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Attaque sur la place Tiananmen : Pékin sur la piste ouïgoure

Une voiture a pris feu et tué trois personnes sur la place Tiananmen, en Chine.
Une voiture a pris feu et tué trois personnes sur la place Tiananmen, en Chine.
Radio-Canada

La police chinoise oriente son enquête et l'opinion publique vers la thèse de l'attentat-suicide pour expliquer l'explosion d'une voiture qui a fait cinq morts et 38 blessés, lundi, sur la place Tiananmen. La police a publié un avis sollicitant des témoins qui auraient observé des « clients suspects » dans les hôtels de Pékin.

Cinq personnes ont péri lorsqu'un véhicule a heurté des piétons avant de prendre feu à proximité de l'entrée de la Cité interdite et du portrait géant de Mao Tsé-Tung. La police privilégie la thèse de suspects ouïgours, une minorité musulmane de la province du Xinjiang dans l'ouest de la Chine. Elle a diffusé le nom de deux suspects qui seraient arrivés dans la capitale chinoise vers le 1er octobre.

Les Ouïgours constituent des suspects convenus pour le pouvoir chinois, selon le journaliste de Radio France, Philippe Reltien. Le mouvement séparatiste est accusé  par le gouvernement d'être à l'origine de violences depuis plusieurs années. Des violences qui n'ont toutefois jamais atteint Pékin, malgré certains soupçons lors d'une attaque à la bombe contre un autobus de la capitale qui avait fait deux morts en 1997.

De jeunes Ouïgours se sont également associés au mouvement du Turkestan oriental basé dans les pays voisins comme l'Ouzbékistan. Ces jeunes seraient allés combattre l'armée gouvernementale en Syrie aux côtés des rebelles. Ils seraient revenus déçus de Syrie, où ils auraient été considérés comme des amateurs.

Les Ouïghours sont particulièrement dans le collimateur des autorités chinoises depuis les émeutes de juin dernier. Les émeutes ont durement été réprimées et des militants ont été condamnés à mort.

La thèse de l'origine ouïgoure a circulé dans les médias officiels chinois.

« La police oriente délibérément l'opinion vers la piste terroriste », avance M. Reltien. « C'est un réflexe de protection afin d'éviter une répétition des événements, poursuit-il. C'est d'ailleurs ce que suggère la notice de la police transmise aux hôteliers. » Il émet toutefois certaines réserves sur la thèse officielle. Soulignant que les Ouïgours sont l'objet d'une étroite surveillance depuis des émeutes survenues en juin dernier, il trouve curieux que ces « suspects » aient réussi à rouler sur une distance de 3000 kilomètres – qui séparent Pékin de la province de Xingjiang – utilisant quatre plaques minéralogiques sans attirer l'attention des autorités.

M. Reltien relève également qu'il n'y a eu aucune revendication pour expliquer l'attentat. « Aucune revendication après le fait ou dans les heures qui ont suivi, poursuit-il. C'est aussi étrange s'il s'agit d'un groupe organisé. »

Le journaliste français souligne que « les griefs contre le gouvernement chinois pouvant conduire à des actes suicidaires ou désespérés sont légion ». M. Reltien cite l'exemple d'un handicapé qui s'est fait exploser une main avec un engin artisanal, en juillet dernier, pour attirer l'attention sur sa situation. « Nombre de personnes se sont immolées par le feu, en Chine, pour dénoncer des expropriations », ajoute-t-il.

Le mystère continue de planer sur l'« accident » de la place Tiananmen, symbole du mouvement de contestation démocrate de 1989 réprimé dans le sang.. Un mystère alimenté par l'absence de commentaire officiel de la part des autorités chinoises et par la censure qu'elle impose aux médias chinois et à la population sur les réseaux sociaux.

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