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Vaincre sa dépendance à 16 ans

Vaincre sa dépendance à 16 ans
Radio-Canada

Le centre Le Grand Chemin de Saint-Célestin, au Centre-du-Québec, vient en aide aux adolescents de 12 à 17 ans qui sont dépendants à l'alcool, à la drogue ou au jeu.

L'organisme opère aussi des centres du même genre à Québec et à Montréal.

Les adolescents qui choisissent de fréquenter l'un des centres Le Grand Chemin s'engagent à suivre une thérapie de huit à dix semaines, pendant lesquelles les contacts avec l'extérieur seront limités.

Pendant leur séjour, les jeunes apprennent entre autres à parler de leur histoire.

À 16 ans, William raconte une enfance teintée par l'intimidation. « Au primaire, je me suis fait intimider parce que j'étais gros. Ça n'allait pas bien mon affaire... Je me servais de mes poings, puis j'ai vu que j'étais capable d'avoir des amis en consommant. »

S'en suit une pente fatale : expulsion de son école, puis de la commission scolaire, un séjour dans une famille d'accueil puis dans un centre de réadaptation. « J'ai tout mis de côté pour ma consommation », admet William.

Au fil des semaines passées ensemble, les adolescents laissent tomber les masques et tissent des liens avec ceux qui, comme eux, ont connu des moments difficiles. Comme William D., 18 ans, qui avoue avoir fait des vols dans des voitures pour financer sa consommation de drogues. « J'ai volé... écoute, j'ai fait ma ville de quartier en quartier. »

Gabriel, 16 ans, se souvient avoir crié des injures à sa mère et lui lancer des objets. « J'étais rendu à devenir fou. » William rapporte que ses parents avaient peur qu'il n'en vienne à frapper ses petits frères.

Plus d'agressivité

Le centre Le Grand Chemin à Saint-CélestinLe centre Le Grand Chemin à Saint-Célestin

La coordonnatrice du centre Le Grand Chemin de Saint-Célestin, Valérie Beaupré, explique que les intervenants sur le terrain font face à plus de comportements impulsifs et agressifs qu'auparavant. Ce constat intervient alors qu'on observe aussi une hausse de la consommation de drogues de synthèse (amphétamines, métamphétamines) chez les jeunes.

Cette consommation de substances chimiques survient à un bien mauvais moment pour le développement de leur cerveau. Le risque de développer un problème de santé mentale est réel.

Didier Jutras est psychiatre au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et membre du conseil d'administration du Grand Chemin. Il explique qu'à l'adolescence, « le cerveau est beaucoup plus plastique, plus flexible, ce qui fait en sorte que toute intervention externe vient modifier davantage le cerveau que, par exemple, plus tard à l'âge adulte. »

Les intervenants du Grand Chemin ont dû développer une expertise sur tout ce qui touche les troubles concomitants, c'est-à-dire ce qui touche la consommation et les troubles de santé mentale.

Près qu'un jeune sur trois qui arrive au centre de Saint-Célestin présente une problématique de santé mentale.

Cinq semaines plus tard

Cinq semaine après son arrivée au centre, William D. a droit à sa cérémonie de départ. « Je m'en vais... Je retourne dans le vrai monde », explique-t-il.

Il admet avoir peur et ressentir de l'angoisse face à tout ce qu'il doit changer dans sa vie. « C'est tout mon cercle d'amis qui consomment que je vais devoir tasser. Il faut que je me fixe des petits buts à court terme, pour ne pas me morfondre et déprimer. »

William D. ne sera pas seul pour affronter cette nouvelle réalité. Toute sa famille participe à sa cérémonie de départ. Elle est là pour le ramener à la maison. Sa mère se réjouit « qu'il passe à une autre vie, qu'il laisse de côté le passé qui l'a fait souffrir... C'est la porte de son avenir et de son bonheur, je pense. »

La route de Gabriel sera un peu plus longue. Il doit soigner son agressivité avant de retourner dans le vrai monde. Il reste deux semaines de plus au centre.

En complétant leur thérapie, les deux William, Gabriel et les autres auront gagné une bataille importante. Ils devront cependant reconnaître qu'ils demeurent fragiles et qu'ils devront continuer à livrer le combat de leur vie.

D'après un reportage de Marie-Claude Julien.

Mauricie et Centre du Québec

Société