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Exclusif

Réfugiés : des dizaines d’enfants arrivent seuls à la frontière chaque année

Frontière entre le Canada et les États-Unis à Fort Érié, en Ontario.

Plusieurs enfants sont déposés en taxi à la frontière entre le Canada et les États-Unis à Fort Érié, en Ontario.

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pas moins de 323 enfants se sont présentés, sans leurs parents, à des postes frontaliers canadiens l'an dernier pour revendiquer le statut de réfugié.

Ces jeunes exilés avaient en moyenne 10 ans, selon des données obtenues par Radio-Canada auprès de l'Agence des services frontaliers.

Des travailleurs sociaux affirment qu'il n'est pas rare de voir des enfants de moins de 10 ans laissés seuls à l'aéroport Pearson de Toronto dans la zone des arrivées ou être envoyés en taxi à la frontière entre les États-Unis et le Canada.

La majorité d'entre eux arrivent aux différents points d'entrée du sud de l'Ontario. Le poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, est cependant le bureau qui a reçu le plus de requêtes en 2012, soit 104.

L'un de ces réfugiés mineurs, Muhamad, un Kurde d'Irak, est arrivé au poste frontalier de Fort Érié, en Ontario, après que ses parents eurent payé 20 000 $US à une agence pour l'y amener. « Ils m'ont interrogé à la frontière, raconte-t-il. J'avais vraiment peur à ce moment-là. Mais ils ont dit : "tu peux passer." C'est la première fois que je me suis dit, ok, ça va peut-être bien se terminer ».

Quand je rêve, c'est toujours à propos de l'Irak. Ce sont toujours des cauchemars sur ma vie là-bas.

Une citation de :Muhamad, réfugié de l'Irak

Le nombre de demandes d'asile d'enfants seuls est stable depuis 2008, selon les dernières données fournies à Radio-Canada.

Pays d'origine les plus répandus :

  • Colombie
  • Honduras
  • Burundi

Témoin d'assassinats

Bryan Shone travaille à la Société d'aide à l'enfance de la région de Peel, qui s'occupe notamment de trouver des familles d'accueil aux enfants abandonnés à l'aéroport Pearson de Toronto.

Il affirme avoir rencontré des jeunes qui ont été témoins de l'assassinat de leurs parents durant des guerres civiles. D'autres viennent au Canada afin d'éviter d'être enrôlés dans une armée d'enfants-soldats ou pour fuir un mariage forcé.

Imaginez en tant que parent, quel genre de problème vous pousserait à dire adieu à votre enfant et le mettre dans un avion pour un pays étranger.

Une citation de :Bryan Shone, Société d'aide à l'enfance de la région de Peel

À Fort Érié, en Ontario, le plus jeune exilé en 2012 était un bambin de deux ans du Pérou, abandonné par sa mère et transporté par un organisme de bienfaisance.

Fort ÉriéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le centre de bienvenue est situé dans les locaux de l’Agence des services frontaliers, mais son personnel travaille pour un organisme local. Il s’agit d’un modèle unique au Canada.

Les familles des jeunes paient habituellement une agence ou un accompagnateur pour prendre soin de l'enfant jusqu'à son arrivée à la frontière.

Mineurs non accompagnés ayant demandé l'asile en 2012 :

  • Atlantique et Québec : 151
  • Nord de l'Ontario et région de Toronto : 36
  • Sud de l'Ontario : 130
  • Prairies et Pacifique : 6

L'obtention du statut

L'avocate Christine Lonsdale de la firme McCarthy Tétrault a fondé un programme pour représenter gratuitement devant Immigration Canada les mineurs qui arrivent seuls au pays.

Des fois, ils sont très traumatisés, donc c'est pas facile de parler avec eux de ce qui s'est passé. Des fois, ils sont très petits, donc ils ne sont pas en mesure de vous aider [à étoffer leur demande de réfugié].

Une citation de :Chistine Lonsdale, avocate

Elle ajoute que certains ont même du mal à comprendre pourquoi leur famille les a envoyés au Canada.

