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Des « problèmes épileptiques » contraignent Daniel Paillé à quitter le Bloc québécois

Daniel Paillé annonce son départ de la direction du Bloc québécois

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada
Mis à jour le 

Daniel Paillé a remis sa démission à titre de chef du Bloc québécois en raison de « problèmes épileptiques » qui lui ont été diagnostiqués après qu'il eut éprouvé des « malaises » au cours des derniers mois.

En entrevue avec Anne-Marie Dussault à l'émission 24/60, M. Paillé a expliqué que sa maladie pouvait être contenue et qu'elle ne l'empêchait pas de travailler. « L'épilepsie, c'est une maladie qui se contrôle, dans mon cas. Et on peut vivre avec ça », a-t-il expliqué.

Néanmoins, sa condition ne lui permet pas d'occuper le rôle de chef de parti, car la charge de travail est trop importante, et le niveau de stress est haut. « C'est tout sauf être un chef de parti », dit l'homme de 63 ans. Il a indiqué qu'il se tiendrait éloigné de la vie politique, mais aussi des médias, car il ne compte plus donner d'entrevue pour le moment.

L'entrevue de Daniel Paillé à 24/60

Il a officiellement annoncé sa décision lors d'une conférence de presse à Montréal. « Je n'élaborerai pas davantage là-dessus, et je vous demande respectueusement de respecter ce choix, qui relève du domaine privé. Je vais prendre un recul reposant, profiter du temps et des gens qui m'entourent. Et éventuellement, j'aurai une nouvelle vie professionnelle, plus ordonnée, plus prévisible », a--t-il déclaré lors de la conférence.

Selon nos informations, les problèmes neurologiques du chef souverainiste affecteraient sa mémoire et sa capacité de concentration, l'empêchant du coup de mener à bien sa tâche. Des sources au sein du parti ont confié que M. Paillé a subi des tests médicaux au cours des derniers mois et qu'il venait moins souvent à Ottawa.

Savoir partir, pour moi, c'est maintenant. Et c'est, dans les circonstances, le meilleur moment pour le parti.

Daniel Paillé

Le chef démissionnaire du Bloc affirme être « fier » de son travail à la direction du parti. « Ça peut être évalué par un redressement, un rééquilibre, une relève, des nouveaux membres, mais d'abord et avant tout, c'est le travail de milliers de Québécois et de Québécoises, avec patience, avec persévérance », a-t-il souligné.

Daniel Paillé a admis qu'il aurait souhaité poursuivre son travail de reconstruction en pilotant le congrès du parti prévu le printemps prochain. « J'aurais souhaité vous y mener, y être, mais je m'en serais voulu de briser l'élan en cours de route », a-t-il déclaré. « La voie à suivre pour le Bloc, je l'ai préparée. Le Bloc a l'élan qu'il faut. Alors continuez. »

Je m'auto-trahis. Je ne pensais pas que ça arriverait. On est toujours invincible, hein, dans la vie? Et quand ça ça arrive, on se dit : ben, c'est pas ça que je voulais faire...

Daniel Paillé

M. Paillé a dit n'avoir « aucune idée » de ce qu'il allait faire à l'avenir. Il a rappelé qu'outre ses six années de politique active, il avait longuement fait carrière dans les finances, la gestion et l'administration. « J'ai un métier. Je pense que je peux aider convenablement », a-t-il fait valoir.

Il a par ailleurs assuré qu'il ne se mêlerait pas du choix de son successeur. « C'est aux militants de le choisir », s'est-il borné à dire.

Réactions politiques

De passage à Bruxelles, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a tenu à saluer l'engagement de M. Paillé. « Je veux le remercier pour ce qu'il a fait pour le Bloc québécois, pour le mouvement souverainiste. Je veux lui souhaiter bonne chance pour la suite des choses. Et j'espère que sa santé ira bien », a-t-elle dit.

