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Edward Snowden, dans l'oeil de « Big Brother »

Radio-Canada

Edward Snowden, ex-technicien de la CIA, est à l'origine des fuites qui ont permis de révéler l'existence d'un programme de surveillance hautement confidentiel mené par les services secrets américains.

Edward Snowden, ex-technicien de la CIA, est à l'origine des fuites qui ont permis de révéler l'existence d'un programme de surveillance hautement confidentiel mené par les services secrets américains.

Né le 21 juin 1983 en Caroline du Nord, Edward Snowden ne semblait pas prédestiné à entrer dans l'antre du secret gouvernemental des États-Unis. Sa carrière commence au bas de l'échelle en tant que gardien de sécurité au Centre d'étude avancée du langage de l'Université du Maryland, une unité de recherche affiliée à la National Security Agency (NSA), l'Agence nationale de sécurité américaine.

Sans avoir de diplôme universitaire, il se fait remarquer pour son talent en informatique et se fait embaucher en 2006 par la CIA. En 2007, il est envoyé à Genève et travaille sous couverture diplomatique comme technicien à la sécurité du réseau de l'ambassade américaine.

Déjà, Snowden est témoin de pratiques qu'il estime dérangeantes, mais décide de ne rien ébruiter, craignant de mettre en danger certaines personnes. Aussi, l'élection de Barack Obama à la tête du pays en 2008 lui redonne espoir.

Snowden quitte la CIA et travaille pour la NSA à partir de 2009 en tant qu'employé de divers sous-traitants, dont Dell ou Booz Allen Hamilton, son dernier employeur. C'est alors qu'il commence à recueillir de l'information sur les activités de la NSA avec l'intention, un jour, de les révéler au grand public.

J'ai réalisé que j'appartenais à une organisation qui faisait beaucoup plus de mal que de bien.

Edward Snowden

En mai 2013, alors qu'il mène une vie confortable à Hawaï avec un salaire de plus de 200 000 $ par année, il quitte sa compagne et prend congé. Il s'envole pour Hong Kong, où il s'entretient à plusieurs reprises avec des journalistes du Guardian.

Je suis prêt à sacrifier tout cela parce que je ne peux, en mon âme et conscience, laisser le gouvernement américain détruire la vie privée, la liberté d'Internet et les libertés essentielles des gens du monde entier avec ce système énorme de surveillance qu'il est en train de bâtir secrètement.

Edward Snowden

De la bouche de Snowden, le quotidien britannique apprend ainsi l'existence d'une ordonnance judiciaire secrète du Foreign Intelligence Surveillance Court, qui oblige l'opérateur téléphonique américain Verizon à livrer chaque jour à la NSA les informations - lieu, heure et durée - sur les appels que font ses 121 millions d'abonnés.

Je ne veux pas vivre dans un monde où tout ce que je fais et dis est enregistré.

Edward Snowden, en entrevue avec The Guardian, à Hong Kong
Des protestataires tiennent des affiches d'Edward Snowden à Berlin, en Allemagne, lors d'une manifestation contre les actes de la NSA.

Des protestataires tiennent des affiches d'Edward Snowden à Berlin, en Allemagne, lors d'une manifestation contre les actes de la NSA.

Photo : AFP/JOHN MACDOUGALL

Snowden divulgue également au Washington Post l'existence du programme secret PRISM, qui permettrait aux renseignements américains d'accéder aux données qui circulent sur les plus importants services de courriels et réseaux sociaux de neuf géants du cyberespace, soit Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube et Apple.

Les deux quotidiens publient ces informations sans dévoiler l'identité de leur source, mais le 9 juin, Edward Snowden insiste pour sortir de l'ombre, disant n'avoir rien à cacher ni à se reprocher.

« Mon unique objectif est d'informer les gens de ce qui est fait en leur nom et de ce qui est fait contre eux », explique l'ex-technicien de la CIA.

Dans les documents qu'il a transmis aux médias, Edward Snowden a éliminé toute mention qui aurait pu compromettre la sécurité des citoyens, selon le Figaro. Selon lui, ce souci le distingue de Bradley Manning, le soldat américain qui a transmis une quantité faramineuse d'information à WikiLeaks.

Je n'ai pas l'intention de cacher mon identité, car je n'ai rien fait de mal.

Edward Snowden

D'autres fuites de Snowden révéleront notamment que la NSA pirate des ordinateurs chinois depuis 2009, ainsi que l'existence du programme XKeyscore, qui permet d'espionner pratiquement tout ce que fait une personne sur Internet.

Le Canada ne sera pas épargné par le lanceur d'alerte, qui révèle en janvier 2015 les détails du programme de sécurité « Lévitation ». Un mois plus tard, Snowden dévoile des documents secrets sur l'interception de centaines de milliers de courriels de Canadiens par l'agence fédérale de cyberespionnage.

Accusé d'espionnage

Le 14 juin 2013, alors qu'il se trouve toujours à Hong Kong, Snowden est accusé d'espionnage par les autorités judiciaires américaines, qui entreprennent des démarches pour qu'il soit extradé vers les États-Unis. Grâce à l'inaction du gouvernement hongkongais et à l'aide de l'organisation WikiLeaks, Snowden parvient à fuir en Russie.

Pendant plus d'un mois, Snowden demeure confiné dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou, d'où il requiert une demande d'asile dans une vingtaine de pays, dont l'Équateur et la Russie. Son passeport américain est révoqué et ses allées et venues font l'objet de nombreuses spéculations, voire d'imbroglios diplomatiques.

Il a d'abord obtenu un statut de réfugié temporaire d'un an en Russie, au grand dam de Washington, puis, un an plus tard, en août 2014, un permis de séjour de trois ans renouvelable.

Je ne pourrais pas faire ça sans accepter le risque d'aller en prison [...] S'ils veulent vous avoir, au bout du compte, ils vous auront.

Edward Snowden en entrevue avec The Guardian, à Hong Kong

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En août 2013, le mari du journaliste du Guardian qui a publié les révélations de Snowden, Glenn Greenwald, a été retenu pendant neuf heures à l'aéroport de Londres-Heathrow, suscitant les protestations d'Amnistie internationale et du gouvernement brésilien.

Ulcéré par cette interpellation par la police britannique, le journaliste américain a promis de publier de nouveaux documents et a déclaré que la Grande-Bretagne allait « regretter » cette arrestation.

The Guardian affirme par ailleurs qu'il a détruit des disques durs contenant de l'information provenant d'Edward Snowden dans son sous-sol, sous la supervision de deux experts en sécurité du Government Communications Headquarters, le service de renseignements électroniques du gouvernement britannique.

Ces lanceurs d'alerte, traîtres ou héros?

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