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L'affaire Snowden : une « patate chaude » internationale

Le secrétaire d'État américain, John Kerry

Le secrétaire d'État américain, John Kerry

Photo : AFP / JACQUELYN MARTIN

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pendant que le secrétaire d'État américain, John Kerry, s'agite en menaçant la Chine et la Russie, ces derniers tentent de refiler à un autre pays la « patate chaude » que représente le dossier de l'ex-consultant de la CIA Eward Snowden, accusé d'espionnage aux États-Unis.

Le chef de la diplomatie américaine soutient que Snowden a « trahi » son pays et que la seule destination qui devrait lui être autorisée est les États-Unis. « S'il a été délibérément autorisé à embarquer à bord d'un avion, cela serait décevant », a déclaré M. Kerry depuis New Delhi, en Inde, en répondant à une question sur le rôle de la Chine dans la fuite de M. Snowden. « Il y aurait de ce fait et sans aucun doute un effet et un impact sur les relations, ainsi que des conséquences », a-t-il ajouté.

Edward Snowden a quitté Hong Kong pour atterrir à Moscou dimanche, espérant probablement se rendre en Équateur, à qui il a demandé asile. Sa fuite constitue un revers en matière de politique étrangère pour Barack Obama, qui tente depuis 2009 de se rapprocher de Moscou et, depuis plus récemment, de Pékin.

« Pour la Chine, c'est certainement un soulagement. Ils ne voulaient pas laisser [Snowden] rester trop longtemps. »

— Une citation de  ChengLi, spécialiste de la politique chinoise à la Brookings Institution
Le député de Hong Kong Albert Ho a conseillé Edward Snowden durant son passage dans le territoire autonome chinois.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le député de Hong Kong Albert Ho a conseillé Edward Snowden durant son passage dans le territoire autonome chinois.

Photo : AFP / PHILIPPE LOPEZ

M. Kerry tire maintenant sur la Chine et la Russie, qui profitent toutes deux des fuites dont M. Snowden est à l'origine. Les allégations d'espionnage informatique contre les États-Unis, contenues dans les révélations de Snowden, ont permis à Pékin de placer la diplomatie américaine sur la défensive après avoir été régulièrement montré du doigt en cette matière au cours des derniers mois.

L'agence officielle Chine Nouvelle est allée jusqu'à traiter Washington de « plus grand voyou de notre temps », un ton devenu inhabituel dans le langage officiel chinois. Profitant de ce revirement diplomatique, la Chine tente toutefois de refiler la gestion du reste du dossier à un tiers puisqu'il risquerait de déstabiliser les relations sino-américaines. 

En privé, les responsables américains pensent aussi que les autorités de Pékin ont demandé à laisser partir Snowden pour transmettre à Moscou la « patate chaude » qui aurait pu dégénérer en querelle diplomatique.

Un nouveau chapitre conflictuel avec la Russie

Quant à la Russie, un entretien avec un espion américain constitue une sorte de cadeau. « Les services russes de renseignement et de contre-espionnage ont beaucoup de questions à poser à une personne aussi informée », avait déclaré dimanche soir une source au sein des services de sécurité russes. « Je n'ai aucun doute que cela sera fait. »

« Je suis sûr que Snowden aura une soirée bien remplie et une nuit sans sommeil », avait-il ajouté pendant que l'Américain se trouvait apparemment dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou-Cheremetievo, où il en a profité pour demander l'asile politique à l'Équateur.

« Snowden présente beaucoup d'intérêt pour le FSB (services secrets russes). Il peut donner des informations sur les aspects techniques de l'interception des données », a indiqué de son côté le spécialiste des questions de sécurité Pavel Felgenhauer. « Un débriefing en présence de spécialistes techniques prend beaucoup de temps », a précisé M. Felgenhauer, en précisant que ces entretiens pourraient se dérouler dans un futur pays d'accueil.

Les présidents américain et russe, Barack Obama et Vladimir Poutine, lors d'une rencontre bilatérale lors du sommet du G8.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les présidents américain et russe, Barack Obama et Vladimir Poutine, lors d'une rencontre bilatérale lors du sommet du G8.

Photo : AFP / JEWEL SAMAD

Interrogé sur le rôle de la Russie, M. Kerry a rappelé que les États-Unis ont transféré, au cours des deux dernières années, sept prisonniers que réclamait la Russie. « Je pense que la réciprocité et l'exécution de la loi sont assez importants », a déclaré M. Kerry.

Contrairement aux relations avec la Chine, celles des États-Unis avec la Russie se détériorent depuis plusieurs mois. « Les relations entre la Russie et les États-Unis sont tellement mauvaises que je ne sais pas ce qui peut encore les assombrir », a indiqué le responsable de l'Institut des États-Unis et du Canada Viktor Kremeniouk. Le dossier Snowden s'ajoutera ainsi aux différends qui opposent les deux pays: le conflit syrien, le nucléaire iranien et les droits de la personne en Russie.

Recherché par les États-Unis pour avoir divulgué des informations sensibles sur les opérations américaines de surveillance électronique, Snowden est arrivé dimanche à Moscou en provenance de Hong Kong, où il s'était réfugié. Il aurait quitté Hong Kong pour la Russie, mais personne ne l'a vu depuis. Le mystère plane maintenant autant sur sa destination que sur l'endroit où il se trouve.

Les États-Unis ont révoqué son passeport et demandé que cet ancien collaborateur de la CIA et de l'Agence nationale de sécurité (NSA) soit empêché de poursuivre sa route.

Révélations choquantes

Edward Snowden a reconnu être à l'origine des fuites sur l'existence d'un vaste programme de surveillance des communications téléphoniques et via Internet, le PRISM.

Il a également affirmé que la NSA piratait depuis 2009 les ordinateurs d'institutions appartenant à l'ancienne colonie britannique, ainsi qu'à la Chine.

Ses révélations, publiées début juin par le Guardian et le Washington Post (Nouvelle fenêtre), montrent comment la NSA a amassé quantité de données téléphoniques et numériques provenant de compagnies telles que Verizon, Google, Apple et Facebook.

Un cas de liberté d'expression, selon Quito

Le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patino, quittant son hôtel à Hanoi, au Vietnam, le 24 juin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patino, quittant son hôtel à Hanoi, au Vietnam, le 24 juin.

Photo : AFP / HOANG DINH NAM

La demande d'asile à l'Équateur déposée par Edward Snowden relève d'une affaire de « liberté d'expression », a estimé son ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patino. 

L'Équateur en est encore à examiner le dossier, mais M. Patino estime que l'informaticien américain est « persécuté » et il s'interroge sur les allégations de trahison à son endroit. M. Patino soutient que le dossier Snowden sera analysé sous l'angle du respect des droits de la personne. Le ministre Patino estime, par ailleurs, que le programme de surveillance américain constitue une violation des droits du monde entier. 

« Nous agissons toujours sur des principes, pas pour nos intérêts propres. Il y a des gouvernements qui agissent plus pour leurs intérêts propres. Pas nous. Nous faisons attention aux droits de l'homme. »

— Une citation de  Ricardo Patino, ministre des Affaires étrangères de l'Équateur

Le site WikiLeaks fondé par Julian Assange, qui a lui-même obtenu l'asile à l'ambassade de l'Équateur à Londres pour échapper à une extradition, a annoncé que Snowden était « en route pour la République d'Équateur par un chemin sûr afin d'obtenir l'asile ».

Le chef de la diplomatie équatorienne a toutefois déclaré que seul Moscou sait où se trouve l'ancien sous-traitant de la NSA.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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