Gilles Duceppe, qui a dirigé le parti jusqu'aux élections de mai 2011, a souligné que Daniel Paillé avait « donné beaucoup dans sa vie politique, pour le Québec ». 

« Je m'attriste de cette situation. C'est évidemment très exigeant que la vie politique. Il a fait beaucoup avec peu de moyens au cours des deux dernières années. Je respecte ça au plus haut niveau. Je sais ce que ça représente », a-t-il déclaré en entrevue au Réseau de l'information. 

Un automne difficile

Le chef du Bloc s'était retrouvé dans la tourmente cet automne lorsque la députée d'Ahuntsic Maria Mourani avait pris position contre la charte de la laïcité du gouvernement péquiste de Pauline Marois. Elle avait notamment utilisé l'expression « nationalisme ethnique » en parlant du projet de charte.

M. Paillé avait exclu la députée montréalaise du caucus du parti tout en lui proposant de demeurer au sein du parti à titre de militante. Mme Mourani avait plutôt choisi de quitter le parti et de siéger à titre d'indépendante. « Il faut être souverainiste pour être député du Bloc québécois », a dit M. Paillé en évoquant le cas de Mme Mourani, lors de son entrevue avec 24 heures en 60 minutes.

« Les problèmes de santé de M. Paillé sont malheureux. J'espère qu'avec le temps, il puisse récupérer avec sa famille et ses amis. Je lui souhaite de tout cœur un prompt rétablissement », a réagi Mme Mourani à l'annonce de la démission du chef du Bloc.

Économiste de formation, M. Paillé a été élu député du Bloc québécois lors d'une partielle en 2009 avant de perdre son siège lors des élections générales de 2011. Il a succédé à Gilles Duceppe à la tête du parti souverainiste le 11 décembre 2011. Il avait devancé Jean-François Fortin et Maria Mourani dans la course à la direction.

M. Duceppe avait remis sa démission à la suite de la déconfiture du parti aux élections fédérales du 2 mai 2011.

M. Paillé a également été député du Parti québécois et ministre de l'Industrie et du Commerce sous Jacques Parizeau (1994-1996).

Un parti en reconstruction

Le Bloc québécois a su pendant près de vingt ans obtenir une majorité de sièges au Québec jusqu'à ce qu'il s'effondre dans les urnes aux dernières élections générales.

Nombre de députés du BQ aux élections générales

  • 1993 - 54 députés
  • 1997 – 44 députés
  • 2000 – 38 députés
  • 2004 – 54 députés
  • 2006 – 51 députés
  • 2008 – 49 députés
  • 2011 – 4 députés

Il entraîne alors dans sa déconfiture son chef Gilles Duceppe, vaincu dans sa propre circonscription. Le BQ perd son statut de parti officiel à la Chambre des communes et se retrouve ainsi privé de subventions en plus de voir le temps de parole de ses députés considérablement diminué.

Avant de se lancer dans la course à la direction du parti, M. Paillé s'était d'ailleurs interrogé sur l'existence même du BQ.

Selon l'ancien député bloquiste Pierre Paquette, Daniel Paillé aura consacré « beaucoup d'énergie » au cours de son court mandat à redresser les finances du parti. Il déplore qu'il n'ait pas l'occasion de définir de nouvelles orientations politiques pour le parti, un objectif qui devait culminer lors d'un congrès prévu en mai. 

Il faut, dit-il, « redonner au Bloc sa pertinence en terme d'opposition, à la fois aux fédéralistes, et aux conservateurs dans la conjoncture actuelle ».

M. Paquette dit être convaincu que le poste de chef du Bloc québécois peut encore intéresser des personnalités d'envergure. Il soutient en outre que le parti aurait intérêt à trouver un candidat qui ferait consensus, sans négliger les « étapes démocratiques » pour autant.

À lire aussi : Qui peut sauver le Bloc? (Nouvelle fenêtre) (un texte d'Emmanuelle Latraverse)

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