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Washington et ses alliés prêts à intervenir en Syrie

Le croiseur lance-missiles USS Gettysburg et le porte-avions USS Harry S. Truman.

Photo : AFP / Jamie Cosby

Radio-Canada

L'éventualité d'une action militaire en Syrie en représailles aux présumées attaques à l'arme chimique contre des civils se précise mardi à Washington, Londres, Paris et Ottawa. Les dirigeants politiques multiplient les annonces et les discussions à tous les niveaux en prévision d'une attaque.

Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, s'est dit prêt à intervenir dès que le président Obama en donnera l'ordre. Questionné mardi par un journaliste de la BBC, Chuck Hagel a assuré que les forces américaines étaient en place et prêtes à intervenir à tout moment.

Nous sommes préparés. Nous avons positionné des éléments pour être capables de répondre à toute option choisie par le président. Nous sommes prêts à y aller.

Chuck Hagel, secrétaire américain à la Défense

Selon les journaux américains, une intervention militaire américaine en Syrie serait de courte durée et prendrait la forme de frappes aériennes ou de tirs de missiles ciblés contre des objectifs militaires stratégiques ou des dépôts d'armement.

À ce sujet, l'opposition syrienne qui dit avoir discuté avec ses alliés des cibles éventuelles s'attend à ce qu'une intervention militaire ait lieu dans les prochains jours. « C'est une question de jours et pas de semaines », a affirmé à l'AFP Ahmad Ramadan, membre du comité politique de la Coalition de l'opposition basée en Turquie.

Des représailles rapides et ciblées

Ces frappes ponctuelles ne viseraient par ailleurs pas à renverser le président Bachar Al-Assad, ni à changer le cours de la guerre civile en Syrie.

Elles seraient plutôt destinées à punir l'utilisation d'armes chimiques, attribuée au gouvernement Assad par les États-Unis et leurs alliés, contre des populations civiles près de Damas,le 21 août dernier. L'utilisation de gaz sarin contre la population a fait 3600 blessés et 355 morts.  

Selon le Washington Post, d'éventuelles frappes ne dureraient probablement pas plus de deux jours et permettraient à Washington d'éviter une implication plus grande dans la guerre civile qui déchire la Syrie depuis mars 2011.

Citant des sources de l'administration Obama, le New York Times croit que la marine américaine mettra à profit ses contre-torpilleurs déployés en Méditerranée pour lancer des missiles de croisière contre des cibles militaires en Syrie.

À lire aussi :

Raymond Saint-Pierre décrit les forces occidentales en présence dans le conflit syrien :

Syrie : les forces en présence

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Les gouvernements français et britannique étudient également la possibilité de représailles aux présumées attaques à l'arme chimique contre des civils la semaine dernière, près de Damas, attribuée aux troupes gouvernementales syriennes.

Mardi, le président français, François Hollande, a déclaré qu'il tenait le régime syrien pour responsable des attaques au gaz. 

Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse et la France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents.

François Hollande, président de la France

Le président Hollande a ajouté que la France allait par conséquent augmenter son aide aux forces de l'opposition syrienne qui combattent le régime Assad depuis plus de deux ans. Le président convoquera également mercredi un « conseil de défense » qui se penchera sur d'éventuelles représailles contre la Syrie.

Pendant ce temps, à Londres, le premier ministre David Cameron a rappelé mardi les membres du Parlement en vacances, en prévision du dépôt jeudi, d'une motion sur la Syrie.

La nature de cette motion n'a pas été divulguée par le bureau du premier ministre Cameron.

Ottawa prêt à une réaction ferme

Le président des États-Unis, Barack Obama, a eu un entretien téléphonique avec le premier ministre canadien, Stephen Harper, sur la situation syrienne. MM. Obama et Harper ont dénoncé l'utilisation alléguée d'armes chimiques par le régime Assad contre des civils.

Ils ont souligné que le régime syrien avait délibérément retardé le travail de l'équipe de l'ONU chargée de l'inspection des sites contaminés à l'arme chimique. Une façon de faire qui démontrerait, selon ce que rapporte le bureau du premier ministre, que le régime Assad cherche à cacher des preuves de ses actions. Pour ces raisons, MM. Obama et Harper « ont convenu qu'un recours important à des armes chimiques justifiait une réaction ferme, rapide et efficace de la part de la communauté internationale ».

D'ici là, les capitales demeureront en contact.

