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Vincent à l'origine de la crise au Fonds de solidarité

Denis Vincent

Denis Vincent

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'intérêt des médias pour les liens entre la SOLIM et Denis Vincent, un individu réputé proche des Hells Angels, va semer un vent de panique à la FTQ qui sera à l'origine du grand nettoyage de 2009 au Fonds de solidarité. La tempête emportera l'un après l'autre Denis Vincent, le président du C.A. de la SOLIM Jean Lavallée et son PDG Guy Gionet.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Lire aussi : Complicité douteuse entre l'ex-PDG de la SOLIM et Denis Vincent

Des écoutes policières de l'époque, présentées par l'enquêteur Michel Comeau à la commission Charbonneau, montrent que le président de la FTQ Michel Arsenault, le PDG du Fonds de solidarité Yvon Bolduc et celui de du bras immobilier du Fonds, Guy Gionet, ont débattu à l'hiver et au printemps 2009 de moyens d'écarter Denis Vincent des dossiers dans lesquels il est impliqué à la SOLIM.

La crainte est alors grande pour la réputation de la FTQ et du Fonds.

M. Vincent, a expliqué l'enquêteur Comeau, agissait alors comme une sorte de « courtier fantôme » auprès d'entrepreneurs au nom de Jean Lavallée.

Il est notamment question dans leurs conversations de la présence de M. Vincent dans le dossier de Place Telus,  porté à la SOLIM par son ami Jean Lavallée, et qui a bénéficié d'un investissement de 5,5 millions de dollars. Ils s'entendent pour le sortir du dossier, sans que ni lui ni M. Lavallée ne devinent leur intention.

Guy Gionet mène un double jeu dans toute cette histoire : ses échanges téléphoniques, à la même époque, avec Denis Vincent, montrent qu'il se soucie beaucoup des intérêts de ce dernier, lui confiant notamment de l'information interne sur les déboires de son ami Jean Lavallée qui sera par la suite éjecté de son siège au CA de la SOLIM.

On dirait que Guy Gionet est « dirigé par Johnny » Lavallée, avance l'enquêteur Comeau.

Il est par ailleurs difficile d'établir le jeu joué par Tony Accurso. L'entrepreneur semble bénéficier de la confiance de Michel Arsenault qui lui confie ses craintes sur l'intérêt croissant des médias pour le Fonds et l'informe sur le sort que la SOLIM réserve à Jean Lavallée. Pourtant, lorsque le président de la FTQ lui demande ce qu'il sait de Denis Vincent, l'entrepreneur paraît en savoir peu, ajoutant qu'il ne « veut pas faire affaire avec ».

Or, des extraits d'écoutes électroniques démontrent que MM. Vincent et Accurso avaient des liens d'affaires.

Les liens entre Denis Vincent et les Hells Angels

Selon l'enquêteur Michel Comeau, Denis Vincent a notamment organisé le transport par hélicoptère de Hells Angels en 1999 pour une fête au local des Blatnois à Grand-Mère, un club école des Hells. C'était « un ami invité », dit l'enquêteur Comeau. M. Vincent a aussi organisé en juin 2000 le transports de Rowdy Crew vers le local des Hells de Trois-Rivières. Il est aussi ami avec Pyramide Pronovost, qui a été membre des Blatnois.

À l'origine de Denis Vincent

Les écoutes policières démontrent que l'ex-président de la FTQ savait depuis des années qu'il fallait se méfier de Denis Vincent mais ignorait que la police le considérait proche des Hells Angels.

Un échange du 18 mars 2009 entre Michel Arsenault et Gilles Audette, son conseiller politique, démontre que les deux hommes se méfient au moins depuis 2004 de M. Vincent qu'ils considèrent comme un « grand chum » de M. Lavallée.

Ils sont inquiets de l'enquête menée par Denis Lessard de La Presse sur le fait que M. Vincent aurait touché une commission dans la transaction de 2004 qui avait permis à Grue Guay d'acheter Fortier Transfert.

« Je me souviens de t'avoir parlé de ça, moi. Pis je me souviens d'avoir entendu que Denis Vincent est alentour de ce deal-là, pis que j'avais dit au conseiller financier : tabarnak, y a pas de commission, lui », mentionne M. Audette. « Tu vois toute l'ostie de ''schème'' à Johnny », ajoute-t-il.

Une conversation entre les deux hommes du 2 avril va permettre à M. Audette de préciser ce qu'il pense de M. Lavallée. « Johnny, quand un dossier arrivait au Fonds, il contactait l'entrepreneur pour qu'il fasse affaire avec Denis Vincent », dit-il à M. Arsenault.

