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Affaire Roberge : « On se sent trahis », admet le chef du SPVM

Marc Parent, chef du Service de police de la Ville de Montréal

Marc Parent, chef du Service de police de la Ville de Montréal

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, avoue que l'arrestation de l'ancien sergent-détective Benoit Roberge, accusé d'avoir fourni de l'information aux Hells Angels, constitue un coup dur pour la communauté policière et l'administration de la justice. Il compte maintenant faire de ce dossier « une priorité nationale ».

« Tout le monde, on se sent trahis. », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au quartier général du SPVM, rue Saint-Urbain. Cette affaire, a-t-il ajouté, est « inacceptable » et « extrêmement exigeante sur le plan émotif » pour tous les policiers qui luttent contre le crime organisé.

C'est extrêmement frustrant et pénible de devoir traverser une telle période parce que les gens avaient quand même développé un sentiment de confiance profond envers cette personne-là. 

Une citation de :Marc Parent

« La seule consolation, c'est qu'il a été épinglé, amené devant les tribunaux et qu'il sera jugé. Mais c'est peut-être une mince consolation par rapport au dommage qu'il fait auprès des organisations policières et l'ensemble de l'administration de la justice », a concédé Marc Parent.

« L'ensemble des policiers et des policières incarnent des valeurs très fortes en terme d'intégrité et c'est définitivement une des raisons pourquoi ça bouleverse les gens, et ça fait en sorte aussi, jusqu'à un certain point, de les dégoûter », a-t-il ajouté.

Ce sont des cas exceptionnels. Ce sont des cas isolés. La majorité de nos policiers sont choisis pour des raisons d’intégrité et d’honnêteté.

Une citation de :Marc Parent

Le chef du SPVM a expliqué qu'il n'a pas rencontré les journalistes plus tôt pour discuter de cette affaire, parce qu'il avait plus urgent à faire et qu'il voulait d'abord rencontrer ses employés.

« Depuis quatre jours, ma priorité, et celle aussi de la Sûreté du Québec et de la GRC est de s'assurer qu'il n'y avait aucune vie en danger et aussi de s'assurer que les opérations en cours, et tout ce qui était devant les tribunaux, et à venir, on puisse assurer l'intégrité de nos différents procès », a-t-il dit.

De l'importance d'en tirer des leçons

Marc Parent dit avoir rencontré près de 200 enquêteurs au service des enquêtes spécialisées en fin de semaine pour discuter de l'affaire. Il a aussi réuni mercredi matin l'ensemble des employés des escouades régionales mixtes (ERM) au sein desquelles M. Roberge a longtemps travaillé, mais aussi de l'Unité permanente anti-corruption (UPAC) et de l'Escouade de protection de l'intégrité municipale (EPIM).

Il a expliqué aux journalistes que le Service de police de la Ville de Montréal avait déjà mis en place une « panoplie de mesures « visant à accroître la sécurité dans la foulée de l'affaire Ian Davidson, cet ex-agent du renseignement criminel du SPVM qui a été soupçonné d'avoir fourni au crime organisé les noms de certains agents s'étant infiltrés dans leurs rangs.

Ces mesures visaient à « faire en sorte que toute personne travaillant avec des systèmes contenant de l'information sensible ne puisse les utiliser à des fins personnelles » et se sont traduites notamment par un resserrement des accès « aux locaux, aux systèmes de voûtes, d'alerte, de caméras » et des processus pour limiter la« circulation de l'information ».

M. Parent entend maintenant se servir de son rôle de coprésident du comité exécutif national sur le renseignement policier au Canada pour que le cas de Benoît Roberge permette à tous les corps policiers canadiens de s'interroger sur leurs façons de faire.

