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Embargo européen sur le phoque : le Canada fera appel

Chasse aux phoques

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Radio-Canada

Le Canada a annoncé lundi qu'il porterait en appel toute décision de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui maintiendrait l'interdiction de l'Union européenne (UE) d'importer et de vendre de la fourrure ou de la viande provenant du phoque.

Dans une décision rendue lundi, l'OMC a conclu que cette interdiction ne respectait pas les règles commerciales internationales. L'organisme affirme toutefois du même souffle que cette interdiction peut être justifiée pour des raisons éthiques concernant le bien-être des animaux.

Le Canada, qui, avec la Norvège, contestait l'interdiction de l'Union européenne imposée en 2010, a rapidement réagi lundi matin.

« Le Canada portera en appel, devant l'organe d'appel de l'OMC, toute décision qui maintiendrait cette interdiction injuste [...] Le Canada maintient sa position et juge que la chasse au phoque est pratiquée sans cruauté et qu'elle est durable et bien réglementée. Toute opinion contraire se fonde sur des mythes et est le résultat de la désinformation. Les conclusions du groupe spécial devraient d'ailleurs préoccuper tous les membres de l'OMC », a indiqué le pays dans un communiqué.

Même si l'embargo est maintenu, l'OMC signale que certaines incohérences dans la loi devraient être corrigées et que les exceptions prévues pour les produits du phoque issus de la chasse inuite ou d'autres communautés autochtones ne sont pas correctement appliquées et sont plutôt disciminatoires pour les produits importés. « Les produits dérivés du phoque en provenance du Canada et de la Norvège bénéficient d'un traitement moins favorable que celui qui est accordé aux produits dérivés du phoque similaires d'origine nationale », peut-on lire dans le rapport.

Quelque 900 000 phoques sont chassés chaque année à travers le monde, selon la Commission européenne. Outre le Canada et la Norvège, le Groenland et la Namibie pratiquent eux aussi la chasse commerciale du phoque.

Par ailleurs, parmi les autres pays interdisant l'importation de produits du phoque, on compte notamment les États-Unis, le Mexique, la Russie et Taïwan.

Déception au Canada

Le président de l'Association des chasseurs de phoques des Îles-de-la-Madeleine, Denis Longuépée, se dit déçu, mais en même temps peu surpris de la décision prise par l'OMC.

« Disons qu'on s'attendait à cette décision-là. Il y a tellement de pression au niveau des groupes animalistes devant l'Union européenne qu'on voyait mal dernièrement la chance qu'on ait un renversement au niveau de l'Union européenne », affirme-t-il.

M. Longuépée qualifie la décision d'« émotive ». « Pour avoir participé à plusieurs délégations, du côté de l'Union européenne, les gens nous disaient que c'est immoral de tuer un animal comme ça. Nous on pense que c'est aussi bien de tuer un phoque de la façon qu'on le chasse qu'à l'abattoir », dit-il.

Aux Îles-de-la-Madeleine, 900 familles vivent de la chasse aux phoques. Cette chasse est également une industrie importante à Terre-Neuve-et-Labrador.

Les prises des chasseurs restent bien en deçà du quota établi par le gouvernement fédéral, qui est d'un maximum de 400 000 phoques tués par année. La saison de la chasse avait mené l'an dernier à la capture d'environ 91 000 phoques. Plus de 300 000 phoques avaient été tués en 2006, 2007, 2008, avant que l'embargo soit mis en place.

Une exception qui n'en est pas une

L'embargo de l'UE ne vise pas les produits du phoque issus de la chasse traditionnelle inuite ou autochtone en général. Toutefois, dans les faits, les Inuits ne réussissent plus à vendre leurs produits en Europe.

« Ce sont les communautés qui ont été les plus touchées. Car nous au sud, on a des opportunités de débouchés plus grandes. Avant, les Inuits vendaient les peaux et gardaient la chair des phoques pour se nourrir. Maintenant qu'on ne leur achète plus de fourrure, ils n'ont pas d'argent pour payer l'essence et les balles pour aller chasser, et restent chez eux », indique Gil Thériault, du Réseau des gestionnaires de la ressource du phoque.

« Les Européens disent qu'ils veulent bien acheter les produits des Inuits si ces derniers ne font pas d'argent avec ça. Mais ça coûte cher la chasse aux phoques. Les Inuits chassent avec des motoneiges et des GPS. Nous ne sommes plus en 1950 », précise-t-il.

Gilles Thériault est extrêmement critique de l'argument « éthique » qu'a utilisé l'OMC pour rendre sa décision. Il le considère « hyper dangereux pour tout le commerce international », ainsi que pour l'environnement. En fait, selon lui, dans ce dossier, le Canada « devrait avoir une médaille de conservation de la ressource », alors que les Européens devraient recevoir des amendes.

« Ils en tuent des phoques en Europe : en Écosse, en Estonie, en Suède, au Danemark, en Finlande, afin de contrôler les populations de phoques et de protéger les bancs de poissons. Mais ils les gaspillent en ne les revendant pas. Et nous on nous reproche de vouloir commercialiser les produits des phoques qu'on tue. C'est le monde à l'envers. C'est au-delà du ridicule », lance-t-il.

M. Thériault indique toutefois que la décision de l'OMC ne parviendra pas à arrêter la chasse aux phoques canadienne, « car nous n'avons pas le choix ». Il est également plutôt optimiste pour la suite des choses, affirmant que la vente de fourrure au niveau mondial est en « croissance exponentielle », et que la demande pour la protéine animale et les oméga-3 est également en hausse.

« Je ne m'inquiète pas que la chasse soit arrêtée. Mais ça m'inquiète un peu que l'on gaspille des produits avant d'avoir trouvé d'autres marchés et d'avoir fixé les protocoles de vente », dit-il.

Des pourparlers seraient entre autres en cours avec la Chine.

Avec les informations de La Presse canadienne

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