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Prostitution : rue de la pauvreté

Prostitution : rue de la pauvreté
Radio-Canada

Souvent, en région, les prostituées n'en sont pas vraiment.  Ce sont des femmes qui vont vendre occasionnellement leur corps sous la contrainte financière. 

Pour elles, la prostitution s'avère parfois la seule porte de sortie, celle qui permettra de payer le loyer et l'électricité, d'habiller les enfants.

C'est encore plus vrai dans des régions comme la Gaspésie, où le taux de chômage peut grimper jusqu'à 20 % et au-delà l'hiver. Les femmes y occupent trop souvent des emplois saisonniers, pour lesquels elles sont payées au salaire minimum. En 2011, six  femmes sur 10 en Gaspésie ont gagné moins de 20 000 $.

La prostitution n'est alors pas un choix, mais le côté sombre du manque de choix pour subsister, selon ceux et celles qui interviennent auprès de ces femmes.

Le journaliste Michel-Félix Tremblay en a discuté avec Hélène Morin, coordonnatrice de la Maison Femmes en mouvement de Bonaventure.

Est-ce que la prostitution de subsistance est une pratique courante?
C'est une réalité. Si tu es à l'aide sociale, que tu as des enfants, si tu es au salaire minimum et que tu es à l'assurance-emploi et que tu reçois 50 % de ton salaire minimum en chômage, il n'y a pas tellement de moyens de s'en sortir.

Prostitution« C'est un moyen tout simplement pour s'en sortir et arriver à payer le loyer », selon Hélène Morin

Il faut voir que lorsqu'on est dans la prostitution de subsistance, ce n'est pas chaque mois, chaque semaine. Les femmes qui font de la prostitution de subsistance ne se voient pas comme faisant de la prostitution parce que ce n'est pas l'image qu'on a de la prostitution. C'est un moyen tout simplement pour s'en sortir et arriver à payer le loyer.

On n'a pas de solution miracle. On essaie de les accompagner pour qu'elles trouvent de la formation, de l'emploi. On ne peut pas dire qu'on brille par notre taux d'emplois en Gaspésie. Donc, il y a effectivement beaucoup de chômage et il y a aussi beaucoup de femmes avec des enfants à l'aide sociale.

Donc, c'est le contexte économique qui mène ces femmes à la prostitution?
Oui. Peu d'entre elles ont eu à choisir entre des études en médecie et la prostitution. On arrive à la prostitution parce qu'on n'a pas d'autre choix. Parce qu'on meurt de faim, parce qu'il faut payer le logement parce qu'on va se faire mettre dehors ou payer le compte d'électricité avant de se faire débrancher. Oui, ça arrive.

Qui sont les clients?
M. Tout le monde. On ne s'attarde pas vraiment aux clients. Il doit y en avoir parce qu'elles arrivent à se prostituer et à avoir des sous. Nous, notre priorité ce sont les femmes qui viennent au centre.

Les clients, c'est un peu monsieur n'importe qui dans le village.

Que leur dîtes-vous? Comment les aider?
C'est surtout de ne pas juger et de voir avec elles comment on peut les aider. On n'a pas de solutions. On peut juste les accompagner et voir ce qu'on peut faire ensemble. De voir les solutions qu'elles trouvent. Des fois c'est plus simple de faire ça que de s'embarquer dans autre chose. Les études ne sont pas accessibles. On voudrait bien qu'il y ait des solutions, mais dans la réalité, il n'y en a pas tant que ça.

Est-ce que ce n'est pas un mal nécessaire?
Non, ça ne sera jamais un mal nécessaire parce que ça montre simplement l'inégalité entre les hommes et les femmes.

Prostitution de subsistanceLa prostitution de subsistance, selon Hélène Morin, revèle surtout les carences de la société pour contrer la pauvreté, notamment chez les femmes monoparentales.

Ça montre que présentement, au Québec, les femmes gagnent encore en moyenne 75 % de moins que le salaire des hommes, ça nous montre que des femmes qui sont monoparentales sont souvent plus à risques de vivre en situation de pauvreté avec leurs enfants.

Ça nous montre que les programmes d'aide sociale sont peu ou pas adaptés aux réalités des femmes qui sont monoparentales.

Ça nous montre que la société n'est pas capable de répondre aux besoins de la majorité des femmes qu'on dit exclues parce qu'elles vivent en situation de pauvreté.

Je ne pense pas que se prostituer soit une solution en soi. Ça peut être une solution à court terme, mais ça a des impacts sur l'estime de soi, ça a des impacts sur la santé, ça a des impacts sur les enfants. Je me rappelle d'une participante qui avait trois jeunes enfants qui étaient conscients de ce que leur mère faisait même si elle ne le disait pas.

Ça nous montre surtout un échec de notre société. Ça nous montre surtout les problèmes de notre société alors que nous sommes dans un pays qui est riche, qui devrait être capable de prendre soin de tout le monde.

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