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Armes chimiques en Syrie : le Conseil de sécurité veut « faire la lumière » sur l’attaque

Le récit de Marie-Ève Bédard
Radio-Canada

Réuni après les allégations d'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien dans la région de Damas, le Conseil de sécurité de l'ONU a conclu sa réunion en exprimant sa volonté de « faire la lumière » sur cette attaque.

Cependant, le Conseil de sécurité n'a pas exigé explicitement une enquête sur cette présumée attaque chimique.

« Il y a une forte préoccupation parmi les membres du Conseil sur ces allégations et un sentiment général qu'il faut faire la lumière sur ce qui s'est passé et que la situation doit être suivie de près », a déclaré à la presse l'ambassadrice de l'Argentine auprès des Nations unies, Maria Cristina Perceval.

Selon des diplomates, la Russie et la Chine se sont opposées à l'adoption d'une déclaration en bonne et due forme qui aurait exigé une enquête de l'ONU.

Le Conseil de sécurité a tenu une réunion extraordinaire mercredi après-midi exclusivement sur l'usage présumé d'armes chimiques par le régime syrien dans la région de Damas. Cette rencontre, qui s'est déroulée à huis clos, a été organisée à la demande conjointe de 5 de ses 15 pays membres, soit la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Luxembourg et la Corée du Sud.

Par voie de communiqué, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, s'est dit préoccupé par la situation en Syrie. « Une telle attaque est tout à fait inacceptable, écrit-il. Nous exhortons le régime Assad à coopérer avec les représentants des Nations Unies chargés d'enquêter sur ces informations inquiétantes. »

L'opposition syrienne a allégué qu'une attaque au gaz neurotoxique a fait des centaines de morts en banlieue de Damas mercredi matin, une information démentie par le régime syrien.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a dit espérer qu'une équipe des Nations unies puisse avoir « un accès immédiat et sans restriction à la zone » où l'attaque aurait eu lieu, selon l'opposition, « pour établir la vérité ».

« Il n'y a aucune raison pour que ne leur soit pas accordé l'accès à une zone située à quelques milles de là où ils se trouvent », a insisté M. Hague, avant une rencontre avec son homologue français Laurent Fabius à Paris.

Le chef de la diplomatie britannique a dit souhaiter que « tous les membres du Conseil de sécurité de l'ONU se joignent à nous » pour réclamer cette enquête immédiate.

J'espère que cela va réveiller certains de ceux qui ont soutenu le régime de Assad pour réaliser sa nature criminelle et barbare.

William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères

« Il faut faire en sorte que la mission du Dr Ake Sellström [des experts de l'ONU] qui est à Damas puisse immédiatement aller enquêter sur le terrain », a renchéri Laurent Fabius, qui avait déjà défendu cette approche lors d'une réunion extraordinaire sur l'Égypte des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.

Un porte-parole adjoint de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a aussi demandé à ce que l'équipe d'experts de l'ONU obtienne « un accès immédiat aux témoins et aux personnes affectées ».

Disant être incapable de confirmer les allégations de l'opposition, il s'est borné à faire valoir que « les États-Unis condamnent avec force tout recours à des armes chimiques » et que leurs auteurs devraient « rendre des comptes ».

Le porte-parole adjoint de l'ONU, Eduardo del Buey, avait fait savoir plus tôt que le chef des inspecteurs de l'ONU, Ake Sellström, est « en discussion » avec les autorités syriennes à propos de la présumée attaque à l'arme chimique.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, est « scandalisé » par les allégations et déterminé à mener une enquête approfondie sur les incidents présumés qui lui sont signalés par des États membres, a ajouté le porte-parole.

De précédentes rencontres du Conseil de sécurité sur le conflit syrien n'ont abouti à rien de concret, Moscou appuyant indéfectiblement le régime du président syrien Bachar Al-Assad, auquel il fournit des armes.

Moscou n'a d'ailleurs pas semblé prêté foi aux allégations visant le régime syrien. « Tout cela nous fait penser que nous avons à faire une nouvelle fois à une provocation planifiée à l'avance », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué publié mercredi.

Le ministère a néanmoins réclamé une « enquête honnête et professionnelle sur l'attaque chimique ».

Le secrétaire général de la Ligue arabe a également appelé les enquêteurs à inspecter « immédiatement » les lieux et a demandé que les auteurs de ce « crime » soient traduits « devant la justice pénale internationale ».

Attaque au gaz neurotoxique

La présumée attaque a été menée à la roquette par les forces fidèles au régime du président Bachar Al-Assad, selon un groupe d'opposants syriens. Elle aurait principalement frappé les banlieues d'Ain Tarma, de Zamalka et de Djobar, dans la Ghouta orientale, largement tenues par la rébellion. La Coalition nationale syrienne, le principal groupe d'opposition en exil, évoque 1300 morts. Le groupe dit tirer ce bilan des informations fournies par des militants sur le terrain.

De son côté, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, a également rapporté d'intenses bombardements, sans toutefois parler d'attaques chimiques. Selon les informations de l'organisation, au moins 100 personnes ont été tuées.

« L'attaque au gaz neurotoxique » dénoncée par l'opposition syrienne aurait fait des centaines de morts.« L'attaque au gaz neurotoxique » dénoncée par l'opposition syrienne aurait fait des centaines de morts. Photo : AP

Des images troublantes de l'attaque présumée ont été diffusées. Elles montrent les corps pâles et inanimés d'enfants alignés sur le sol d'hôpitaux improvisés pendant que d'autres victimes reçoivent de l'oxygène et sont soignées par des ambulanciers. Il n'y a ni sang, ni blessures visibles sur leurs corps.

Une infirmière de Douma, à une dizaine de kilomètres de Damas, a raconté avoir vu des dizaines de patients présenter des symptômes typiques de victimes d'attaque neurotoxique.

Il s'agirait de l'attaque chimique la plus meurtrière perpétrée depuis le début de la guerre civile syrienne. On ne sait toutefois pas exactement ce qui s'est produit, puisqu'aucune confirmation indépendante n'a été faite.

La télévision officielle a rapidement nié l'information et accusé certains médias de diffuser des informations infondées pour « soutenir le terrorisme ».

Cette présumée attaque survient quelques jours à peine après l'arrivée d'experts envoyés par l'ONU pour enquêter sur l'utilisation possible d'armes chimiques depuis le début du conflit en Syrie, en mars 2011.

Les armes chimiques dans le conflit syrien

L'arsenal chimique syrien, qui existe depuis plusieurs décennies, est considéré comme l'un des plus importants au Moyen-Orient, mais il continue à faire l'objet de spéculations, les données publiques étant presque inexistantes.

Le régime syrien a reconnu pour la première fois le 23 juillet 2012 posséder des armes chimiques et a menacé de les utiliser en cas d'intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population.

En mars, le gouvernement et les rebelles s'étaient accusés mutuellement d'avoir employé des armes chimiques dans le conflit.

La Syrie est l'un des rares pays à ne pas avoir signé la Convention sur l'interdiction des armes chimiques et n'est donc pas membre de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), responsable de contrôler son application.

Plusieurs pays occidentaux, dont la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, sont parvenus à la conclusion que du gaz sarin avait été utilisé à plusieurs reprises en Syrie. Le sarin est un agent chimique inodore qui peut être utilisé sous forme liquide, solide ou gazeuse. Il est toxique lorsqu'inhalé, absorbé par la peau ou les yeux ou ingéré. Les experts estiment aussi que la Syrie possède des stocks de gaz moutarde et de gaz VX.

Conflit syrien : onde de choc au Moyen-Orient

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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