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Le plus vieil ADN humain séquencé à ce jour

Un squelette vieux de 400 000 ans mis au jour à Sima de los Huesos en Espagne.

Un squelette vieux de 400 000 ans mis au jour à Sima de los Huesos en Espagne.

Photo : Javier Trueba, Madrid Scientific Films

Radio-Canada

L'ADN d'un être humain vieux de 400 000 ans a été reconstitué grâce à un os découvert dans une grotte espagnole.

L'exploit génétique permettra éventuellement aux scientifiques d'en apprendre davantage sur les ancêtres de l'homme moderne. Jusqu'à maintenant, le plus ancien génome humain séquencé avait entre 70 000 et 80 000 ans. Il appartient à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les « Hommes de Denisova », proches cousins du Néandertalien et de l'humain moderne. Ils ont transmis certains de leurs gènes aux habitants actuels de l'Asie du Sud-Est, en particulier aux Papous.

L'analyse de l'ADN trouvé dans le « gouffre des os » (Sima de los Huesos ) d'Atapuerca, dans le nord de l'Espagne, montre que cet individu était lié à celui des Dénisoviens, et non pas des Néandertaliens, dont les squelettes exhumés dans la grotte possèdent pourtant de nombreux traits distinctifs.

Ces fossiles sont classés par les spécialistes parmi les Homo heidelbergensis. Jamais auparavant les chercheurs n'avaient réussi à exploiter leur ADN, beaucoup trop vieux. Selon certains experts, ces hommes seraient les ancêtres des hommes de Néandertal.

Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe. J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertaliens et les Dénisoviens de l'autre.

Juan-Luis Arsuaga, Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid



Le saviez-vous?
Le « gouffre des os » est situé à 30 mètres sous la surface, est saturé d'humidité et profite d'une température quasi constante de 10,6 °C. Il constitue le plus grand gisement de fossiles humains du pléistocène moyen, vieux de 120 000 à 500 000 ans environ. Outre des ossements d'animaux, l'équipe de Juan-Luis Arsuaga y a trouvé plus de 28 squelettes d'hominidés.

L'ADN ancien

Reconstitution artistique de l'apparence des « hommes Sima ».

Reconstitution artistique de l'apparence des « hommes Sima ».

Photo : Javier Trueba, MADRID SCIENTIFIC FILMS

Le Pr Matthias Meyer et son équipe de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig ont développé une nouvelle technique pour exploiter l'ADN ancien fortement détérioré.

Cette équipe allemande a travaillé avec l'équipe espagnole dans le but de tester des ossements anciens. D'abord les restes d'un ours des cavernes vieux de 300 000 ans, puis ceux d'un humain qui gisait près de la bête.

C'est à partir de deux grammes de poudre d'os provenant d'un fémur que les chercheurs ont pu reconstituer l'ADN de la mitochondrie, qui se transmet exclusivement par la lignée maternelle. Cela est très utile pour retracer l'évolution d'une espèce dans le temps.

Trois ADN comparés

Il ne restait dès lors plus qu'à comparer cet ADN maternel avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates.

L'absence des mutations les plus récentes dans ce génome a permis d'estimer que l'hominidé avait foulé le sol espagnol il y a environ 400 000 ans.

En outre, il partage bien des traits avec les Dénisoviens, mais celui qu'on appelle maintenant l'« homme de Sima » en a divergé quelque 700 000 ans avant notre ère.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Nature.

Avec les informations de Agence France-Presse

Science