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WikiLeaks : Bradley Manning est un voleur, un espion... mais pas un traître

Bradley Manning est escorté à sa sortie de la cour martiale, après le prononcé de la sentence.

Bradley Manning est escorté à sa sortie de la cour martiale, après le prononcé de la sentence.

Photo : AFP / MARK WILSON

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le soldat américain à l'origine de la plus importante fuite de documents de l'histoire des États-Unis, Bradley Manning, a été reconnu non coupable de collusion avec l'ennemi pour avoir transmis plus de 700 000 documents gouvernementaux secrets au site WikiLeaks, qui les a mis en ligne.

La juge militaire Denise Lind, qui a présidé le procès qui avait commencé le 3 juin à la base de Fort Meade, au Maryland, a annoncé son verdict mardi.

L'accusation de collusion avec l'ennemi était la plus grave des 21 accusations portées contre le soldat.

Bradley Manning, 25 ans, a toutefois été reconnu coupable de cinq accusations d'espionnage, de cinq accusations de vol, d'une accusation de fraude informatique et d'autres infractions militaires.

Il est passible de plus de 125 années de prison. Les recommandations sur la peine devraient commencer mercredi.

Vives réactions

Sur son compte Twitter, WikiLeaks s'est indigné de la décision de la juge en disant qu'elle « démontre un extrémisme dangereux en ce qui a trait à la sécurité nationale de la part de l'administration Obama ».

Julian AssangeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Julian Assange

Photo : AFP / GEOFF CADDICK

« Le gouvernement a gardé Bradley Manning dans une cage, l'a déshabillé et l'a isolé afin de le contraindre à parler, un acte formellement condamné par le rapporteur spécial des Nations unies pour la torture. Ça n'a jamais été un procès juste », a dénoncé Julian Assange, de l'ambassade équatorienne de Londres, où il vit réfugié depuis plus d'un an.

Le fondateur de WikiLeaks fait référence au traitement qu'aurait subi le jeune soldat avant d'être rapatrié en sol américain. Il souhaite l'annulation du jugement.

Il a aussi décoché une flèche aiguisée au président Barack Obama, l'accusant d'être le président américain ayant le plus souvent entamé des poursuites judiciaires contre des éditeurs et des dénonciateurs. Une accusation avec laquelle l'organisme Reporters sans frontières est en accord.

Il s'agit d'un avertissement adressé aux donneurs d'alerte contre lesquels l'administration Obama mène une chasse d'ampleur inédite sans prendre en compte l'intérêt public de leurs révélations.

Une citation de :Reporters sans frontières

Certains analysent plutôt la décision de la juge militaire Denise Lind comme un frein pouvant empêcher de futurs dénonciateurs de s'exprimer. « Il pourrait effectivement y avoir certains effets psychologiques liés à la façon dont le gouvernement américain gère les cas de fuite, estime l'expert en renseignements secrets gouvernementaux, Steven Aftergood, sauf que c'est bien difficile à prédire ».

 M. Aftergood rapporte aussi l'effet positif que pourrait avoir le jugement : « Les procureurs pourraient se dire : "Ok, nous sommes allés jusqu'au bout. Prenons un peu de recul maintenant" ».

L'Union américaine pour la défense des libertés (ACLU) juge elle aussi que les « fuites à la presse dans l'intérêt du public ne doivent pas être poursuivies en vertu de la loi sur l'espionnage ».

La plupart notent que le cas du soldat Manning ressemble à celui d'Edward Snowden, l'homme derrière les révélations entourant l'existence du programme de surveillance PRISM. Depuis le 23 juin dernier, ce dernier se terre à l'aéroport de Moscou-Cheremetievo, en Russie, d'où il a réussi à envoyer 21 demandes d'asile politique. 

Informateur ou un traître?

Bradley Manning a admis en février avoir transmis à WikiLeaks plus de 470 000 rapports de terrain sur les guerres en Irak et en Afghanistan, 250 000 câbles diplomatiques du département d'État américain et plusieurs vidéos de terrain, alors qu'il travaillait comme analyste du renseignement militaire à Bagdad au début de 2010.

Le soldat affirme qu'il a transmis ces documents à WikiLeaks pour exposer des crimes de guerre et les mensonges de la diplomatie. Il se décrit comme un informateur, mais refuse le titre de « traître ».

« J'assume l'entière responsabilité de mes actions », avait-il dit lors d'une audition en février.

J'avais le sentiment d'accomplir quelque chose qui me permettrait d'être en paix avec ma conscience.

Une citation de :Bradley Manning

Dans son plaidoyer final la semaine dernière, l'avocat de la défense, David Coombs, a d'ailleurs présenté le soldat comme un dénonciateur naïf, qui n'a jamais souhaité que les documents qu'il a divulgués soient vus par l'ennemi.

Le soldat affirme avoir choisi du matériel qui ne nuirait pas aux troupes ni à la sécurité nationale.

Pendant le procès, la défense a par ailleurs tenté de démontrer que les documents révélés par Bradley Manning n'étaient pas d'ordre confidentiel. Les avocats du soldat citent en exemple le cas d'une vidéo de 2007 montrant un hélicoptère américain tuer huit civils à Bagdad, dont un photographe de Reuters et son chauffeur.

Extrait de la vidéo diffusée sur WikiLeaks.comAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Extrait de la vidéo diffusée sur WikiLeaks.com

Photo : La Presse canadienne / WikiLeaks

Stratégie du procureur

Pendant le procès, le procureur a fait témoigner un membre du Pentagone, qui a déclaré que cette vidéo révélait des tactiques et des procédures militaires secrètes.

Le procureur a qualifié Bradley Manning de pirate anarchiste et de traître qui a divulgué des informations classifiées qu'il était chargé de protéger, en sachant qu'elles seraient vues par Al-Qaïda. Il a aussi tenté de montrer que le chef de l'organisation terroriste, Oussama ben Laden, avait obtenu des copies de certains documents publiés par WikiLeaks avant d'être tué en mai 2011.

Pendant le procès, l'expert du département d'État Nicholas Murphy a indiqué qu'au moins 117 des 250 000 documents révélés contenaient des informations confidentielles « volées » au gouvernement américain.

Selon lui, 96 documents portaient le sceau « confidentiel » et au moins 21 autres étaient identifiés comme « secrets » lorsque le soldat Manning les a donnés à WikiLeaks.

Le procureur tentait, avec ce témoignage, de prouver que le soldat Manning a consciemment publié des informations classées secrètes.

Liens avec WikiLeaks

Le procureur a aussi tenté de prouver que le lien entre WikiLeaks et Bradley Manning est plus fort que ce que le jeune soldat raconte et qu'il répondait directement aux demandes des dirigeants de WikiLeaks.

Bradley Manning a admis avoir livré les documents à WikiLeaks, mais a toujours déclaré l'avoir fait selon ses propres conditions.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, et Reuters

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