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Elliot Lake : des travaux « trop risqués », selon le propriétaire

Le propriétaire du centre Algo, à Elliot Lake, Robert Nazarian

Photo : Radio-Canada/Yvon Thériault

Radio-Canada

Un scénario qui aurait permis de réparer le toit du centre Algo, à Elliot Lake, trois ans avant qu'il ne s'effondre, a été abandonné parce que l'édifice n'aurait pu supporter le poids des réparations proposées, selon son propriétaire.

Robert Nazarian a terminé la deuxième journée de son témoignage à l'enquête publique, mardi. Il a indiqué qu'il était sur le point d'autoriser les rénovations, au coût de 903 000$, en 2008. Il a cependant « découvert » que le plan, proposé par un architecte qu'il avait embauché, aurait compromis la solidité de l'édifice.

Je ne regrette pas d'avoir écarté ce scénario, qui aurait pu mener à une catastrophe.

Le propriétaire du centre Algo, Robert Nazarian

L'architecte proposait d'ajouter une membrane étanche sur le toit, qui servait aussi de stationnement, pour ensuite la recouvrir d'asphalte.

Un article, paru dans un journal local, en avril 2008, indique que les travaux devaient commencer deux semaines plus tard. Interrogé à ce sujet par la Commission, Robert Nazarian a indiqué qu'il s'agissait de « fausse publicité ».

Ignifugation aussi négligée

La réparation du toit du centre commercial Algo n'est pas le seul projet de rénovation que son propriétaire a reporté. Robert Nazarian a admis qu'il avait aussi omis durant des années de traiter l'édifice contre le feu.

Il a témoigné que toute ignifugation aurait été inutile, compte tenu du problème d'infiltration d'eau chronique au centre commercial. Il a affirmé que ce problème, à l'origine de l'effondrement du toit, devait selon lui être réglé en premier, ce qui n'a jamais été fait.

M. Nazarian s'est pourtant conformé à la requête d'ignifugation du chef des pompiers d'Elliot Lake, mais seulement des années après avoir acheté le Centre Algo, en 2005.

L'homme d'affaires d'origine iranienne a entrepris, mercredi, sa deuxième journée de témoignage, après s'être excusé pour ses sautes d'humeur à la barre. Mardi, la tension est montée d'un cran entre lui et l'avocat de la commission Bélanger. Visiblement frustré par les questions pointues de Me Peter Doody, M. Nazarian a même répondu par une boutade qu'il avait « bu et joué », plutôt que d'investir dans la rénovation du centre commercial.

Le problème d'infiltration d'eau chronique était tel au Centre Algo que les résidents avait surnommé l'édifice les « chutes Algo ». Le toit, qui servait aussi de stationnement, s'est finalement effondré partiellement le 23 juin 2012, une poutre complètement rouillée ayant cédé sous le poids des véhicules. 

M. Nazarian s'est défendu en affirmant qu'il avait hérité d'un « éléphant blanc ». Il a témoigné que les propriétaires précédents ne l'avaient pas informé du tout du problème lorsqu'il a fait l'acquisition du centre commercial. Il ne savait pas, a-t-il dit, que des travaux de l'ordre de millions de dollars étaient nécessaires. Il a ajouté qu'il avait voulu poursuivre les anciens propriétaires, mais que son avocat lui avait conseillé à l'époque de ne pas le faire. Selon le contrat de vente, l'homme d'affaires d'origine iranienne avait acheté l'établissement « tel quel ».

Robert Nazarian veut rebâtir

Robert Nazarian cherche à donner une nouvelle vocation au site du Centre Algo, qui a été rasé après son effondrement partiel. M. Nazarian est toujours propriétaire du terrain et il planifie rester dans la communauté populaire auprès des retraités, selon son avocat. Me Michael Title n'a pas précisé ce que son client avait en tête exactement, mais il admet qu'il devra d'abord « rebâtir les ponts » avec les résidents.

M. Nazarian a affirmé devant la commission Bélanger qu'il avait fait tout son possible pour réparer le toit du Centre Algo. Il a même soutenu mercredi qu'il était prêt à utiliser sa marge de crédit personnelle pour régler la facture.

La fuite était ma principale préoccupation, mon cauchemar depuis le premier jour.

Robert Nazarian, propriétaire du Centre Algo

« Nous n'avons rien fait de mal », a ajouté M. Nazarian.

Toutefois, il a avoué « ne pas avoir de réponse » lorsqu'il a été interrogé sur le fait qu'il avait demandé qu'on retire les mots « fuite en cours » d'un rapport d'inspection.

La semaine dernière, son fils, Levon, qui aidait son père à gérer le Centre Algo, a témoigné devant la commission Bélanger que ce dernier s'était senti trompé, après avoir acheté l'établissement.

Des ouvriers filment les dommages sur le site de l'effondrement à Elliot Lake.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les Nazarian avaient tenté de se départir du centre commercial, mais sans succès. Levon Nazarian a nié que c'était parce qu'ils ne voulaient pas effectuer les réparations nécessaires. Il a affirmé que, même dans les jours précédant le drame, Eastwood Mall Inc. tentait de trouver les fonds requis.

Ce qu'il reste du Centre Algo (rien) un peu plus d'un an après l'effondrement mortel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ce qu'il reste du Centre Algo (rien) un peu plus d'un an après son effondrement mortel.

Photo : Yanik Dumont Baron

Vérité?

Toutefois, d'autres témoins ont soutenu devant la commission qu'aucuns travaux majeurs n'avaient été financés et qu'une société-écran avait même été créée pour laisser croire au créancier des Nazarian que d'importants travaux seraient amorcés. Levon Nazarian a nié catégoriquement la mise sur pied d'une telle compagnie dans le seul but de prouver à la Banque RBC, déjà inquiète de l'état du bâtiment, que celui-ci serait réparé.

Levon Nazarian a aussi été accusé dans l'enquête publique d'avoir camouflé la vérité à propos du Centre Algo en évitant de transmettre un rapport d'inspection indépendant, commandé par un locataire du centre commercial, à un autre ingénieur responsable de son inspection.

Il aurait également tenté de dissimuler la chute d'un morceau de béton de l'édifice quelques mois avant l'effondrement de 2012.

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