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L'Ontario paiera 675-815 millions pour annuler un projet de centrale

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk

Photo : Michel Bolduc

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La décision du gouvernement ontarien d'annuler, avant les dernières élections provinciales, un projet de centrale électrique à Oakville coûtera aux contribuables jusqu'à 20 fois plus que prévu, soit de 675 à 815 millions de dollars, selon la vérificatrice générale de la province.

Si on ajoute à ce total le coût de l'abandon d'un projet similaire de centrale au gaz naturel à Mississauga, en pleine campagne électorale en 2011, les libéraux auront dépensé jusqu'à 1,09 milliard de dollars pour se plier à la pression de résidents qui décriaient les deux projets. Les partis d'opposition accusent depuis des mois le gouvernement libéral minoritaire de s'être servi des deniers publics pour sauver des sièges.

Dans son rapport déposé mardi, la vérificatrice provinciale Bonnie Lysyk donne des munitions à l'opposition, affirmant que « ces coûts [à Oakville] sont beaucoup plus élevés que nécessaire » et que « certaines décisions douteuses prises en cours de route ont contribué à cette situation ».

À ce chapitre, la vérificatrice va même jusqu'à dire que la province aurait peut-être pu s'en tirer « sans frais ni pénalité », compte tenu de clauses dans le contrat signé avec le promoteur TransCanada Energy, qui stipulaient que la compagnie et l'Office de l'électricité de l'Ontario pouvaient se libérer de toute obligation financière au cas où « des événements échappant à leur contrôle auraient retardé de plus de 24 mois l'entrée en service commercial de la centrale, prévue pour le 8 février 2014 ».

À l'époque, la Ville d'Oakville avait déjà pris des mesures pour bloquer le projet. Des résidents avaient même fait venir en appui à leur cause la militante américaine Erin Brockovich, incarnée au grand écran par Julia Roberts.

La vérificatrice générale n'a pas voulu « présumer » pourquoi le gouvernement ne voulait pas attendre que le projet meure ainsi possiblement de sa propre mort. Mais les partis d'opposition ont accusé les libéraux d'avoir tenté désespérément de faire disparaître le sujet des manchettes.

L'Office de l'électricité de l'Ontario nous a informés [vérificatrice] que, s'il avait été consulté, il aurait conseillé au Cabinet du premier ministre de ne pas s'engager à garder TCE [contrat] intacte parce que son contrat avec TransCanada Energy contenait des dispositions protégeant l'Office contre une telle responsabilité.

Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l'Ontario

La centrale électrique a été déménagée à Napanee, à l'est de Toronto, ce qui a fait grimper le coût de transport de l'électricité jusqu'à la région torontoise d'où provient la demande, a ajouté la vérificatrice.

Résumé des coûts :

  • Coûts engagés (remboursement versé à TransCanada Energy pour l'achat de turbines et des coûts irrécupérables; frais judiciaires) : +253 millions
  • Coûts estimatifs futurs (services de livraison et de gestion du gaz pour la centrale de Napanee, mise à niveau du réseau de transport, etc.) : +859 millions
  • Économies estimatives futures (prix réduit négocié pour l'électricité produite à Napanee, aucun paiement au constructeur avant 2017) : -437 millions
  • Impact de l'augmentation potentielle des redevances (distance plus longue pour transporter le gaz depuis Sarnia) : jusqu'à +140 millions

Les libéraux avaient admis en mars dernier que la facture à payer à Oakville serait sans doute plus élevée que les 40 millions de dollars promis au départ, sans donner de chiffre. Le consultant Bruce Sharp affirmait, lui, que la décision prise en 2010 par l'ex-premier ministre Dalton McGuintyrisquait de coûter 15 fois plusque prévu aux contribuables. Le président de l'Office de l'électricité de l'Ontario, Colin Andersen, avait ensuite évoqué le chiffre de 310 millions en avril dernier, devant un comité parlementaire qui enquêtait sur la question.

L'annulation du projet de centrale à Mississauga, en pleine campagne électorale en 2011, avait coûté 275 millions de dollars, soit 45 % de plus que les estimations du gouvernement, selon un rapport déposé par le bureau du vérificateur général plus tôt cette année.

La question sera vraisemblablement l'un des enjeux principaux de la prochaine campagne électorale, qui pourrait être déclenchée à tout moment, étant donné que le gouvernement est minoritaire. La première ministre Kathleen Wynne a hérité de ce scandale après avoir succédé à Dalton McGuinty à la tête du Parti libéral en janvier dernier.

L'opposition tire à boulets rouges

Les conservateurs ont accusé le gouvernement libéral d'avoir dépensé un milliard de dollars pour acheter des sièges.

La députée conservatrice et porte-parole du PC sur les questions d'énergie Lisa MacLeod a souligné qu'une telle somme aurait financé 12 000 tests diagnostiques par résonance magnétique, par exemple. Selon elle, les Ontariens ne peuvent pas faire confiance à un gouvernement qui a maintenu pendant des mois que le coût d'annulation de la centrale d'Oakville était de seulement 40 millions.

Ils nous ont trompés. Quelqu'un doit en payer le prix et ce quelqu'un doit être Kathleen Wynne.

Lisa MacLeod, députée conservatrice

Mme MacLeod a incité le NPD à cesser de soutenir le gouvernement libéral minoritaire. Les conservateurs réclament des élections depuis des mois.

La chef néo-démocrate, Andrea Horwarth, a accusé elle aussi les libéraux d'avoir trompé le public durant trois ans et d'avoir agi seulement pour des motifs politiques. Malgré ces critiques, toutefois, Mme Horwath n'est pas allée jusqu'à dire que son parti laisserait tomber le gouvernement, menant à des élections.

Je juge au jour le jour [de la situation]. On va écouter les Ontariens.

Andrea Horwath, chef du NPD

Mme Horwath a affirmé que la vérité sur l'annulation des deux projets de centrales n'aurait pas éclaté au grand jour, si le NPD n'avait pas été là pour forcer les libéraux à rendre des comptes.

La première ministre de l'Ontario, Kathleen WynneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Photo : La Presse canadienne / Aaron Lynett

Avant le dépôt du rapport, Mme Wynne avait affirmé à l'Assemblée législative que son gouvernement avait changé son fusil d'épaule, avant les dernières élections, après avoir réalisé que les inquiétudes de la communauté étaient fondées. Elle a ajouté que les partis d'opposition étaient d'accord à l'époque avec l'annulation des deux projets.

« Si on avait attendu plus longtemps, ça aurait pu être beaucoup, beaucoup plus coûteux », a soutenu Mme Wynne.

La première ministre a ajouté que les coûts d'annulation des deux projets étaient inacceptables aux yeux du public et elle a promis d'apprendre des erreurs de son gouvernement. Mme Wynne a concédé qu'il s'agissait d'une décision « politique ». Mais elle a toujours soutenu qu'elle avait cherché à faire toute la lumière sur la question, ce pour quoi elle a demandé à la vérificatrice générale d'enquêter sur la question.

Les partis d'opposition ont rétorqué qu'elle était la codirectrice de la campagne libérale en 2011 et qu'elle était donc elle aussi responsable de la coûteuse annulation des deux projets.

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