Bien que le gouvernement Harper n'ait pas annoncé la participation des Forces canadiennes à d'éventuelles représailles internationales contre la Syrie, le Canada participerait dans les prochains jours à une rencontre à Amman, en Jordanie, pour discuter de la crise syrienne et du maintien de la sécurité dans la région.

Selon un communiqué de l'armée jordanienne, outre le Canada, les États-Unis, la France, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, l'Allemagne et l'Italie doivent prendre part à cette rencontre.

Damas promet une riposte qui « pourrait surprendre »

À Damas, le gouvernement du président syrien Bachar Al-Assad a promis de se défendre contre toute attaque ou intervention militaire contre son pays.

Lors d'une conférence de presse, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a affirmé que son pays disposait de moyens de défense qui pourraient surprendre le monde.

Le régime de Bachar Al-Assad dément par ailleurs avoir utilisé des armes chimiques contre sa population et met les enquêteurs de l'ONU au défi de trouver des preuves que ses troupes ont commis de tels actes.

Selon M. Mouallem, une intervention militaire étrangère contre son pays ne servira que les intérêts d'Israël et du Front al-Nosra, un groupe armé combattant avec les rebelles syriens et qui a prêté allégeance à Al-Qaïda.

Le travail des enquêteurs de l'ONU encore perturbé

L'enquête menée par les experts de l'ONU en armes chimiques près de Damas, en Syrie, a été reportée de 24 heures en raison de l'incapacité des forces gouvernementales et rebelles d'assurer la sécurité des enquêteurs sur le terrain.

Le gouvernement Assad, qui accuse les rebelles d'être à l'origine de ce report de l'enquête, réfute du même souffle les accusations selon lesquelles il tente de gagner du temps et de faire obstacle au travail des enquêteurs des Nations unies.

Rappelons qu'au premier jour de leur enquête en Syrie, les enquêteurs de l'ONU ont été la cible de tirs près de Damas.

Mise en garde de Téhéran et Moscou

L'Iran a adressé mardi une mise en garde contre les conséquences d'une intervention militaire étrangère en Syrie, qui provoquerait, selon elle, un conflit dans toute la région.

« Nous voulons adresser une sévère mise en garde contre toute attaque militaire en Syrie qui aurait assurément des conséquences dangereuses dans la région », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. « Ces complications et ces conséquences ne se limiteront pas  à la Syrie, elles engloutiront la région tout entière ».

Reprenant un argumentaire similaire, le ministère russe des Affaires étrangères a également appelé les États-Unis et la communauté internationale à la « prudence  et à un strict respect du droit international », mardi.

« Les tentatives visant à contourner le Conseil de sécurité [de l'ONU], de créer une fois de plus des prétextes artificiels et infondés pour une intervention militaire dans la région vont entraîner de nouvelles souffrances en Syrie et auront des conséquences catastrophiques pour les autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord », a indiqué le ministère dans un communiqué.

Le régime chinois a quant à lui affirmé qu'une intervention militaire en Syrie serait « dangereuse » et « irresponsable », évoquant la soi-disant présence d'armes de destruction massive qui avait justifié l'invasion de l'Irak en 2003.

« Le scénario qui est à l'oeuvre est une réminiscence des préparatifs de la guerre en Irak, lancés par les allégations des États-Unis sur des armes de destruction massive qui se sont par la suite révélées fausses », écrit mardi l'agence officielle de presse Chine nouvelle.

Contourner le Conseil de sécurité

Si à la Maison-Blanche on s'efforce de dire que Barack Obama n'a pas encore arrêté de décision, des spécialistes des relations internationales rejettent d'ores et déjà l'idée selon laquelle une éventuelle frappe contre la Syrie nécessiterait forcément l'approbation du Conseil de sécurité.

« Le Conseil de sécurité de l'ONU n'est pas le seul et unique gardien de la légalité et de la légitimité », relève Richard Haas, président du Council on Foreign Relations, qui prend pour exemple l'intervention de l'OTAN au Kosovo en 1999.

« Il ne me semble pas que l'on puisse appuyer l'idée que seul le Conseil de sécurité peut rendre une action légitime, car cela permettrait dans ce cas à un pays comme la Russie d'être l'arbitre du droit international et plus généralement, des relations internationales », poursuit-il.

Pour lui, une frappe sur la Syrie pourrait trouver sa légitimité dans une « coalition de volontaires » dont les contours s'esquissent déjà.

Conflit syrien : onde de choc au Moyen-Orient


Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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