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  • Exclusif
  • Argo, une pure fabulation, selon de nouvelles révélations

    Les réfugiés dans l'ambassade canadienne ©Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le Canada a joué un rôle beaucoup plus important que ce que l'on soupçonnait dans l'évasion des six diplomates américains réfugiés dans l'ambassade canadienne (Nouvelle fenêtre) lors de la crise des otages en Iran, en 1979. Des responsables iraniens étaient par ailleurs au courant de la situation, et la CIA a failli faire échouer l'opération d'exfiltration.

    Ces révélations émanent de deux émissions de Tout le monde en parlait, dont la première partie est présentée mardi soir à ICI Radio-Canada Télé par le journaliste Guy Gendron. Elles témoignent de la fabulation déjà évoquée derrière le film de l'acteur-réalisateur américain Ben Affleck, Argo.

    Inspiré par l'évasion des six diplomates américains réfugiés dans l'ambassade canadienne lors de la crise des otages en Iran en 1979, Argo a été couronné lors de la dernière cérémonie des Oscars. Mais pour en faire un suspense à la gloire de la CIA, le film dénature l'histoire.

    L'enquête démontre que le film, une fiction qui s'annonçait comme une représentation de la réalité, est « à peu près basé sur des faits réels autant que s'il y avait un film sur la vie de Gandhi qui le présentait comme un terroriste », estime Guy Gendron.

    Le film de Ben Affleck est une pure fabulation! C'est un travestissement de la réalité pour des fins commerciales.

    Guy Gendron

    L'Iran savait

    S'appuyant sur les témoignages d'anciens officiels de l'administration iranienne dont le secrétaire d'État aux Affaires étrangères de l'Iran en 1979, Ahmad Salamatian, le documentaire révèle que le gouvernement iranien était non seulement au courant que six diplomates manquaient à l'appel, mais savait aussi où ils étaient.

    « C'était sûr et certain que les responsables du ministère des Affaires étrangères iraniens savaient qu'il y avait quelques diplomates dans les locaux de l'ambassade du Canada », affirme Ahmad Salamatian.

    L'administration iranienne, et en particulier le ministère des Affaires étrangères, était scandalisée par la prise d'otages. C'est l'ambassadeur des États-Unis lui-même, Bruce Laingen, qui a confié le secret à des fonctionnaires iraniens. Ceux qui savaient ont gardé le secret. « Cette connivence a continué jusqu'au jour où les otages ont pris l'avion pour sortir d'Iran », poursuit M. Salamatian.

    La CIA, moins glorieuse qu'elle ne le semble

    Le Canada a joué un rôle largement plus important que ce que l'on croyait jusqu'à présent. Jugeant que les Américains se traînaient les pieds, le pays a dû faire pression pendant des semaines pour convaincre l'administration Carter de faire intervenir la CIA.

    « La CIA a fait preuve d'un amateurisme inouï dans cette opération, souligne Guy Gendron. Ils ne réussissaient pas à trouver l'ambassade du Canada à Téhéran et ont dû demander de l'aide à des policiers. » L'agent de la CIA Tony Mendez, incarné au cinéma par Ben Affleck et dépeint comme un héros, s'est réveillé en retard le matin du départ. Il aurait bu un verre de trop la veille.

    À l'aéroport, il n'y a eu ni interrogation musclée ni poursuite spectaculaire comme le suggère le film. Les otages ont pu passer la frontière sans problème grâce à leur passeport canadien.

    Le cœur de l'opération d'exfiltration résidait dans la confection totale de l'identité factice des otages, un volet essentiellement mené par le Canada. La CIA avait entrepris de produire des faux papiers, mais ceux-ci ressemblaient à un travail d'amateur, apprend-on dans le documentaire. Le Canada a dû refaire le travail.

    L'ambassadeur du Canada et véritable chef d'orchestre de toute l'opération, Ken Taylor, a quant à lui fourni à Washington des informations qui auraient pu servir pour une éventuelle opération commando. Il avait l'aval du premier ministre de l'époque, Joe Clark.

    Argo avait déjà suscité de vives critiques de la part de Canadiens, dont Ken Taylor, qui a déploré que le film montre le Canada comme un simple observateur des actes d'héroïsme de la CIA. M. Taylor a soutenu que le film minimisait le rôle du Canada dans le sauvetage des otages américains.

    L'ancien ambassadeur avait critiqué Ben Affleck et avait dit espérer que le réalisateur reconnaisse le rôle du Canada lors de la cérémonie des Oscars, ce qu’il a brièvement fait.

    Tout le monde en parlait, une enquête en deux parties

    1re partie : l’ambassade canadienne au cœur de l’action (20 août)

    La première partie du documentaire rappelle les circonstances entourant le siège de l’ambassade américaine et la prise en otage de son personnel par des manifestants iraniens. Six ressortissants américains parviennent à fuir les lieux et finissent par se réfugier à l’ambassade canadienne, qui, de concert avec Ottawa, élabore un plan pour les faire sortir du pays, tandis que les autorités américaines et la CIA, plus préoccupées des otages que des fugitifs, se traînent les pieds.

    Jean Pelletier, correspondant de La Presse à Washington, a percé le mystère, mais renonce à publier son article pour ne pas mettre la vie des diplomates américains et canadiens en péril.

    2e partie : une évasion réussie presque malgré la CIA (27 août)

    La deuxième partie décrit les circonstances de l’évasion qui sont tout autres que celles décrites par le film Argo, car l’agent Tony Mendez de la CIA est venu bien près de faire échouer l’opération. Le documentaire démontrera aussi que les autorités iraniennes, au sein desquelles rien n'était encore joué entre modérés et extrémistes, n’ont jamais activement cherché à capturer ces fugitifs. La crise des otages aura d’ailleurs ultimement servi à faire basculer l’Iran dans le sillage des islamistes radicaux.

    Tout le monde en parlait, les mardis 20 et 27 août à 19 h 30 et en rediffusion le samedi suivant à 12 h 30 à ICI Radio-Canada Télé, ainsi que le samedi à 22 h 30 et le dimanche à 17 h 30 à RDI. On peut aussi revoir tous les reportages sur le site de l'émission. Notons que Guy Gendron échangera avec les téléspectateurs sur Twitter via le mot-clic #TLMEParlait pendant la première diffusion du mardi.

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    International