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Ces anges qui tiennent la main des femmes atteintes de cancer

L'infirmière pivot en cancer du sein au CHUS, Line Rousseau

L'infirmière pivot en cancer du sein au CHUS, Line Rousseau

Photo : Jocelyn Riendeau

Geneviève Proulx

Le 12 janvier 2012, Francine Beaudoin fêtait son dernier jour de travail. À 63 ans, cette retraite était bien méritée. La tête bourrée de projets, elle fonçait dans cette nouvelle étape de sa destinée avec bonheur.

La vie avait d'autres plans pour elle. Moins de deux semaines plus tard, elle apprenait qu'un cancer s'était niché dans l'un de ses seins. « J'ai paniqué. Quand on apprend qu'on a un cancer, ça fait peur. On pense tout de suite à la mort. On se dit que ça va être épouvantable. Moi, j'ai pensé à Suzie Lambert dans Lance et Compte. Je me voyais sans cheveux à être malade tout le temps. J'étais tellement découragée », se souvient-elle.

Oui, il y avait la famille et les amis qui étaient là pour la supporter dans ce combat. « Tous ceux qui se sont occupés de moi tant à la maison qu'à l'hôpital ont été des saints, mais mon infirmière pivot a été un véritable ange », soutient Mme Beaudoin.

Cet ange, c'est Line Rousseau, une infirmière qui prend sous son aile, bon an, mal an, un peu plus de 200 femmes qui ont maintenant les mots cancer du sein d'inscrits dans leur dossier médical. « Ces femmes sont complètement sous le choc. Elles ont besoin d'explications, d'être rassurée. Je suis là pour ça », explique-t-elle simplement.

De l'enseignement sur la chirurgie qui viendra peut-être aux effets secondaires de la chimiothérapie jusqu'à essuyer les trop nombreuses larmes qui coulent sur les joues, les infirmières pivots ont tout un rôle à jouer dans le combat que ces femmes auront à faire contre le cancer.

« J'ai eu trois traitements de chimiothérapie et 20 de radiothérapie. J'ai appelé mon infirmière pivot pour qu'elle m'explique ce qui m'arriverait à la suite de ces traitements. Le lendemain de mon premier traitement de chimio, elle m'a téléphoné pour savoir comment j'allais. J'étais touchée. Elle était toujours disponible pour moi », se rappelle Mme Beaudoin avec émotion.

Une grande partie du boulot de Line Rousseau se déroule au téléphone.

Une grande partie du boulot de Line Rousseau se déroule au téléphone.

Photo : Jocelyn Riendeau

Une vingtaine de fois par jour, le téléphone de Line Rousseau sonne. Sa pagette ne dérougit pas davantage. « Pour les femmes sont en crise, c'est important d'avoir quelqu'un d'accessible qui peut nous aider au-delà de notre famille. »

De sa voix rassurante et calme, l'infirmière pivot aide à voir plus clair dans cet inconnu. « J'étais toujours dans la crainte de ce qui allait m'arriver. Mme Rousseau me rassurait et me donnait des conseils. J'avais peur de perdre mes cheveux. Elle m'a dit que ce serait peut-être plus facile pour moi de me les raser plutôt que de les regarder tomber. Elle avait raison. »

C'est ce côté plus humain où la psychologie prend toute la place qui a amené Line Rousseau à laisser tomber les aiguilles et les médicaments. « C'est très enrichissant et valorisant. Je suis meilleure là-dans. J'aime l'humain, ce qu'il est avec ses craintes, ses peurs. Je veux les rassurer dans ce qui s'en vient. Mon défi n'est pas que la femme accepte sa maladie, mais qu'elle apprenne à vivre avec elle », explique l'infirmière qui veille au grain depuis neuf ans.

L'infirmière pivot ne fait pas que sortir les mouchoirs au bon moment et jaser au téléphone. « Je fais beaucoup de gestion de symptômes. Si je me rends compte qu'une femme réagit mal à tel médicament, j'appelle le médecin traitant et la pharmacie et on réajuste tout ça. Je m'assure qu'elles aient leurs différents examens dans les délais Si une patiente s'adapte mal à la maladie, je peux la référer à la psychologue de l'équipe aussi », donne-t-elle en exemple.

Line Rousseau voit plus de 200 femmes par année dans son bureau.

Line Rousseau voit plus de 200 femmes par année dans son bureau.

Photo : Jocelyn Riendeau

On pense à la famille aussi. « Ce sera peut-être le conjoint qui aura besoin de parler ce qui arrive. Je travaille également avec une travailleuse sociale qui aide la famille. Une rencontre avec eux est organisée pour démystifier la chose. »

Si la grande faucheuse passe dans le coin, Line Rousseau ne fait pas que fermer le dossier pour passer au numéro suivant. « On s'attache... C'est toujours difficile quand ça arrive. On rencontre la famille pour s'assurer que tout est correct avec eux », dit-elle.

Mais l'infirmière rappelle que les statistiques sont en faveur des femmes atteintes d'un cancer du sein. « Oui, on travaille beaucoup avec la peur, dans la mort, mais il y a beaucoup d'espoir aussi. La majorité s'en sort! »

Malgré les pronostics favorables, reste que personne ne souhaite mettre cette maladie dans sa liste de trucs à réaliser. Quand ça arrive, heureusement, il y a de ces anges, comme Line Rousseau, qui ne sont pas trop loin pour nous tenir la main au besoin

Pour Line Rousseau, les femmes atteintes de cancer ne sont psa qu'un simple dossier.

Pour Line Rousseau, les femmes atteintes de cancer ne sont psa qu'un simple dossier. "On s'attache..."

Photo : Jocelyn Riendeau

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