Jean Lavallée et Michel ArsenaultAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Lavallée et Michel Arsenault

Confidences entre Accurso et Arsenault

Les écoutes vont incidemment démontrer les liens étroits entre M. Arsenault et Tony Accurso. Le président de la FTQ va ainsi s'entretenir avec ce dernier le 18 mars 2009 afin d'en savoir davantage sur M. Vincent. « Moi, je veux pas faire affaire avec », dit l'entrepreneur. « C'est jamais clair ses affaires. [...] J'ai pas le temps pour des petits deals; moi, je veux des gros deals. »

M. Accurso lui révèle en outre que Henri Massé, le prédécesseur de Michel Arsenault, lui a déjà demandé d'enquêter sur Denis Vincent, et qu'il avait alors embauché un détective à ce sujet. L'enquête, dit-il, n'a rien donné de concluant. 

Michel Arsenault lui demande alors de but en blanc si Denis Vincent est lié au crime organisé : « C'est un gars qui peut flirter un petit peu le crime organisé, mais de là à dire qu'il est impliqué, non, non, non. Ça, ça me surprendrait ben gros », répond M. Accurso.

M. Arsenault va aussi lui parler de l'intérêt des journalistes pour le Fonds et la SOLIM, avant de lui confier: « Keep it for you : il y a une taupe au Fonds de solidarité ». Les deux hommes s'entendent sur l'importance de ne pas parler aux journalistes.

Exit Jean Lavallée

Au même moment où l'on s'évertue en haut lieu d'écarter Denis Vincent se décide le sort de Jean Lavallée, comme en fait foi une conversation du 25 mars entre MM. Bolduc et Arsenault.

« Le plus vite que Johnny part de SOLIM, le mieux c'est », dit M. Bolduc à M. Arsenault. L'écoute nous apprend aussi qu'Yvon Bolduc entend parler avec Denis Vincent, ce qui indique qu'il le connaît quelque peu.

La même journée, Michel Arsenault et Tony Accurso se sont parlé à nouveau. Le président de la FTQ semble toujours aussi résolu à régler le problème de Denis Vincent. « Y va prendre une ostie de sortie mèque j'aille fini avec lui », dit-il à l'entrepreneur. Ce dernier semble approuver, en notant que Vincent n'est qu'une « sangsue ». « Y veut des commissions », ajoute-t-il. 

Michel Arsenault lui confie ensuite que « la majorité syndicale sur le conseil d'administration » de la SOLIM veut le voir le lendemain. « Y vont vouloir la peau à Johnny », anticipe-t-il. « Je sais pas comment ce que je vas gérer ça. Mais Johnny, son chien est mort », annonce-t-il à Tony Accurso. « Le monde le déteste ostie, chu pu capable de rien faire. [...] Y va être en tabarnak ».

Le président de la FTQ s'inquiète de la possibilité que Jean Lavallée aille « placoter » avec les journalistes, mais l'entrepreneur le rassure. « Y va juste prendre sa retraite pis c'est tout. [...] C'est pas le genre de gars pour démolir qu'est-ce que lui-même a construit ».

L'éviction de M. Lavallée va se confirmer, comme en témoigne une conversation du 7 avril 2009 entre M. Vincent et Guy Gionet. Ce dernier lui indique que la FTQ a décidé d'éjecter Jean Lavallée de son siège au C.A. de la SOLIM.

Denis Vincent, qui paraît se résigner, espère seulement avoir le temps de boucler des dossiers avec la SOLIM, notamment le projet de Place Telus. Il l'avertit d'ailleurs qu'il va rencontrer M. Lavallée sous peu, mais souhaite le voir auparavant.

Gionet talonné par TIPI

Des conversations du 14 avril 2009 entre Guy Gionet et Mario Tremblay, vice-président aux Affaires publiques du Fonds, indiquent que deux les hommes sont inquiets de l'article à venir  de La Presse de Denis Lessard qui s'intéresse au projet TIPI du promoteur Laurent Gaudreau. La version des faits que donne alors M. Gionet à M. Tremblay sur le rôle de Denis Vincent dans TIPI a été contredite par de nombreuses écoutes.

L'article de M. Lessard sera publié 15 avril. Le journaliste y cite M. Gaudreau qui affirme que c'est Denis Vincent qui lui a présenté Jean Lavallée. Y sont aussi évoqués les liens présumés entre M. Vincent et des motards criminels.

Guy Gionet va alors s'empresser d'appeler Denis Vincent afin qu'ils accordent leur version des faits sur la façon dont M. Gaudreau l'a rencontré, lui, ainsi que Jean Lavallée. M. Gionet défend la qualité de son travail à la SOLIM. Celui qui n'en sera plus PDG dans quelques jours soutient avoir toujours bien géré ses dossiers.

« Les risque réputationnels, c'est des notions que je ne connais pas et que je ne veux pas connaître », fait valoir M. Gionet.

Lorsque la réputation en prend pour son rhume...

Une conversation du 28 avril 2009 entre MM. Arsenault et Bolduc montre que la panique monte à la FTQ alors que les révélations se multiplient dans les médias, notamment sur les investissements que le Fonds a faits dans des projets de Ronald Beaulieu, un sympathisant des Hells Angels.

