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Bradley Manning, à son arrivée au tribunal militaire de Fort Meade, au Maryland.

Bradley Manning, à son arrivée au tribunal militaire de Fort Meade, au Maryland.

Photo : AFP / SAUL LOEB

Radio-Canada

Le soldat américain Bradley Manning, qui a volé et transmis des centaines de milliers de documents secrets au site Internet WikiLeaks, a été condamné mercredi à 35 ans de prison par un tribunal militaire de Fort Meade, au Maryland.

Il est en outre rétrogradé, congédié de l'armée « pour déshonneur » et privé d'une partie de son salaire et de ses avantages sociaux.

La juge Denise Lind n'a donné aucune explication pour justifier sa décision lors de l'audience, qui a duré une quinzaine de minutes. Le jeune homme de 25 ans, qui sera incarcéré à la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, est resté stoïque lors de l'annonce de sa peine.

La magistrate avait déjà précisé mardi que M. Manning bénéficierait de 1294 jours de remise de peine, soit près de trois ans et demi, en raison notamment du temps qu'il a passé en détention préventive.

Cela inclut une remise de peine de 112 jours pour le dur traitement qui lui a été réservé au début de sa détention. Son avocat soutient qu'il a été incarcéré 23 heures par jour, qu'il a été contraint de dormir nu et qu'il a dû se tenir au garde-à-vous nu un matin.

La cause de Bradley Manning sera réexaminée automatiquement en appel par la Cour pénale d'appel de l'armée de terre. Le soldat pourra aussi porter sa cause en appel devant la Cour d'appel supérieure des forces armées.

Bradley Manning a été reconnu coupable le 30 juillet de six accusations d'espionnage, de cinq accusations de vol, d'une accusation de fraude informatique et d'autres infractions militaires. Il a cependant été blanchi d'une accusation de collusion avec l'ennemi. Il était passible d'une peine de 90 ans de prison.

Il a admis avoir transmis plus de 470 000 rapports militaires classés secret-défense et 250 000 câbles diplomatiques à WikiLeaks. Il avait dérobé ces informations alors qu'il travaillait comme analyste du renseignement militaire à Bagdad, au début de 2010.

Le procureur militaire Joe Morrow avait réclamé une peine de 60 ans de prison contre le soldat Manning, afin « d'envoyer un message à tous les soldats qui envisageraient de voler des informations classifiées ». Il souhaitait aussi qu'on lui impose une amende de 100 000 $.

Son avocat David Coombs proposait plutôt une peine de 25 ans à la juge Lind, afin que Manning ait la « possibilité de vivre ». Il avait décrit son client comme un « humaniste », « très intelligent », « naïf certainement, mais bien intentionné ».

Une demande de grâce présidentielle

Quelques partisans de Bradley Manning ont manifesté devant le tribunal militaire.

Quelques partisans de Bradley Manning ont manifesté devant le tribunal militaire.

Photo : AFP / SAUL LOEB

Quelques heures après le prononcé de la sentence, Me Coombs a dit en être triste et déçu. Il a confirmé qu'il entendait demander au président Barack Obama de gracier Bradley Manning. « Nous espérons qu'il fera la bonne chose », a-t-il-dit, entouré de membres d'un groupe appuyant le soldat.

L'avocat a soutenu que Bradley Manning serait admissible à une libération conditionnelle après 10 ans si la sentence actuelle est maintenue. En cas de refus, il pourra présenter une nouvelle demande chaque année subséquente. Il a assuré qu'il serait de nouveau à ses côtés à cette occasion.

Me Coombs a maintenu que Bradley Manning était une personne « très morale », que ses intentions étaient bonnes, qu'il avait agi dans le « meilleur intérêt » des États-Unis et que, malgré les excuses qu'il a présentées au tribunal la semaine dernière, il referait probablement la même chose aujourd'hui.

L'.avocat a aussi lu une brève déclaration de la famille du soldat, qui se dit « attristée » et « déçue » de la tournure des événements, puisqu'elle continue de penser qu'il a agi dans les meilleurs intérêts du pays. La famille demande en outre au public de continuer d'appuyer le réseau qui soutient son fils.

C'est OK. C'est correct. Je sais que tu as fait de ton mieux. Je vais être correct. Je vais passer au travers de ça.

Réaction de Bradley Manning à la sentence, selon son avocat, David Coombs

WikiLeaks avait préalablement réagi à l'annonce de la sentence. « Victoire stratégique significative dans l'affaire Bradley Manning. Bradley Manning est désormais admissible à une libération dans moins de 9 ans, 4,4 selon un autre calcul », a déclaré l'organisation sur Twitter.

La Russie, qui vient d'accorder l'asile à un autre sonneur d'alerte américain, Edward Snowden, n'a pas manqué pour sa part de critiquer les États-Unis.

« Il est assez fréquent d'entendre de la part de responsables américains des critiques concernant des décisions de justice d'autres pays [...], mais quand cela concerne les intérêts américains, la justice américaine prend, comme dans le cas de Manning, une décision sévère injustifiée, selon le principe de "faire passer l'envie à d'autres" sans aucun souci des droits de l'homme », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Une telle utilisation du deux poids deux mesures sur un sujet prééminent comme les droits de l'homme montre une fois de plus que les États-Unis ne peuvent pas prétendre à un "leadership" dans ce domaine important », a-t-il ajouté.

Les excuses de Manning

L'ex-agent du renseignement s'est excusé il y a une semaine « pour avoir fait du mal à des gens » et « aux États-Unis ». Lors d'une audience destinée à fixer sa peine, il a ajouté : « Je m'excuse pour le résultat inattendu de mes actes. Les trois dernières années m'ont beaucoup appris. »

« J'aurais dû me battre davantage à l'intérieur du système. Malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière et changer les choses, a-t-il ajouté. Je comprends que je dois payer le prix de mes décisions. »

Lors du procès, les avocats de Manning ont convoqué à la barre un psychologue de l'armée qui a soutenu que le soldat avait été exposé à un stress intense et s'était senti isolé au sein de l'institution militaire en raison de son identité sexuelle confuse.

À l'époque des faits qui lui sont reprochés, il était interdit d'afficher son homosexualité au sein de l'armée américaine.

La fuite orchestrée par Manning, la plus importante du genre dans l'histoire américaine, a fortement ébranlé l'appareil diplomatique de la première puissance mondiale. Elle a en outre contribué à braquer les projecteurs sur le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Selon le lieutenant-colonel à la retraite des Forces canadiennes Gilles Paradis, la juge Lind a « certainement » voulu envoyer un message à tous ceux qui seraient tentés d'imiter Bradley Manning.

« On doit clairement indiquer à tous ceux qui ont des documents classifiés, que ce soit dans le système militaire américain, ou dans les agences de renseignements comme la CIA, que l'information qui est sensible, secrète, de nature à mettre en cause la sécurité de la nation, ne doit pas être divulguée comme ça sur tous les réseaux informatiques », a-t-il déclaré à Radio-Canada.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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