Son travail consiste à rassembler des preuves pour démontrer au tribunal que l'enfant serait en danger si on le renvoyait dans son pays.

Elle craint que les réformes récentes d'Immigration Canada, qui raccourcissent le temps alloué pour présenter un dossier, ne pénalisent les enfants. Selon elle, ceux-ci ont besoin de plus de temps pour rassembler la documentation nécessaire à leur défense.

Vide juridique

L'Agence des services frontaliers ne conserve pas de statistiques sur le nombre de mineurs qui se présentent à la frontière. Elle comptabilise seulement ceux qui présentent une demande pour obtenir le statut de réfugié. L'Agence s'est refusée à tout commentaire.

Or, selon le Conseil canadien pour les réfugiés, plusieurs jeunes sont incapables de faire une demande à cause de la complexité de la loi. Ils se retrouvent alors dans un vide juridique.

« On les laisse entrer, mais on ne leur donne pas la possibilité de faire une demande d'asile », note Janet Dench, la directrice de l'organisme. Elle ajoute que ces enfants grandissent souvent au Canada, mais ils se retrouvent menacés d'expulsion dès qu'ils atteignent l'âge de 18 ans.

Autre problème : en Ontario, les sociétés d'aide à l'enfance du gouvernement provincial n'ont pas le mandat de prendre en charge les jeunes de 16 ans et plus. Certains adolescents sont donc traités comme des adultes, dans un pays étranger, alors qu'ils n'ont pas de statut.

réfugié kurdeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Muhamad a été frappé par un groupe hostile aux Kurdes et a pratiquement perdu l’usage de son œil lorsqu’il avait 16 ans. Après plusieurs traitements et une chirurgie, il arrive à percevoir les silhouettes.

Témoignages :

Muhamad, Irak, 17 ans

Muhamad, un jeune Kurde d'Irak, a perdu l'usage de son oeil gauche à l'âge de 16 ans après une attaque contre sa communauté en 2010. Ses parents ont alors versé 20 000 $US à une agence pour le transporter jusqu'à la frontière canado-américaine à Fort Érié. Il se souvient de son angoisse devant les agents d'immigration. Il était seul, il parlait à peine anglais et son oeil le faisait énormément souffrir. Il a obtenu le statut de réfugié et s'apprête maintenant à entreprendre des études collégiales à Hamilton en Ontario.

Mary, Zimbabwe, 16 ans

Mary (nom fictif pour des raisons de sécurité) vient d'une famille de fermiers blancs du Zimbabwe. Lorsqu'elle avait 16 ans, des milices ont décidé de reprendre de force les terres appartenant aux descendants des colons britanniques. Après le saccage de leur résidence, ses parents ont sacrifié leurs économies pour envoyer l'aînée de leurs six enfants à l'étranger. Elle ne connaissait personne lorsqu'elle est arrivée au Canada et elle a dû attendre cinq ans avant d'avoir des nouvelles de ses parents et de ses frères restés au Zimbabwe.

Kamal, 11 ans

Kamal (nom fictif et origine protégée pour des raisons de sécurité) a vu ses deux parents se faire tuer devant lui. Ces derniers faisaient partie d'un groupe de résistance au gouvernement en place. Dans les jours qui ont suivi leur mort, un voisin lui a acheté un billet d'avion, un faux passeport et a payé un inconnu pour l'accompagner jusqu'au Canada. Une fois à destination, il a été abandonné sur un banc de la zone des arrivées de l'aéroport Pearson de Toronto.

Alejandro, Pérou, 2 ans

Alejandro (nom fictif) a voyagé avec sa mère du Pérou jusqu'aux États-Unis. Leur but était d'aller rejoindre des tantes vivant au Canada. La mère et l'enfant ont cependant été séparés dans des circonstances nébuleuses et quelqu'un a confié le bambin à un organisme de bienfaisance de Buffalo. L'organisme a ensuite transporté le garçon jusqu'à la frontière canadienne dans l'espoir que les services de protection de l'enfance puissent retrouver les membres de sa famille au Canada.

* Selon un dossier d'Annie Poulin

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