M. Arsenault paraît incidemment soulagé lorsque M. Bolduc lui confirme que son association avec les Hells n'est pas mentionnée dans les minutes du procès-verbal sur le dossier Pascal, ce qui aurait augmenté la possibilité, dirait-on, que cette information soit coulée aux médias.

Le PDG du Fonds Yvon Bolduc s'inquiète aussi des conséquences que pourraient avoir les révélations que quelqu'un du Fonds lui a faites. Cette personne, dont le nom a été caviardé, aurait été convoquée en 2004 par un quatuor composé de Denis Vincent, Louis-Pierre Lafortune, Jean Lavallée et Calogero « Charles » Caruana, un représentant de Tony Accurso, pour le presser de régler le dossier d'achat de Grues Guay par Fortier Transfert.

La transaction n'aura finalement pas lieu, puisque c'est finalement Grues Guay qui achètera Transfert, mais Bolduc craint l'impact de cette information si les médias s'en emparent.

Le monde de Vincent s'effondre

Le 1er mai, dans un appel à un partenaire d'affaires prénommé Yves, Denis Vincent lui confie que le C.A. de la SOLIM est « défait » et que celui du Fonds de solidarité FTQ a été « massacré ». Guy Gionet, ajoute-t-il « n'a plus de pouvoirs ».

Il précise à son interlocuteur que Jean Lavallée, qu'il doit voir en fin de semaine, n'est « pas content [...] à cause des histoires de Tony ».

« Y a pas de leader, Michel Arsenault bin y deale pu rien. Tsé au moins si Johnny est pu là pis Michel, tsé Michel c'est nous autres qui l'a mis là. Pis c'est plate en tabarnak, y a chienne dans ses culottes, pis Yvon Bolduc [...] y é pu capable pis y a peur, y a peur, y a peur, c'pu drôle là », déplore Denis Vincent.

Denis Vincent annonce ensuite à Yves qu'il va rencontrer Tony Accurso lundi, ce qui montre que les deux hommes faisaient des affaires ensemble, contrairement à ce que Tony Accurso avait affirmé à Michel Arsenault quelques semaines plus tôt.

Malgré toute cette situation, Denis Vincent semble croire que le projet qu'il mène avec Yves pourra être réglé. « Bin faut j'pogne Yvon » Bolduc, lui dit-il. « Le deal là, c'est ben facile. Y va se passer entre moi, Yvon Bolduc, Johnny pis un autre gars. »

L'enquêteur Comeau a précisé que les deux hommes discutaient du rachat de leur participation dans le dossier place Telus. L'affaire implique Tony Accurso, Denis Vincent, Jean Lavallée et Guy Gionet qui, dit-il, font partie « de la même cellule, de la même filière ».

Il a précisé avoir pris connaissance d'autres conversations qui n'ont pas été présentées par la commission dans lesquelles Denis Vincent et Tony Accurso parlent d'aller voir Henri Massé « pour régler les choses ».

Je reste surpris à chaque fois [...[ de voir comment M. Vincent peut se mettre à l'égalité de ces hauts gestionnaires là, alors qu'il n'a pas de poste, pareil comme si c'était un décideur. L'importance qu'il se donne ou qu'il a au sein de la FTQ...

Une citation de :L'enquêteur Michel Comeau

Le lendemain, Guy Gionet apprend à Denis Vincent que des enquêteurs du Fonds de solidarité viennent de prendre le contrôle de la SOLIM pour une semaine, et qu'il doit rester une semaine à l'écart, tout en continuant de toucher son salaire.

« Y essayent de trouver un bouc émissaire [...], y essayent de trouver une façon de se protéger le cul », explique-t-il à Denis Vincent. « C'est sûr que je suis associé à la gang à Johnny », ajoute-t-il, en se désolant que le Fonds se fiche du rendement qu'il a réussi à obtenir à la SOLIM.

Guy Gionet informe Denis Vincent qu'il a prévenu Jean Lavallée la veille et qu'il a fait de même avec Tony Accurso le matin même. « Lui aussi y en revient pas », assure-t-il.

Denis Vincent semble ébranlé par la nouvelle. « Y aura pu d'business tsé. La business est morte, là », observe-t-il. « C'est toute Yvon ça », déplore-t-il, en référence au PDG du Fonds, Yvon Bolduc.

« Je pense pas que Michel Arsenault a à voir là-dedans », ajoute Vincent. « On l'entend pas mener grand bruit. D'après moi, y est mort peur. D'après moi, lui aussi y restera pas », dit-il à Gionet, qui acquiesce.

M. Vincent informe en outre M. Gionet qu'il s'en va au Lac-aux-Sables, pour y rejoindre Jean Lavallée, et que les deux hommes verront Tony Accurso le lendemain.

Il ajoute, dépité : « J'ai fait quoi, moi, tabarnak? J'ai rien fait moi. [...] C'est parce que j't'acoquiné avec Johnny, c'est juste pour ça ».

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