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Pereira avoue avoir volé les factures de Dupuis pour défendre les travailleurs

Jocelyn Dupuis et Ken Pereira

Jocelyn Dupuis et Ken Pereira

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Déçu par la FTQ-Construction, incapable de faire travailler les membres de son local sur les chantiers, convaincu que ce syndicat « ne travaillait plus pour les travailleurs », Ken Pereira a donc volé les notes de frais de Jocelyn Dupuis pour aller demander justice au président de la FTQ Michel Arsenault.

Un texte de Bernard Leduc (Nouvelle fenêtre) et François Messier (Nouvelle fenêtre)


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Ses démarches lui permettent d'avoir la tête de son directeur général, mais lui valent l'hostilité de la FTQ-Construction pour avoir osé défier le tout puissant Jocelyn Dupuis.

« Quand j'attaque Jocelyn, j'attaque l'exécutif, c'est comme ça que je le ressens. »

— Une citation de  Ken Pereira

L'ancien syndicaliste, qui était alors directeur du local 1981 des mécaniciens industriels, a expliqué s'être introduit par deux fois dans les bureaux du comptable de la FTQ-Construction, en crochetant la serrure, pour voler six mois de factures de l'ancien directeur-général, à l'été 2008.

« J'ai décidé de mon plein gré [...] d'aller dans les bureaux de Roland Brillon. »

— Une citation de  Ken Pereira

Il veut ainsi prouver que Jocelyn Dupuis se soucie avant tout de son bon plaisir plutôt que de ses membres, une attitude illustrée notamment par sa tendance à donner ses rendez-vous dans des restaurants comme L'Onyx, propriété de Tony Accurso, le Cavalli, des bars de danseuses, ou au golf.

Ken Pereira dit avoir été choqué par des factures de milliers de dollars pour des repas au restaurant. Il a même expliqué s'être fait passer pour le comptable de la FTQ-Construction Roland Brillon et avoir obtenu du Cavalli des informations selon lesquelles Jocelyn Dupuis y avait dépensé 26 500 $ en un mois et demi.

Il soutient aussi que plusieurs directeur de locaux syndicaux, au courant de son train de vie excessif, décrivaient l'homme comme out of control.

Michel Arsenault, président de la FTQAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Arsenault, président de la FTQ

« Je me fie à 100 % à Michel Arsenault » - Pereira

« Mon but, c'était de les amener à Michel Arsenault », le président de la FTQ, a-t-il expliqué. Il dit n'avoir jamais pensé à les porter au secrétaire-trésorier Eddy Brandone ou au président Jean Lavallée, sinon à quiconque de l'exécutif de la FTQ-Construction, puisqu'ils les avaient approuvés. L'exécutif, dit-il, était « complice » de Dupuis, ne serait-ce que par « aveuglement volontaire ».

« Je me dis : [Michel Arsenault] c'est la seule personne en qui je peux avoir confiance. »

— Une citation de  Ken Pereira

Il rencontre donc, le 12 août 2008, Michel Arsenault à son bureau et lui présente les factures. Le président de la FTQ, estomaqué, lui fait promettre de ne pas alerter les médias et lui demande 24 heures pour réfléchir. Mais deux heures plus tard, il l'appelle et le redirige vers le président de la FTQ-Construction Jean Lavallée.

Ken Pereira rencontre à reculons ce dernier le 13 août, en tête à tête, et lui souligne qu'il ne le voit pas comme l'homme de la situation. Mais M. Lavallée, qui admet que « comme président » de la FTQ-Construction, il aurait dû « mettre son poing sur la table », lui promet une rencontre à quatre avec Michel Arsenault et Bernard Girard, alors vice-président de l'exécutif de FTQ-Construction et directeur du local 791.

Le 19 août suivant, les quatre hommes se rencontrent donc dans le bureau du président de la FTQ. M. Arsenault établit qu'il faut se débarrasser de Jocelyn Dupuis tout en s'assurant que l'histoire des factures ne devienne pas publique. Jean Lavallée note qu'il importe de pas attirer l'attention des médias et de ne pas nuire au maraudage qui s'en vient.

Il est alors décidé que Ken Pereira doit confronter Jocelyn Dupuis à ses dépenses pour le pousser à partir.

M. Pereira, qui échoue à fixer un rendez-vous avec ce dernier, approche alors plusieurs directeurs de locaux de la FTQ-Construction, avec Bernard Girard, pour leur montrer les factures afin d'avoir leur appui contre M. Dupuis.

Ces rencontres lui permettent surtout d'apprendre les liens de ce dernier avec les Hells Angels et le crime organisé et de comprendre que personne n'a jamais voulu défier Jocelyn Dupuis à la FTQ- Construction.

« Il faisait ce qu’il voulait : Jocelyn Dupuis était roi et maître, il n’y a pas personne qui était capable de le confronter. »

— Une citation de  Ken Pereira

Yves Mercure, directeur du local 9, lui affirme aussi que Jean Lavallée a reçu un pots-de-vin de 50 000 $ en lien avec la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ.

Jocelyn Dupuis et Jean LavalléeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée

La FTQ-Construction veut se débarasser de Pereira

Ken Pereira dit avoir appris que durant cette même période, entre le 19 août et le 24 septembre, Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée se sont rencontrés en tête à tête et convenu de quitter chacun leurs fonctions.

Ken Pereira sera donc estomaqué lorsqu'il apprend de Bernard Girard que le 24 septembre, lors d'une réunion du comité exécutif de la FTQ-Construction, a eu lieu une tentative de putsch pour l'expulser du syndicat. La décision est suspendue finalement par le comité, à condition qu'il rende les factures de Jocelyn Dupuis d'ici 48 heures.

Dans l'urgence, il va donc soumettre les documents volés dans le bureau de Roland Brillon à un commissaire à l'assermentation, qui va les authentifier. Il remet ensuite des copies de toutes les factures à Jean Lavallée et à Michel Arsenault, mais remet les documents originaux à la Sûreté du Québec.

Il les présentera plus tard aux journalistes de l'émission Enquête, qui les révéleront en mars 2009.

Interpellé par la commissaire Charbonneau sur l'utilité d'aborder cette question des comptes de dépense de M. Dupuis, le procureur Tremblay va le justifier ainsi :

« L'obtention des factures va donner un pouvoir à M. Pereira qui est assez impressionnant et notamment qui va l'amener à rencontrer certains membres du crime organisé très influents qui vont essayer de l'influencer quant à la possession des fausses factures et éventuellement, essayer de le convaincre de remettre les fausses factures, de ne pas faire un scandale avec ça. C'est à ce moment-là qu'on va voir toute l'influence du crime organisé auprès de certains dirigeants de la FTQ-Construction dans ces années-là ».

De la FTQ à Fort McMurray

Ken Pereira restera à la tête du local 1981 jusqu'à l'automne 2008, soit jusqu'à ce qu'il dévoile les allocations de dépenses de Jocelyn Dupuis au président de la FTQ, Michel Arsenault, puis, plus tard, à l'émission Enquête de Radio-Canada. L'affaire a également mis un terme à la carrière syndicale de M. Dupuis, qui a depuis été accusé de fraude en lien avec ces comptes. 

M. Pereira parle publiquement pour la première fois depuis qu’il a conclu une entente à l’amiable avec la FTQ-Construction à l’automne 2010.

M. Pereira travaille depuis ce temps à Fort McMurray, en Alberta, pour des entreprises exploitant du pétrole extrait des sables bitumineux.

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