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Où en est la crise en Ukraine? 4 clés pour comprendre

Un insurgé prorusse monte la garde à un poste de contrôle.

Un insurgé prorusse monte la garde à un poste de contrôle.

Photo : MAXIM ZMEYEV / Reuters

Radio-Canada

La crise ukrainienne a une fois de plus atteint un point critique. Alors que les combats entre l'armée ukrainienne et les rebelles prorusses s'intensifient dans l'est de l'Ukraine, les discussions entre la Russie, l'Ukraine et les pays européens semblent dans l'impasse. Où en sommes-nous après trois mois de conflit? Réponse en quatre temps.

Un texte de Laurence NiosiTwitterCourriel

1. Sur le front diplomatique, rien ne bouge

À ce jour, la diplomatie a donné peu de résultats. Le 20 juin, le nouveau président ukrainien Petro Porochenko, successeur de Viktor Ianoukovitch, destitué fin février après un bain de sang sur la place Maïdan de Kiev, a décrété un cessez-le-feu unilatéral. La trêve de 10 jours a toutefois été violée à plusieurs reprises par des combats sporadiques et n'a pas été prolongée, malgré les pressions occidentales.

Paris et Berlin plaident toujours, et sans succès, pour un cessez-le-feu bilatéral entre les autorités ukrainiennes et les séparatistes. Parmi les autres pierres d'achoppement : les convois d'aide humanitaire et le contrôle de la frontière, par où les rebelles prorusses s'approvisionnent en combattants et en armes de la Russie, selon Kiev et les pays occidentaux.

2. Des négociations difficiles

La négociation est devenue d'autant plus difficile que Vladimir Poutine refuse de reconnaître qu'il apporte une telle aide à l'insurrection ou qu'il procède à des bombardements depuis son territoire.

Le président russe préfère entretenir l'incertitude, jouant la carte de l'apaisement tout en faisant monter les tensions. « On parle beaucoup de guerre froide, reste que pendant la guerre froide, c'était prévisible [...] Maintenant, on est entrés dans l'ère de l'imprévisibilité, à commencer par l'annexion de la Crimée », estime Dominique Arel, titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa.

« Mais la question de fond, c'est : on négocie, mais avec qui? », s'interroge le chercheur. La Russie demande notamment de négocier avec des représentants autoproclamés régionaux du Donbass, un territoire qui regroupe les régions administratives de Donetsk et de Louhansk, deux bastions séparatistes prorusses. « Mais qui sont-ils? Ont-ils le pouvoir, ou sont-ils des paravents? », enchaîne le chercheur.

3. L'écrasement du vol MH-17, un tournant

L'Ukraine accuse les séparatistes prorusses d'avoir abattu, le 17 juillet, un Boeing de la Malaysia Airlines avec un missile sol-air, alors que Moscou rejette la responsabilité de la tragédie sur le gouvernement ukrainien.

Les sanctions américaines, canadiennes et européennes n'ont pas tardé à tomber sur la Russie, accusée de soutenir les séparatistes. Il s'agit là, selon Dominique Arel, d'un tournant dans la position de l'Union européenne, qui estime que sa sécurité est mise en péril par la crise ukrainienne.

« Il y avait eu deux rondes de sanctions depuis mars, mais dans le cas européen, c'était largement symbolique, car elles n'étaient pas au niveau sectoriel et les officiels russes n'étaient pas visés », affirme-t-il.

Selon lui, « quelque chose s'est brisé », en particulier dans les relations entre la Russie et l'Allemagne, qui tente de jouer un rôle de médiation. « L'Allemagne est l'État qui a amené la politique de détente dans les années 70, donc il y a une tradition depuis 40 ans d'ouverture », ajoute-t-il.

4. Une guérilla urbaine

Pendant ce temps, l'armée ukrainienne reprend de plus en plus de terrain aux séparatistes, mais le coût humain associé est élevé, résume Dominique Arel. La ville de Louhansk est privée d'eau et d'électricité depuis le début d'août.

Le décompte du nombre de morts est en outre difficile à déterminer, mais il demeure tout de même élevé, puisque ce sont les villes qui sont bombardées par l'armée ukrainienne. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies a néanmoins recensé 2086 morts depuis la mi-avril en date du 10 août.

« En une journée, il peut y avoir 30-40 morts », estime le chercheur, qui parle d'une véritable « guérilla urbaine ». « Les rebelles évoluent dans un environnement rempli de civils, ils tirent près des habitations, des hôpitaux, des écoles, c'est le propre des insurrections urbaines [...] Un scénario très sombre pourrait être l'avenue d'actes terroristes si l'armée reprend le dessus », dit-il.

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