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Québec se penche sur la neutralité religieuse des employés de l'État

Le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, en entrevue à RDI, le 23 août

Radio-Canada

Le ministre québécois des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, admet que le gouvernement péquiste de Pauline Marois s'interroge sur la neutralité religieuse des employés de l'État dans le cadre du projet de loi sur la charte québécoise des valeurs, qui doit être déposé cet automne.

Lors d'une entrevue accordée à l'émission Première heure, diffusée à ICI Radio-Canada Première, à Québec, le ministre a réitéré que les propositions qu'il entend présenter visent à assurer des balises pour encadrer les demandes d'accommodements raisonnables présentées sur des bases religieuses et à assurer la neutralité de l'État.

« On pense que c'est important que l'État soit neutre par respect pour tous les citoyens. Peu importe leur religion, l'État doit les traiter également », a réitéré le ministre. « Donc, la neutralité religieuse de ceux et celles qui travaillent, ça se pose comme question », a-t-il ensuite enchaîné.

Comment est-ce qu'on s'assure que ceux et celles qui nous desservent, nous donnent un service public, reflètent cette neutralité?

Bernard Drainville, en entrevue à Première heure

Bernard Drainville a cependant refusé de s'avancer plus avant lorsqu'on lui a demandé en quoi le port d'un signe religieux limitait la neutralité d'un employé de l'État. « Je ne veux pas... Je veux vous parler des signes religieux, mais je ne veux pas aller dans le détail des orientations », s'est-il borné à dire.

Entrevue du ministre Bernard Drainville avec l'animateur de Première heure Claude Barnatchez

Le ministre a effleuré le même sujet lors d'une entrevue subséquente accordée à RDI Matin. « La neutralité politique, c'est déjà accepté depuis quelques années. Les fonctionnaires ne peuvent pas se servir de leur emploi pour faire valoir leurs opinions politiques. La neutralité politique, tout le monde s'entend pour dire que c'est une bonne idée. La neutralité religieuse, il faut maintenant la mettre en place. C'est ce qu'on va proposer dans quelques semaines », a-t-il dit.

Drainville sollicite l'appui de la population

Le ministre Drainville mène une offensive médiatique vendredi, lui qui se retrouve sous les feux de la rampe depuis que l'agence QMI a soutenu lundi que le gouvernement entend interdire, sauf exception, le port des crucifix ostentatoires, du hijab islamique et de la kippa juive pour tous les employés de l'État.

« J'aurais aimé mieux qu'il n'y ait pas de fuites », mais « il faut que tu vives avec, ça fait partie des règles du jeu. », a-t-il souligné à l'émission RDI Matin. « Ce n'est pas moi qui [les] fait sortir, je vous l'assure. »

Bien qu'il refuse toujours de confirmer les informations de l'agence, le ministre Drainville a profité de ses entrevues à Radio-Canada pour solliciter l'appui des Québécois dans ce débat. Il leur demande d'intervenir dans le débat auprès de leur représentant à l'Assemblée nationale.

« Je ne me gêne pas pour dire, comme on est minoritaire, que c'est sûr qu'on va avoir besoin des citoyens pour convaincre les politiciens des autres partis, pour qu'ils nous appuient », a-t-il encore dit à RDI Matin.

« C'est clair ça, parce qu'on ne pourra pas le faire tout seul. Mais ce n'est pas une mauvaise chose en quelque part. Parce que sur un débat comme celui-là, il faut ratisser le plus large possible. Alors on va discuter, et je pense qu'on va être capable de s'entendre », a-t-il ajouté.

Éventuellement, les gens qui nous écoutent vont devoir faire leur part aussi, qu'ils appellent leurs députés aussi et leur dire : j'aimerais ça que tu appuies cette mesure-là.

Bernard Drainville, en entrevue à Première heure

Le ministre Drainville assure que le débat entourant la charte des valeurs québécoises ne répond pas à une simple volonté du Parti québécois d'occuper le terrain identitaire en vue des prochaines élections. « Je ne suis pas là-dedans », a-t-il affirmé.

« On l'a mis dans notre programme, Mme Marois l'a réitéré comme première ministre, elle m'en a donné le mandat. Et ça fait un an que je travaille là-dessus. [...] J'ai été studieux. J'ai fait mes devoirs. Et je pense que ce qu'on va proposer, c'est mesuré, c'est équilibré. »

La charte des valeurs, un débat de société

Ne pas tourner le dos à l'histoire du Québec

« À l'intérieur de cet équilibre-là, il y a une place pour la patrimoine, a-t-il ajouté lorsqu'il a été invité à commenter les informations selon lesquelles le crucifix à l'Assemblée nationale et la croix plantée sur le mont Royal à Montréal ne seront pas concernés par le projet de loi, parce qu'ils constituent des symboles patrimoniaux.

« Ce qu'on dit c'est : affirmer nos valeurs, affirmer ce qu'on est, ça ne veut pas dire nier ce qu'on a été. Les 400 ans de notre histoire passés, qui ont commencé en 1608 avec Champlain, on ne va pas tourner le dos à ça », a-t-il plaidé.

Le ministre Drainville ne s'est pas ému des vives critiques que suscite son futur projet de loi, tant dans les médias anglophones que francophones. « Moi, je n'ai pas trouvé le ton si mauvais que ça cette semaine, mais j'ai senti le besoin de dire hier que le ton est aussi important que le fond dans ce débat », a-t-il noté.

C'est sûr qu'on ne s'entendra pas toujours sur tout, parce que ça nous touche chacun d'entre nous dans nos valeurs profondes. Mais il faut se respecter dans ce débat-là, ça va être très important. Moi je pense qu'on est rendu là.

Bernard Drainville, à RDI Matin

Selon le ministre, les travaux de la commission Bouchard-Taylor, portant sur les accommodements raisonnables, ont mis la table pour le débat actuel. « On est prêt maintenant à avoir un débat calmé, posé, avec de petites pointes émotions, je n'en doute pas. Mais être capable de se parler, de s'entendre, j'espère. D'avoir des désaccords, aussi. Je pense qu'on en est là. »

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