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Sept morts et plus de 600 blessés dans les violences en Égypte

Des centaines de milliers d'Égyptiens ont manifesté à l'extérieur du palais présidentiel au Caire

Photo : AFP / GIANLUIGI GUERCIA

Radio-Canada
Mis à jour le 

Les affrontements entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi ont fait au moins sept morts et plus de 600 blessés dimanche en Égypte, selon un nouveau bilan obtenu dans la nuit auprès de la sécurité et des services de secours.

Cinq personnes ont été tuées au sud du Caire, dans la vallée du Nil : trois à Assiout, une à Beni Souef et une à Fayoum. Deux autres morts par balle ont été signalés de sources médicales lors de l'attaque du siège national des Frères musulmans, dont est issu le chef de l'État, dans une banlieue du Caire.

Le bâtiment a été attaqué par des centaines de personnes, lançant des cocktails Molotov et des pierres, et a été incendié. Des coups de feu ont été échangés.

Dans tout le pays, 613 personnes ont été soignées pour des blessures reçues pendant les affrontements, a précisé le ministère de la Santé dans un nouveau bilan.

Au Caire et à Alexandrie, plus d'un million de personnes ont manifesté.

Pendant ce temps, des Égyptiens de Montréal ont organisé aussi une manifestation dimanche pour réclamer « le départ de Morsi et la fin du régime oppressif des Frères musulmans ». 

« Communiqué révolutionnaire numéro 1 »

Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak début 2011, la place Tahrir au Caire s'est transformée en mer de drapeaux rouge-blanc-noir, et les slogans n'ont pas changé : « Le peuple veut la chute du régime », ont scandé les manifestants.

La foule, estimée à 500 000 personnes en fin de soirée, avait progressivement grossi à mesure que la journée avançait et que la température diminuait, contrastant avec les rues par ailleurs pratiquement désertes de la capitale.

Un hélicoptère de l'armée qui survolait la place a lancé des drapeaux aux manifestants, « par simple geste patriotique et non en signe de soutien politique », a dit une source militaire.

Le Front de salut national (FSN), coalition de l'opposition libérale, a publié un « Communiqué révolutionnaire n°1 » dans lequel il crie victoire et affirme que les masses « ont confirmé la chute du régime de Mohamed Morsi et des Frères musulmans ».

Les organisateurs ont appelé les manifestants à poursuivre l'occupation des places dans toutes les villes du pays jusqu'au départ du chef de l'État. Les opposants dénoncent une dérive autoritaire de Mohamed Morsi et accusent les Frères musulmans de vouloir accaparer tous les pouvoirs et d'avoir trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

D'autres manifestants entendent plus prosaïquement protester contre la dégradation de leurs conditions de vie alors que la situation économique et sécuritaire s'est détériorée depuis la « révolution du Nil ».

Mohamed Morsi, dont quelque 20 000 partisans se sont rassemblés devant une mosquée du quartier périphérique de Nasr City, non loin du palais présidentiel, s'est dit déterminé à tenir tête à ce qu'il présente comme une remise en cause antidémocratique de sa légitimité électorale, émanant selon lui de partisans de l'ancien régime.

L'Égypte, entre révolution populaire et pouvoir militaire

« Une voie sans issue »

Dans une interview accordée au journal britannique The Guardian, publiée dimanche, le chef de l'État fait valoir que s'il cède « il y aura toujours des gens pour s'opposer au nouveau président et, une semaine ou un mois plus tard, ils demanderont sa démission ». Mohamed Morsi y réitère aussi sa proposition, formulée mercredi dans un discours télévisé, de réviser la Constitution d'inspiration islamiste, une suggestion que l'opposition a jugé insuffisante.

Le chef du parti islamiste Nour, Younis Makhyoun, a jugé que les manifestants avaient tort de demander le départ de Morsi, mais il a appelé le président à faire des concessions et a proposé sa médiation. « Il faut faire des concessions, même si c'est difficile, pour épargner le sang des Égyptiens », a-t-il dit à Reuters, redoutant « une escalade qui sera difficile à contrôler ».

Certains opposants espèrent que l'armée, déployée en force dans les rues et dont des hélicoptères ont survolé dans la journée la capitale, interviendra pour forcer la main au président égyptien, voire pour reprendre le pouvoir qu'elle lui a restitué il y a un an.

« Nous avons tous l'impression de marcher sur une voie sans issue et que le pays va s'effondrer » , a commenté Mohamed ElBaradei, un des chefs de file de l'opposition libérale, laquelle dit avoir recueilli 22 millions de signatures pour sa pétition en faveur de profonds changements dans le pays.

« Ça ne me concerne pas »

Accablés par les coupures d'électricité et les pénuries d'essence et d'eau de plus en plus régulières, mais aussi par la hausse du chômage et du coût de la vie, de nombreux Égyptiens ont exprimé leur intention de descendre dans la rue.

Sur la place Tahrir, certains ont tendu de grandes banderoles proclamant « La révolution continue », « Dehors, dehors comme Moubarak » ou « Obama soutient le terrorisme », en allusion aux appels du président américain au dialogue et au respect de la légitimité des urnes.

Alors que les religieux d'Al Azhar, la plus haute autorité de l'islam en Égypte, ont dit craindre cette semaine une « guerre civile », beaucoup d'Égyptiens expriment leur lassitude face à cette instabilité permanente qui rend leur vie chaque jour plus difficile.

« Je ne suis ni d'un côté, ni de l'autre », dit Zika, 23 ans, vendeur sur un marché du centre du Caire inhabituellement calme. « Si on vote pour les uns, ils ne nous donneront pas à manger, si on vote pour les autres, ça ne sera pas mieux. »

« Ce qui se passe aujourd'hui est une honte. Je n'irai pas manifester, ça ne me concerne pas. Moi, je ne suis qu'un vendeur de tomates. »

Reuters


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