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Exclusif

Plus de 2000 anciens de la GRC atteints de stress post-traumatique

Linda Perchaluk pose avec son mari Adrian Gulay dans une photo de famille.

Linda Perchaluk pose avec son mari Adrian Gulay dans une photo de famille. L'homme, agent de la GRC au Manitoba, s'est donné la mort en août 2013, au terme d'années de cauchemars et de dépendance aux médicaments et à la drogue.

Photo : Gracieuseté de Linda Perchaluk

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des voix s'élèvent pour dénoncer l'inaction de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), dont plus de 2000 anciens membres reçoivent des prestations d'invalidité pour trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Ce nombre représente le double d'il y a cinq ans, selon les données du ministère des Anciens combattants obtenues par Radio-Canada. Au total, 1077 anciens de la GRC recevaient des prestations pour TSPT en 2007-2008. Ce nombre a bondi à 2176 en 2012-2013. 

L'Ouest canadien affiche les chiffres les plus élevés. À titre comparatif, la région de l'Atlantique, qui suit l'Ouest, comptait trois fois moins de prestataires durant la dernière année fiscale. Dans ces deux régions, la GRC est plus présente qu'au Québec ou qu'en Ontario, qui ont chacune une force policière provinciale.

La Manitobaine Linda Perchaluk estime que la mort de son mari aurait pu être évitée. En août dernier, l'agent Adrian Gulay a mis fin à ses jours, après avoir quitté son emploi parce qu'il n'en pouvait plus. Il y a cinq ans, lors d'une intervention violente dans la région de Roblin, l'agent Gulay a reçu du sang contaminé en plein visage. Selon sa femme, c'est à ce moment qu'il a commencé à dépérir parce qu'il craignait pour sa vie.

« Il se couchait le soir et se réveillait en pleine nuit en criant, parce qu'il voyait du sang partout. »

— Une citation de  Linda Perchaluk

Face aux cauchemars et à la dépendance de son mari, tant aux médicaments qu'à l'alcool, Mme Perchaluk raconte avoir envoyé des dizaines de lettres et de courriels à la GRC pour obtenir de l'aide, mais en vain.

Peur de parler

La GRC admet qu'elle ne sait pas réellement combien de ses membres ou retraités souffrent du TSPT. « Par le passé [...], il y avait des gens qui doutaient de l'intégrité de ces gens-là », explique le commissaire adjoint aux ressources humaines de la GRC, Gille Moreau.

« C'est des choses du passé », clame-t-il toutefois. « Il y a encore peut-être quelques pochettes de résistance à l'intérieur de l'organisation, mais c'est quelque chose que nous adressons [sic]. »

Le sergent d'état-major à la retraite Murray Brown, en Nouvelle-Écosse, en témoigne. Pendant ses 38 ans de service, il a vécu beaucoup d'événements traumatisants, comme le meurtre d'une jeune fille de l'âge de ses enfants.

Le sergent d'état-major à la retraite de la GRC, Murray Brown, montre son uniforme.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le sergent d'état-major à la retraite de la GRC, Murray Brown affirme n'avoir jamais fait part de son diagnostic de trouble de stress post-traumatique à ses supérieurs, par crainte de conséquences sur sa carrière.

Photo : Radio-Canada

Il reçoit des traitements pour son TSPT depuis cinq ans, mais il affirme être malade depuis bien plus longtemps et n'avoir jamais osé en parler à ses supérieurs, de crainte que cela n'ait des répercussions sur sa carrière. Il estime qu'il n'est pas le seul.

La GRC a à coeur la santé de ses membres, fait plutôt valoir la porte-parole en santé et sécurité au travail du corps policier, Sylvie Chateauvert.

« De dire que ça va affecter la carrière d'un membre, c'est de l'information qui est confidentielle. Ce qui est important du point de vue de l'employeur, c'est de savoir les limitations fonctionnelles, physiques ou psychologiques [....], parce qu'on ne veut pas aggraver leur situation. »

— Une citation de  Sylvie Chateauvert, GRC

Ne pas se savoir malade

D'autres membres de la police fédérale souffrent sans savoir qu'ils sont peut-être atteints du TSPT. « C'était un temps très difficile pour moi, j'ai commencé à avoir des problèmes, je pense au suicide. Une journée, j'étais très proche de ça », dit notamment Eric Rebiere, un retraité comptant 24 ans de service à la GRC.

Eric Rebiere, ancien membre de la GRC en Ontario, accorde une entrevue à Radio-Canada en novembre 2013 au sujet de son trouble de stress post-traumatique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Eric Rebiere, ancien membre de la GRC en Ontario, déplore avoir souffert de stress post-traumatique pendant 10 ans, sans en avoir reçu le diagnostic.

Photo : Radio-Canada

Pendant 10 ans, il a souffert de TSPT sans le savoir. Selon lui, il était devenu un danger pour ses collègues. Toutefois, parce qu'il a aussi déjà été militaire, il a eu accès à un programme d'aide par les pairs des Anciens combattants.

Ce programme n'est pas offert par la GRC. Les policiers fédéraux ont accès à un médecin et à un psychologue, parfois seulement au téléphone.Ceux qui occupent un poste dangereux sont soumis à une évaluation annuelle de leur santé mentale. Ce n'est pas suffisant, selon M. Rebiere. « Aller voir le docteur, retourner à la maison, boire de l’alcool comme moi, j'ai fait ça. C'est une recette pour le suicide, ça », lance-t-il.

D'après un reportage de Karine Morin, à ne pas manquer au Téléjournal Manitoba

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