•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le mouvement étudiant détourné par un petit groupe violent, estime le chef du SPVM

Le chef du Service de police de la ville de Montréal, Marc Parent, témoigne devant la commission Ménard, le 25 septembre 2013.

Radio-Canada

Dans son témoignage à la Commission spéciale d'examen des événements du printemps 2012, mercredi après-midi, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, a tenu à souligner le travail « remarquable » accompli par les policiers dans un contexte particulièrement difficile.

Notre capacité d'adaptation et notre agilité ont été mises à rude épreuve, mais en tout temps nous avons assumé notre mandat d'assurer la sécurité publique.

Marc Parent, directeur du Service de police de la Ville de Montréal

M. Parent a insisté à plusieurs reprises sur l'ampleur de la tâche que les agents ont dû accomplir, alors qu'ils devaient faire face à « une occupation massive du domaine public jour après jour », accompagnée d'une attention médiatique intense et d'une « tension palpable ».

Il a souligné qu'il y avait eu une moyenne de trois manifestations quotidiennes pendant 200 jours, avec un pic de 12 manifestations au cours d'une journée du mois d'avril.

Les policiers ont procédé à plus de 2000 interpellations et arrêté 382 personnes en vertu du Code criminel.

Intervention de l'escouade anti-émeute le 20 avril 2012

L'escouade anti-émeute du SPVM intervient

Selon le chef du SPVM, il y a eu, à Montréal, des milliers de manifestations qui se sont bien déroulées avant celles du printemps 2012, puisque les manifestants collaboraient avec les policiers, notamment en fournissant leur trajet. Mais, avec le mouvement étudiant, « certains participants ont changé la donne pour causer le plus d'inconvénients possible ».

Il a également cité un sondage réalisé en mai et juin 2013 dans six postes de quartier et, selon lequel, le lien de confiance des citoyens à l'égard de la police n'a pas souffert durablement des événements du printemps 2012, puisqu'il se situait à 88 % en mai 2013, soit autour du même niveau qu'en 2011.

Le SPVM tenait à se présenter devant les membres de la commission aujourd'hui pour tenter de comprendre avec vous comment une volonté citoyenne de se prononcer démocratiquement et légitimement sur un enjeu social et économique a pu être détournée par un petit groupe utilisant des méthodes violentes.

Marc Parent, directeur du Service de police de la ville de Montréal

Le directeur du SPVM est également revenu sur la formation des policiers, notamment en ce qui concerne le contrôle des foules.

En réponse aux questions du président de la commission, Serge Ménard, il a reconnu qu'il y avait eu des excès de langage, tout en précisant qu'il s'agissait de « cas isolés » qui ne doivent pas être pris hors contexte. Marc Parent a tenu à rappeler que policiers affrontaient quotidiennement des manifestants qui parfois leur lançaient des objets ou leur crachaient dessus. La majorité des agents, a-t-il soutenu, ont gardé leur sang-froid.

Concernant la méthode de « l'encerclement », décriée par plusieurs, M. Parent a précisé que n'était « jamais une approche de premier recours », et qu'elle était utilisée dans certaines circonstances afin de « casser la foule » et de « briser le momentum ». Il a reconnu que cette façon de faire pouvait entraîner l'arrestation de personnes qui n'avaient commis aucun acte criminel.

Questionné sur le fait que des manifestants interpellés se sont plaints d'être restés enfermés dans des autobus pendant de longues périodes de temps sans avoir accès aux toilettes, M. Parent a défendu le travail des agents, qui auraient parfois été pris de court par l'ampleur des manifestations.

M. Parent a également prévenu les commissaires qu'il ne pourrait entrer dans le détail sur des interventions spécifiques, dans la mesure où les policiers sont visés par plusieurs plaintes déontologiques et où il y a des poursuites contre la Ville de Montréal.

Témoignages de responsables du milieu collégial

Mercredi matin, les commissaires se sont penchés sur la prestation des cours durant le conflit étudiant, en entendant les témoignages de responsables du milieu collégial.

Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps

Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps

Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps, était le premier à être entendu par les commissaires Serge Ménard, Claudette Carbonneau et Bernard Grenier. Il a surtout fait état de la difficulté pour les directions des cégeps à faire respecter les injonctions des tribunaux forçant la tenue de cours durant la grève du printemps 2012.

Certains cégeps ont tenté d'ouvrir leurs portes, mais cette décision a donné lieu à du désordre et de la confusion – une situation qui a dégénéré notamment aux cégeps Lionel-Groulx et Marie-Victorin. Malgré la bonne volonté des établissements, il était impossible de permettre une rentrée en classe sécuritaire, selon lui.

Il affirme par ailleurs avoir toujours eu de bonnes relations avec l'état-major du SPVM.

De plus, le mouvement étudiant doit être mieux encadré sur le plan juridique, dit-il, notamment en ce qui a trait au processus de votation. Puisqu'une loi permet déjà aux associations étudiantes d'exister légalement, elles devraient disposer également des moyens pour s'assurer de la tenue de votes démocratiques, croit-il.

« Pour nous, si rien n'est fait, ce qui est arrivé risque d'arriver à nouveau et arrivera. Il y aura des circonstances, un concours de situation, qui fera en sorte que, si le si paysage juridique n'est pas clarifié, les nuages vont demeurer et on aura, contrairement aux salariés qui, dans un contexte de grève ou de lock-out, ont des droits très bien définis dans la loi, nous aurons encore des problématiques ou des étudiants s'adresseront aux tribunaux pour régler ce qui devrait être réglé par loi », a-t-il dit.

Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep

Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep

Les commissaires ont ensuite entendu le professeur d'histoire et président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep, Mario Beauchemin.

Dans son mémoire de maîtrise, M. Beauchemin s'était penché sur les mouvements étudiants et les grèves dans l'histoire du Québec. Selon lui, des dix grèves étudiantes importantes depuis 1958, celle de 2012 était la seule où l'on assistait à la fois à la contestation de la légitimité du mouvement étudiant et à la contestation de la légitimité des résultats de votes pris en assemblée.

M. Beauchemin a lui aussi critiqué les injonctions des tribunaux forçant la tenue de cours dans les cégeps, qui ont semé la confusion, selon lui. Il demande un meilleur encadrement du droit de grève des étudiants.

Mardi, ce sont des spécialistes de l'enseignement prodigué aux futurs policiers qui ont défilé devant la Commission.

Société