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Joie, incertitude et inquiétudes après le coup d'État en Égypte

Les opposants de Mohamed Morsi célèbrent son départ dans les rues du Caire, devant le palais présidentiel, le 3 juillet 2013

Photo : La Presse canadienne / Khalil Hamra

Radio-Canada

L'armée égyptienne a écarté mercredi le président Mohamed Morsi et suspendu la Constitution, avant de proposer une brève transition durant laquelle des élections présidentielle et parlementaires seront organisées. La foule a exprimé sa joie sur la place Tahrir, au Caire, mais plusieurs craignent des dérapages, après que des heurts eurent fait une quinzaine de morts.

Dans une allocution télévisée, le chef de l'état-major, Abdel Fatah Al-Sissi, a présenté la feuille de route mise au point avec l'opposition politique, des représentants des mouvements de la jeunesse égyptienne et des autorités religieuses.

Abdel Fattah Al-Sissi, ministre égyptien de la Défense

Abdel Fattah Al-Sissi, ministre égyptien de la Défense

Photo : AFP

Le président de la Cour constitutionnelle, Adli Mansour, remplacera Mohamed Morsi à la tête de l'institution présidentielle. Il sera assermenté jeudi.

La durée de la transition n'a pas été précisée. Le pays sera dirigé durant cette période par un gouvernement national de technocrates.

Mohamed Morsi a réagi sur son compte Twitter, affirmant que l'annonce de l'armée est un « coup d'État complet ». Il appelle à résister « pacifiquement », selon un proche cité par l'Agence France-Presse. Dans un enregistrement vidéo, il demande aux Égyptiens de refuser « l'atteinte à la légitimité constitutionnelle ».

Le président déchu est détenu par les autorités au ministère de la Défense, selon un haut responsable des Frères musulmans, mouvance dont il est issu. Les conseillers du président déchu ont été pour leur part assignés à résidence dans la caserne de la Garde républicaine.

L'étau s'est resserré autour des Frères musulmans quelques heures après l'éviction du président. Les forces de sécurité ont arrêté le chef du Parti justice et liberté, émanation politique de la confrérie islamiste, Saad El-Katatni.

Des mandats d'arrêt visant près de 300 Frères musulmans ont été délivrés, indique le quotidien local Al-Ahram. Les membres du mouvement dont est issu M. Morsi sont accusés d'incitation à la violence et de troubles à la sécurité et à la paix générales.

Les autorités militaires ont également fait fermer trois chaînes de télévision favorables à Morsi, dont Egypt25, la chaîne des Frères musulmans. Selon l'agence Mena, les directeurs d'Egypt25 ont été arrêtés peu après l'annonce de la destitution de Morsi.

Ce que prévoit la feuille de route de l'armée :

  • Suspension de la Constitution
  • Tenue d'élections présidentielle et parlementaires
  • Nomination du président de la Cour constitutionnelle, Adli Mansour, comme chef d'État par intérim
  • Mise en place d'un gouvernement national de technocrates pour la période transitoire
  • Formation d'une commission d'experts et de représentants de la population pour réviser la Constitution
  • Mise en œuvre d'un code d'éthique dans les médias pour garantir la liberté d'information
  • Plus grande ouverture à la jeunesse égyptienne dans les institutions de l'État
  • Formation d'un comité de réconciliation nationale

Les autorités religieuses de la mosquée Al-Azhar et le chef de la communauté copte soutiennent l'armée. Le représentant de l'opposition, Mohammed ElBaradei, estime quant à lui que les mesures annoncées par le chef de l'état-major « répondent aux aspirations du peuple ».

Manifestations violentes

Les partisans de Mohamed Morsi continuent de soutenir le leader déchu dans plusieurs villes, menant à de violents heurts avec les opposants. À Marsa Matrouh, au nord-ouest du pays, huit personnes ont été tuées lors de l'attaque armée du siège des services de sécurité.

Dans la deuxième ville du pays, Alexandrie, des affrontements à coups de pierres et de briques ont fait trois morts. Des coups de feu ont également été entendus. De violents incidents ont également été signalés à Minya, au sud du Caire, où trois personnes, dont deux policiers, ont été tuées.

Devant les nombreux cas d'agressions sexuelles sur la place Tahrir et ses environs, près d'une centaine selon l'organisme Human Rights Watch, l'armée a érigé un périmètre de sécurité pour protéger les femmes.

L'Égypte, entre révolution populaire et pouvoir militaire

Réactions à l'international

Le président américain, Barack Obama, s'est dit « profondément inquiet » de ce nouveau bouleversement politique, lançant un appel à l'élection rapide d'un nouveau gouvernement civil. M. Obama a aussi évoqué une révision de l'aide militaire américaine à l'Égypte.

L'aide annuelle américaine d'un milliard et demi de dollars pour l'Égypte sera par ailleurs réexaminée, les États-Unis s'interdisant de soutenir un pays où un coup d'État a eu lieu. C'est ce qu'a indiqué le sénateur Patrick Leahy, président de la sous-commission chargée du contrôle de l'aide américaine à l'étranger. Les États-Unis ordonnent l'évacuation de leur ambassade dans la capitale égyptienne, craignant l'intensification des violences.

L'Union européenne souhaite également la tenue rapide d'élections.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lancé un appel au calme, au dialogue et à la retenue, en soulignant lui aussi la nécessité de revenir rapidement à un pouvoir civil. Il a insisté sur la nécessité de maintenir les droits fondamentaux, comme ceux de parole et de rassemblement. « L'interférence militaire dans les affaires de tout État est une source de préoccupation », a affirmé M.Ki-moon.

Avant même l'assermentation du dirigeant intérimaire prévue jeudi, le roi Abdallah d'Arabie saoudite a félicité Adli Mansour. Il est le premier dirigeant étranger à offrir ses félicitations officielles.

Le Qatar en revanche, seul pays du Golfe à avoir publiquement pris le parti de Morsi et qui soutenait à bout de bras l'économie égyptienne, n'a pas réagi.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s'est quant à lui contenté d'indiquer que « la France prend acte » de la tenue de futures élections. Il souhaite que la période transitoire se déroule dans « le respect de la paix civile ».

« Le Royaume-Uni ne voit pas dans les interventions militaires un moyen de régler des conflits dans un système démocratique », a commenté le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague.

Ottawa invite toutes les parties en Égypte à garder le calme, à éviter la violence et à s'engager dans un dialogue constructif. L'ambassade canadienne au Caire, fermée depuis mardi pour des raisons de sécurité, le demeurera jeudi.

Rôle clé de l'armée

Les militaires ont mis leur menace à exécution dès l'expiration du délai de 48 heures donné au chef de l'État pour répondre aux attentes des centaines de milliers de manifestants réclamant son départ depuis plusieurs jours.

L'armée égyptienne patrouille dans les rues avoisinant l'Université du Caire

L'armée égyptienne patrouille dans les rues avoisinant l'Université du Caire

Photo : AFP / MAHMOUD KHALED

L'armée a d'abord pris position dans plusieurs lieux stratégiques du Caire, près du palais présidentiel et devant le siège de la télévision nationale. M. Morsi se trouvait dans les locaux de la Garde républicaine, sans que l'on sache alors s'il était ou non en détention. Il avait appelé plus tôt mercredi à la formation d'un « gouvernement de coalition et de consensus ».

Un an à peine après l'entrée au pouvoir du président issu des Frères musulmans, l'armée, qui a toujours joué un rôle déterminant dans l'exercice du pouvoir en Égypte, démontre qu'elle demeure un acteur institutionnel majeur.

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Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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