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Île Bonaventure: des fous de Bassan sous haute surveillance

Fous de Bassan
Photo: iStockPhoto
Radio-Canada

Des signes inquiétants laissent croire à un nouvel échec de la reproduction des fous de Bassan de l'île Bonaventure.

Les chercheurs suivent la situation de près, mais comme l'an dernier, des géniteurs ont recommencé à quitter leur nid, laissant les petits à l'abandon. Il faudra par contre attendre à la fin août pour avoir le véritable portrait de la situation.

Jusqu'à tout récemment, tout allait bien sur l'île Bonaventure où 51 000 couples de fous de Bassan ont atterri au printemps pour la période de reproduction.

Les premiers signes sont apparus autour du 25 juillet. Il est tombé 140 millimètres de pluie en trois jours sur la région de Percé et les chercheurs ont d'abord attribué certaines mortalités au mauvais temps. La majorité des poussins n'ont qu'un mois et sont encore recouverts de duvet.

Mais voilà.  Le beau temps est revenu et des nids sont à nouveau laissés à l'abandon. « Ça coïncide avec la période avec laquelle on a vu ça l'année passée », rapporte le chercheur et biologiste à l'UQUAR, Magella Guillemette qui, avec son équipe, étudie la colonie depuis six ans.

Fous et maquereaux

L'an dernier, la reproduction des fous de Bassan a été presque nulle.

Carcasse de fous de Bassan retrouvée sur les rives du Saint-LaurentCarcasse de fous de Bassan retrouvée sur les rives du Saint-Laurent

Plusieurs scientifiques pensent que la température de l'eau du golfe, qui a augmenté de 2 degrés en 2012, aurait joué un rôle sur le comportement des fous. Certains ont avancé que les proies habituelles de l'oiseau marin seraient demeurées à des profondeurs et des distances qui lui étaient inaccessibles.  Des carcasses d'oiseaux retrouvés l'automne dernier près de Blanc-Sablon ont confirmé l'hypothèse que des géniteurs étaient morts de faim.

Les couples de fous n'auraient donc pas réussi à nourrir leurs petits.  « On pense, explique Magella Guillemette, que la même chose est en train de se passer.  C'est basé sur certaines observations. Entre autres, on a déployé des GPS sur les oiseaux pour savoir où ils vont dans le golfe du Saint-Laurent. »

Et ils vont très loin. Comme l'an dernier, des observateurs ont vu des oiseaux s'alimenter à Havre-Saint-Pierre, Blanc-Sablon et même dans le détroit de Belle-Isle.

Parmi les autres hypothèses sur la table, les chercheurs suivent la piste du maquereau dont le petit a besoin actuellement pour se nourrir et grandir. « C'est une période qui est critique, relève M. Guillemette, il faut comprendre que ça prend de l'énergie aux adultes pour aller chercher cette nourriture. »  

Présentement, selon le chercheur, les biologistes sont incapable de trouver de maquereaux dans le régime alimentaire.

Selon Pêches et Océans Canada, la population de maquereaux, en déclin dans le golfe depuis 2006, a connu un creux historique l'an dernier. La population de ce poisson, très sensible à température de l'eau, serait en train de se déplacer vers le nord.

À suivre au cours des prochaines semaines

Les fous sont  encore au milieu de leur saison de reproduction. Les jeunes fous prennent leur envol au début d'octobre. Il faudra attendre au mois d'août pour vérifier si le phénomène perdure, note Magella Guillemette.   « On est, souligne-t-il, vraiment en train d'observer ce qui se passe, comme si on suit la température d'un bébé, va-t-elle augmenter ou si elle va descendre. »

Les fous de Bassan reviennent se reproduire sur leurs lieux de naissance à partir de l'âge de cinq ans, et ce, pour les quinze années suivantes. Ainsi, les conséquences de la marée noire de 2009 dans le golfe du Mexique pourront être vraiment évaluées l'an prochain. De même, l'échec de la reproduction l'an dernier et les problèmes soulevés cette année se répercuteront sur la colonie en 2017 et 2018.

nullRépartition des six colonies de fous de Bassan Photo : David Pelletier - Google Maps modifié

Il est donc encore trop tôt pour envisager les conséquences à long terme de ces phénomènes sur la colonie. « Ça va prendre quelques années, d'un scénario catastrophique comme ça pour avoir des impacts vraiment irrémédiables sur la colonie », indique Magella Guillemette.

Le directeur du parc de L'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, Rémy Plourde, est bien d'accord.  « Le but présentement, ce n'est pas de créer un sentiment de panique, c'est de comprendre et c'est vraiment de voir évoluer les problématiques. », souligne M. Plourde.

Des six colonies de l'Atlantique Nord, celle de l'île Bonaventure semble la plus touchée même si des chercheurs ont relevé une baisse de la reproduction sur d'autres sites.

Entre 105 000 et 108 000 fous de Bassan sont présentement sur l'île Bonaventure. La plus importante colonie en Amérique du Nord et la seconde au monde après en Saint-Kilda Écosse est aussi le meilleur endroit au monde, selon Rémy Plourde, pour les approcher et les observer.

D'après  un reportage de Joane Bérubé

Est du Québec

Environnement