•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Catherine Côté : Les banlieusardes

Catherine Côté
Catherine Côté Photo: Marilène Lucas

Prix de poésie Radio-Canada 2013 : les finalistes
Catherine Côté pour Les banlieusardes

fouilles de terre-plein
découvertes aux maisons banlieusardes
petits cubes sur lesquels on s'étouffe
quand il fait trop chaud pour mourir
dans les lacs de sel
on boit le soleil à deux mains

et tu dis qu'on serait mieux dans le creux des petites villes
à dormir nos vies entières
à rouler
en amont des remords

il faut coucher les enfants
faire semblant d'étouffer sur nos taies
éclater le jour du bout des ongles
pour séduire les fêtes
cascader au vif de nos vies
dans un os creux qui sonne les fontaines

avec ma tête entre l'orange et la neige
dans l'engourdissement du Pacifique
tu m'étonnes
pile sur mes os cassants

dans le creux des villes plates
où on braille nos airs mexicains
sans trop chialer
la morve au bout du nez

les rythmes des horloges
en cascades de mauve sur blanc
en ecchymoses

comme on fait semblant de vivre

mes bottes de pluie ne riment à rien
la cambrure immonde des petites nuits
de buée
de souffles froids
laisse nos pieds gelés en suspens du monde

chaque noirceur est vierge de mes doigts
pour égrainer le temps
l'embouteiller
faire voguer les rivages sur nos tempéraments

mes ongles trop longs
ne connaissent plus ta peau
ni le chemin morbide
de ta voix à ma maison

nos petites puissances se sont effacées au creux des rires des autres
sans qu'on puisse faire durer l'illusion d'écrire autre chose que des feux de forêt

n'étais-je pas déjà ailleurs?
dans un cortège de soufflets atomiques
de vibrations des instruments d'outre-tombe

tout me ramène à ton souffle
sur une pointe de tarte trop chaude
avec les petits cœurs brodés sur les manches pour tenir au chaud l'hiver

dans les rivages
sous les pierres
qui écrasent nos yeux
l'odeur métallique de l'étouffement
on respire
à pleins poumons

je croyais qu'on était déjà partis
mais tout me ramène aux maisons
à la route esseulée qui n'est jamais mienne
que personne ne veut lire

dans les bars où on n'entre jamais
on nous attend toujours quelque part
il y a toujours un homme à tuer
quelque part dans la ville

les cigarettes dans les arbres et les étoiles dans mes mains
fracassant les touches et les lettres
les caisses en lignes
en diagonale des âmes
les bouteilles de vin
mes yeux dans tes bras

pourquoi écrire si ce n'est pas pour toi
pour elle et pour les autres visages anonymes des foules qui m'étreignent
qui vibrent au rythme de mes larmes
qui me rendent incandescente

on a des cœurs en feuilles d'artichauts
d'épinards et des épaisseurs d'oignons
cœurs en belles salades
des petits doigts comme les télescopes
du lac Mégantic

je voudrais
t'attraper par le collet
dans nos forêts vertigineuses
faire tomber
des aveux
de tes yeux trop grands

je te regarde
avec mes yeux qui oublient tes yeux et tout le reste
nos malheurs
ne semblent pas si graves quand on y pense vraiment

mon regard
magnétisé
contre la porte
tu n'arrives pas

tes yeux
vides et mes mains trop grandes pour mourir
et ma voix faite pour aimer
pour être heureuse et m'étirer entre les salons du monde

quand tout s'efface
lentement
quand tout s'efforce
encore
de briser les tisons de ma tête

les rivières font toujours autant de bruit
novembre nous emporte
dans le noir enfumé
il ne reste rien qui puisse nous servir ici

quand l'absolu se referme sur nos têtes
quand il n'y a rien à apprendre aux enfants qui nous suivent partout
je revois ma robe en taffetas
le satin de mes oreilles
les dagues qui creusent le fond de mes nerfs

Livres

Arts