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Institut pour déficients : la première audience est ajournée

Le reportage de Philippe Leblanc
Radio-Canada

La première audience prévue pour lundi à Toronto pour entendre le recours collectif de 2 milliards de dollars intenté contre la province par les ex-résidents d'un ancien centre pour déficients intellectuels à Orillia, a été ajournée à mardi.

Il semble que la province tente une dernière fois d'en arriver à un règlement à l'amiable.

Des dizaines d'ex-pensionnaires du Centre Huronia s'étaient déplacés pour le début des audiences, prêts à raconter leur histoire. Plusieurs se sont dits déçus par l'ajournement.

« Ça me met en colère. Ils négocient dans notre dos sans nous tenir au courant », affirme Patricia Seth, une des plaignantes.

Les plaignants disent avoir été mal nourris, battus et logés dans des conditions insalubres alors qu'ils étaient internés entre les années 1950 et 2000 au Centre Huronia, un établissement d'apprentissage pour jeunes déficients intellectuels.

La poursuite allègue par ailleurs que le gouvernement provincial de l'époque était au courant des mauvais traitements en question, mais n'est pas intervenu.

Les plaignantes principales Patricia Seth (gauche) et Marie SlarkLes plaignantes principales Patricia Seth (gauche) et Marie Slark Photo : Christian Noël

La demande de recours collectif avait été autorisée en 2011. Les plaignants doivent maintenant prouver en cour leurs allégations. Une quarantaine d'anciens pensionnaires devaient assister à la première audience, lundi.

Battue et mal nourrie

Patricia Seth avait 7 ans lorsque sa mère l'a fait interner en 1966 au Centre Huronia en raison de difficultés d'apprentissage.

Elle dit avoir vécu les 13 années suivantes, jusqu'à sa majorité, dans la peur, la solitude et la colère. Elle décrit l'établissement comme une « prison ».

Ils (le personnel) étaient violents dans leur ton de voix, avec leurs mains, avec une tapette à mouches et une brosse.

Patricia Seth, plaignante

Elle affirme se battre en cour au nom des milliers d'autres ex-pensionnaires qui ont subi le même sort.

Exemples de mauvais traitements, selon la poursuite :

  • Nourris rapidement comme des oiseaux, sinon leur plat était jeté aux poubelles
  • Forcés de manger nus
  • Mêmes vêtements durant 2 ou 3 jours
  • Désodorisants et brosses à dents devaient être partagés entre résidents
  • Obscénités proférées par le personnel à l'endroit des pensionnaires

L'avocat du recours collectif, Me Jody Brown, ajoute que la province a fermé les yeux, alors que les autorités savaient à l'époque que les lieux étaient surpeuplés et mal gérés.

La poursuite cite entre autres une soumission au Cabinet en 1975 :

Le ratio actuel d'employé par pensionnaire correspond seulement aux deux tiers de ce qui est exigé selon les normes recommandées. Le résultat : la programmation est inadéquate pour répondre aux besoins des résidents. 

Seuls des numéros de pensionnaires marquent l'endroit où certains d'entre eux ont été enterrés près du Centre Huronia.Seuls des numéros de pensionnaires marquent l'endroit où certains d'entre eux ont été enterrés près du Centre Huronia. Selon la province, la pratique visait à l'époque à protéger l'identité des résidents. Photo : Jason Burles

Le recours collectif :

Les allégations (Nouvelle fenêtre) by Radio-Canada (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement se défend

Pour sa part, la province admet dans des documents déposés en cour qu'il y a eu « des problèmes et des défis dans l'exploitation et la gestion » du Centre Huronia. 

Le gouvernement concède même que « certains résidents ont été maltraités » par une « poignée d'employés parmi les milliers qui ont travaillé [à l'établissement] au fil des années ».

Mais selon la province, il s'agit de cas « isolés » et non de « négligence systémique », contrairement à ce qu'allèguent les plaignants.

L'Ontario se dit tout de même prêt à compenser « certains individus » si la preuve de mauvais traitements à leur endroit est faite.

Ouvert en 1876 :

Le Centre régional Huronia est le plus vieil établissement pour les déficients intellectuels en Ontario.

L'établissement était appelé à l'origine l'Asile pour idiots d'Orillia. Il a compté jusqu'à 2600 pensionnaires, selon le ministère des Services sociaux.

Le Centre a fermé ses portes définitivement en 2009.

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