'ont jamais été encaissés.

Il soutient en outre que Tony Accurso lui a déjà offert le condo, mais qu'il a refusé. « Je suis persuadé que si j'aurais insisté, j'aurais pu... », a-t-il cru bon d'ajouter.

« Dans le genre de poste que j'occupe, ce serait facile d'ouvrir la porte. Pas juste à M. Accurso; à beaucoup d'autres développeurs. Faut laisser la porte fermée. C'est évident », a-t-il fait valoir.

M. Gionet a aussi reconnu que Tony Accurso lui offrait régulièrement des billets de hockey ou des bouteilles de vin, des cadeaux qu'il n'avait pas à déclarer en vertu des règles internes de la SOLIM.

Une indemnité de départ somptuaire

Guy Gionet a quitté son poste de PDG dans la controverse en mai 2009 sur fond de perquisitions policières. Au même moment, Jean Lavallée est évincé de la SOLIM qui, de plus, coupe tous ses liens avec Denis Vincent.

M. Gionet dit avoir reçu une indemnité de départ de 1,3 million de dollars à son départ de la SOLIM. Cette somme comprenait aussi des honoraires pour des services de consultant qu'il a continué d'offrir à la SOLIM jusqu'en juillet 2013.

Il fonde alors en plus, en parallèle, une société d'investissement immobilier, où se retrouvent notamment des partenaires privés rencontrés dans le cadre de ses activités passées à la SOLIM.

Les allégations entendues à l'automne 2013 à la commission Charbonneau, et surtout les écoutes électroniques, le contraignent à rompre ses liens avec cette société.

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