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Espionnage : l'Europe met en garde contre le totalitarisme

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, quelques heures avant le sommet européen à Bruxelles, le 24 octobre 2013

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, quelques heures avant le sommet européen à Bruxelles, le 24 octobre 2013

Photo : AFP / GEORGES GOBET

Radio-Canada

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, défend le « droit fondamental » au respect de la vie privée et met en garde contre le « totalitarisme », dans la foulée des dernières nouvelles sur l'espionnage américain en Europe.

« La protection de la vie privée est très importante pour l'Europe », a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse juste avant le sommet du Conseil européen, qui se tient à Bruxelles jeudi et vendredi.

Il a évoqué la situation en Allemagne de l'Est, à l'époque de la République démocratique allemande (RDA), quand « la police politique espionnait les gens quotidiennement ».

Nous savons, encore très récemment, ce que signifie le totalitarisme, nous savons ce qui arrive quand l'État utilise ses pouvoirs pour s'introduire dans la vie des gens.

José Manuel Barroso

Le sommet des dirigeants européens s'est ouvert jeudi à Bruxelles, sous le choc d'une nouvelle série de révélations fracassantes sur l'espionnage des Européens par les services de renseignement américains.

La dernière controverse en date, révélée mercredi par le gouvernement allemand, indique que le téléphone portable de la chancelière Angela Merkel était lui aussi sur écoute.

Non à « l'espionnage entre amis »

La chancelière allemande a déclaré que « l'espionnage entre amis, cela ne va pas du tout », à son arrivée au sommet européen. Elle a confié l'avoir dit au président Obama lors d'une conversation téléphonique.

Nous avons besoin de confiance entre partenaires, et cette confiance doit être rétablie.

Angela Merkel

En Allemagne, le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a réclamé que toute la lumière soit faite « complètement et honnêtement » sur la présumée écoute du téléphone de la chancelière. Il a fait cette déclaration au sortir d'une rencontre avec l'ambassadeur américain à Berlin. Le ministre avait convoqué jeudi l'ambassadeur des États-Unis. Il s'agit là d'un geste diplomatique particulièrement fort.

Mettre sur écoute ses partenaires proches est inacceptable. Cela nous choque. [...] Les gens qui se font confiance ne se mettent pas sur écoute. Celui qui le fait quand même entache l'amitié.

Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères

La Maison-Blanche a refusé jeudi de dire si les États-Unis avaient déjà espionné la chancelière dans le passé. Jay Carney, porte-parole de l'exécutif américain, a affirmé qu'il ne commenterait pas « des accusations spécifiques qui ont été portées » dans cette affaire. Mercredi, il avait déclaré que « les États-Unis ne surveillent pas, et ne surveilleront pas les communications de la chancelière ».

Entre-temps, la justice fédérale allemande a annoncé qu'elle étudiait le dossier. Elle a ouvert une « procédure d'observation », au cours de laquelle il va réunir les informations sur l'affaire. Cette démarche pourrait mener à une enquête formelle.

Cette affaire survient alors que l'Europe est déjà secouée par les révélations du Monde. Selon le quotidien, qui cite des documents de l'ex-consultant de l'agence américaine Edward Snowden, l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) a effectué 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques de Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, en plus d'espionner les ambassades françaises.

Le quotidien britannique The Guardian a publié jeudi de nouvelles révélations sur les activités de l'Agence de sécurité nationale américaine. Il révèle que la NSA a encouragé, en 2006, les hauts responsables gouvernementaux à partager leurs bottins d'adresses afin de connaître, par exemple, les numéros de téléphone personnels de chefs d'État et de hauts gradés militaires. L'agence aurait ainsi pu surveiller les communications de 35 chefs d'État, dont la liste n'a pas été rendue publique.

Initiative franco-allemande

Paris et Berlin ont fait front commun pour demander aux États-Unis des discussions d'ici la fin de l'année, a annoncé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Il a précisé que la France et l'Allemagne avaient présenté cette initiative et que les « 28 avaient accepté ce texte », prévoyant que d'autres pays pouvaient « rejoindre cette initiative ».

Plus tôt, Angela Merkel et le président français, François Hollande, se sont rencontrés pour discuter de l'affaire. Ils ont réaffirmé « le caractère inacceptable » des écoutes américaines, souhaitant que « l'on trouve les moyens d'en sortir », selon une source française. Les deux dirigeants ont aussi convenu de concertations régulières entre la France et l'Allemagne sur le sujet.

Le premier ministre belge, Elio du Rupo, a pour sa part plaidé pour que le sommet se penche sur les « mesures européennes à prendre  ». « Nous ne pouvons pas accepter de qui que ce soit cet espionnage systématique, et il faudra prendre des mesures  », a-t-il dit.

De son côté, la Commission européenne appelle les Européens à s'unir. Selon la Commission, il est temps d'agir pour donner à l'Union européenne une voix « forte et unie » devant les Américains.

« La protection des données doit s'appliquer en toute occasion, aux mails des citoyens comme au téléphone portable d'Angela Merkel », a souligné la commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding.

« Maintenant, il faut agir et pas seulement faire des déclarations au sommet » européen, a déclaré la commissaire européenne, en référence à son projet de loi sur la protection des données. Ce projet de loi est bloqué depuis des mois en raison de divergences entre les États membres. La commissaire pousse pour que sa proposition soit adoptée d'ici le printemps prochain.

Le projet de loi prévoit notamment que les grands groupes de l'Internet obtiennent le consentement préalable des personnes pour l'utilisation de leurs données personnelles, sous peine d'amendes.

Les Italiens espionnés aussi par les Britanniques?

Les Italiens ont été espionnés non seulement par les services américains, mais également par les Britanniques, selon le journaliste Glenn Greenwald. Ce dernier détient les dossiers que lui a confiés Edward Snowden, l'homme à l'origine des révélations sur le système de surveillance cybernétique des États-Unis.

Les informations importantes recueillies par les Britanniques étaient ensuite transmises à la NSA, a confié le journaliste à l'hebdomadaire italien L'Espresso, dans son édition à paraître vendredi.

D'après Greenwald, les services secrets italiens ont également joué un rôle dans la récolte des métadonnées, car ils avaient « un accord de troisième niveau » avec l'entreprise britannique qui s'occupait d'espionner les communications.

Ces lanceurs d'alerte, traîtres ou héros?
Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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