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Crimes d'honneur : le Conseil du statut de la femme interpelle Québec

Entrevue avec la présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne

Le Conseil du statut de la femme (CSF) demande au gouvernement québécois d’intervenir rapidement pour s’attaquer à la question des crimes d’honneur. Dans un avis déposé mercredi matin, le CSF suggère notamment à Québec d’offrir plus d’outils aux intervenants et de modifier les lois existantes afin de remédier au problème.

Le CSF affirme que « vouloir ignorer la question délicate des crimes d'honneur en raison des défis qu'elle pose serait irresponsable et indigne d'une société pluraliste, égalitaire et démocratique, qui entend le rester ».

Importance de la formation

La présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne, a mis beaucoup d’importance sur l’urgence de former les intervenants.

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), comme tous les autres organismes, n’est pas outillée pour intervenir sur les crimes d’honneur.

Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme

Yolande Geadah, principale rédactrice de l’étude du CSF, croit qu’il faut créer des réseaux entre les différents milieux concernés afin d’« assurer la sécurité à long terme pour ces femmes ». Il serait donc important que tous les intervenants se parlent et qu’ils mettent en commun leurs informations. « Ce n’est pas une solution simple […] mais il faut que tout le monde travaille de concert », a-t-elle souligné.

Modifications légales

D’autre part, le CSF recommande de créer et de modifier certaines lois provinciales afin de protéger ces femmes. Julie Miville-Dechêne a parlé notamment d’une loi civile, inspirée du modèle britannique, qui permettrait d’imposer des injonctions pour protéger les femmes promises à des mariages forcés. Cette loi pourrait empêcher les femmes de se rendre aux mariages forcés ou de les rapatrier au Canada si elles avaient déjà quitté le pays.

Cette loi serait très intéressante, selon Julie Miville-Dechêne, puisque ce n’est pas une loi criminelle. « On protégerait la fille par une injonction, mais ses parents ne seraient pas criminalisés […] Parce que généralement, elle ne veut pas criminaliser ses parents. » Yolande Geadah ajoute que l’accent est mis sur la protection des femmes et non sur la répression de leurs parents.

Le CSF voudrait aussi que le gouvernement modifie la loi sur la DPJ. Selon Mme Miville-Dechêne, la loi comporte certaines lacunes. Notamment, la DPJ est tenue d’informer les parents lorsque leur enfant éprouve des difficultés.

Toutefois, les parents sont parfois les agresseurs dans des cas de crime d’honneur. « Dans certains cas, on croit que les parents ne devraient pas faire partie de la solution », a plaidé Mme Miville-Dechêne. Elle a évoqué l’idée d’une clause de confidentialité dans certaines situations, comme il y a en Grande-Bretagne.

Mme Miville-Dechêne croit que les volets social et légal sont tout aussi importants.« Si on n’arrive pas à détecter les crimes d’honneurs, quels que soient les moyens législatifs, on ne réglera pas le problème », a-t-elle conclu.

Réactions au gouvernement

Le gouvernement Marois a affirmé que les crimes d'honneurs ne devraient pas être tolérés au Québec et déposera prochainement un plan d'action pour remédier à la situation. Une refonte de la loi sur la DPJ et une meilleure formation pour les policiers seraient à l'ordre du jour.

En 2011, le gouvernement du Québec avait demandé au CSF de se pencher sur la question en réaction à l'affaire Shafia. Mohammed Shafia, son fils et son épouse ont été reconnus coupables d'avoir tué trois des filles adolescentes du couple et la première femme du patriarche. Le jury avait jugé que les trois accusés avaient commis les meurtres afin de sauvegarder l'honneur de la famille.

Selon l'étude réalisée par le CSF :

  • Au Canada : 17 crimes d'honneur ont fait 21 morts depuis 20 ans
  • Au Québec : 3 crimes d'honneur, tous survenus depuis trois ans

Edmonton Transit retire une publicité sur les crimes d'honneur

Le service de transport collectif d'Edmonton, Edmonton Transit, a retiré de ses autobus cinq affiches sur les crimes d'honneur, après le dépôt de plaintes concernant la publicité. Les affiches demandent en anglais : « Votre famille vous menace-t-elle? Existe-t-il une fatwa contre vous? » Plus haut, elle montre les visages de jeunes femmes avec l'inscription « filles tuées par honneur par leur famille ». 

Avec les informations de La Presse canadienne

Société