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Sclérose en plaques : une nouvelle étude discrédite la théorie du Dr Zamboni

La thérapie controversée traite les patients en débloquant leurs veines cervicales.

Radio-Canada

Une étude menée par des chercheurs canadiens discrédite la théorie du médecin italien Paolo Zamboni, selon laquelle la sclérose en plaques est causée par l'obstruction de certaines veines du cou.

Des chercheurs de l'Université de la Saskatchewan et de l'Université de la Colombie-Britannique ont publié cette étude mardi dans la version en ligne du journal médical The Lancet.

Les 177 volontaires participant à l'étude étaient répartis en trois groupes : un groupe de patients atteints de la sclérose en plaques, un groupe composé de leurs frères et soeurs et un groupe formé de volontaires en bonne santé.

Sur les 177 volontaires ayant participé à l'étude, seuls trois ont été diagnostiqués avec de l'Insuffisance Veineuse Céphalorachidienne Chronique (IVCC), qui est liée à la prévalence de l'obstruction des veines. Un seul appartenait au groupe de patients atteint de la sclérose en plaques.

Une « grande surprise »

« C'était une grande surprise pour nous tous », indique Anthony Traboulsee, le médecin responsable de l'étude. « Nous nous attendions à trouver plus de gens avec cette caractéristique », ajoute-t-il.

Toutefois, l'analyse démontre également que 74 % des volontaires atteints de la sclérose en plaques, 66 % de leurs frères et soeurs et chez 70 % des volontaires en bonne santé avaient des veines obstruées.

« Notre conclusion est que l'obstruction des veines du cou est commune et que c'est un résultat commun chez la plupart des gens », précise Anthony Traboulsee.

Le traitement du Dr Zamboni implique le déblocage de veines du cou et du torse pour améliorer le flot sanguin.

Le chirurgien vasculaire italien Paulo Zamboni a suggéré en 2009 que la sclérose en plaques pouvait être due à une maladie appelée insuffisance veineuse céphalorachidienne.

Depuis, des milliers de Canadiens souffrant de sclérose en plaques ont décidé d'aller subir cette intervention, non médicalement prouvée, dans des cliniques à l'extérieur du pays.

Les scientifiques ont utilisé la méthode de la veinographie par cathéter pour parvenir à ces résultats. Cette méthode, permettant de visualiser les veines avec des rayons X, est jugée la plus efficace par les chercheurs.

Les chercheurs ont aussi utilisé les ultrasons employés par le Dr Zamboni pour appuyer sa théorie. Ceux-ci n'ont permis de déceler que la moitié des cas d'obstruction révélés par la méthode de la veinographie par cathéter, précisent les scientifiques.

Des Canadiens partis à l'étranger

Plus de 3000 Canadiens se sont rendus à l'étranger pour suivre le traitement prescrit par le Dr Zamboni, selon Anthony Traboulsee.

Jacquie Sivertson, une patiente diagnostiquée avec de la sclérose en plaques en 1988, s'est rendue en Bulgarie en 2010 pour profiter de cette « thérapie de la libération. »

« J'avais beaucoup plus de force et d'énergie. Je ne pouvais pas croire que j'étais capable de marcher », se souvient-elle.

Malgré les résultats de cette nouvelle étude, Jacquie Sivertson croit toujours à ce traitement pour lequel elle a déboursé 12 000 dollars.

« Je recommanderais ce traitement à toutes mes connaissances qui ont des symptômes de sclérose en plaques ou d'autres choses de ce genre », commente-t-elle.

Anthony Traboulsee, le médecin responsable de l'étude

Anthony Traboulsee, le médecin responsable de l'étude

Photo : CBC

L'étude publiée dans le journal The Lancet a coûté 450 000 $. Elle a été financée par la Société canadienne de la sclérose en plaques, l'Hôpital municipal de Saskatoon, la régie de la santé Vancouver Coastal, ainsi que par les fondations Lotte and John Hecht Memorial, et Woldridge.

Anthony Traboulsee travaille à présent sur une étude destinée à comprendre pourquoi certains patients ayant reçu le traitement Zamboni ont déclaré se sentir mieux.

« Au mieux, nous en apprenons davantage sur la maladie, au pire, nous découvrons que c'est juste un effet placebo », dit-il.

Le gouvernement fédéral et la Société canadienne de la sclérose en plaques allouent une somme de cinq millions de dollars à ce projet.

Dans un courriel, la Société canadienne de la sclérose en plaques déclare qu'elle reste « engagée à financer la recherche qui permettra de répondre aux questions de ceux qui vivent avec la maladie ».

Les résultats des essais cliniques sont attendus à l'automne 2015.

La Saskatchewan prête à financer de nouvelles recherches

Le ministre de la Santé de la Saskatchewan, Dustin Duncan, n'écarte pas la possibilité de financer de nouvelles recherches sur le traitement Zamboni.

Je ne suis pas prêt à dire aujourd'hui que nous bougeons dans une direction totalement différente.

Dustin Duncan

« Il y a toujours des questions sans réponses sur pourquoi les gens ont répondent bien symptomatiquement après avoir eu la thérapie de la libération », soutient le ministre.

Le gouvernement de la Saskatchewan avait initialement prévu d'injecter 2,2 millions de dollars pour envoyer des résidents de la province faire des essais cliniques à Albany, aux États-Unis. Ces essais ont récemment été annulés.

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