« J'ai décidé de faire de ça un dossier national et s'il le faut, assurer un leadership au niveau canadien, à partir du principe que ce qu'on est en train de vivre, l'épreuve qu'on vit comme organisation policière, on peut en faire aussi une situation d'apprentissage, et de faire en sorte de mobiliser les gens pour pouvoir améliorer nos façons de faire, tant à l'échelle municipale, du Québec, que canadien », a-t-il dit.

Au-delà du SPVM, on devra faire un front commun. [...] Déjà, on a commencé à entamer des discussions sérieuses avec la Sûreté du Québec et la GRC.

Une citation de :Marc Parent

Selon lui, la question centrale de ces discussions sera la suivante : « Comment amener des moyens beaucoup plus agressifs, des actions concrètes de contrôle, évidemment avec les limites que ça comporte. Parce que détecter pro-activement des comportements déviants, des faiblesses chez les individus, il y a une limite à ça. [...] Ça demeurera toujours des humains. »

De graves accusations

Benoit Roberge, grand spécialiste du renseignement sur les motards criminels, a été arrêté en fin de semaine, au terme d'une opération menée par un agent double.

Soupçonné d'avoir fourni de l'information au Hells Angels René Charlebois depuis janvier 2010, il est formellement accusé :

  • d'avoir participé ou contribué aux activités d'une organisation criminelle dans le but d'accroître la capacité de l'organisation de faciliter ou de commettre un acte criminel;
  • d'avoir volontairement tenté d'entraver, de détourner ou de contrecarrer le cours de la justice en divulguant des informations relatives à des enquêtes ou des procédures judiciaires;
  • d'entrave à la justice au profit d'une organisation criminelle;
  • d'abus de confiance.

Benoit Roberge a officiellement pris sa retraite du SPVM en août dernier. Il travaillait cependant depuis mars dernier à Revenu Québec, qui l'a relevé provisoirement de ses fonctions. Il y était responsable du renseignement criminel, une fonction grâce à laquelle il demeurait en contact avec d'autres corps policiers.

L'affaire a entraîné une véritable onde de choc dans les milieux policiers et judiciaires, non seulement parce que l'homme de 50 ans jouissait d'une grande réputation parmi ses pairs, mais aussi parce que sa femme est procureure au sein du Bureau de lutte au crime organisé (BLACO).

La conjointe du policier ne fait face à aucune accusation dans cette affaire, mais il appert que certaines des enquêtes sur lesquelles elle a travaillé, dont les opérations Loquace et Carcan, ont fait l'objet de fuites qui avaient attiré l'attention des policiers.

Des policiers qui ont collaboré à ses enquêtes seront vraisemblablement soumis au test du polygraphe afin de déterminer s'ils ont transmis de l'information à Benoit Roberge en sachant qu'il pouvait les refiler aux Hells Angels.

Selon nos informations, Benoit Roberge aurait été enregistré par le Hells Angels René Charlebois pendant que celui-ci était en prison. Ce dernier aurait emporté cet enregistrement avec lui et l'aurait remis à un tiers en lui disant de la diffuser s'il lui arrivait quelque chose.

M. Charlebois s'est enlevé la vie 12 jours plus tard, avant que les policiers ne puissent l'attraper. Son contact, terrifié d'avoir cet enregistrement entre les mains, l'a alors remis à la police.

Un agent double a rencontré Benoit Roberge et lui a demandé 50 000 $ pour son silence. M. Roberge lui a proposé 10 000 $ immédiatement et 40 000 $ plus tard. Une fois le marché conclu, la Sûreté du Québec a pu procéder à son arrestation.

Les motivations de Benoit Roberge demeurent inconnues pour l'instant. On sait cependant qu'il a été écarté de son poste d'experts sur les motards criminalisés au sein de l'Escouade régionale mixte au milieu des années 2000 et qu'il en a été amer pendant un certain temps. 

Le SPVM a cependant précisé en conférence de presse qu'il avait été écarté de l'ERM pour des raisons de gestion et de comportement, et non en raison de son intégrité ou de son savoir-faire. 

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