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Collusion à Montréal : « C'était une chasse gardée de part et d'autre » -Théberge

Gilles Théberge

Gilles Théberge

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La commission Charbonneau a interrogé ce matin Gilles Théberge sur la collusion qui régnait à Montréal avant qu'il ne quitte Sintra en 2000 après l'explosion de sa voiture. Ce cadre à la retraite a expliqué à la procureure Claudine Roy que les entreprises avaient établi des chasses gardées que chacun se devait de respecter.

Un texte de François Messier (Nouvelle fenêtre) et Bernard Leduc (Nouvelle fenêtre)

Lire aussi : Collusion à Laval: « Tout le monde était heureux! »

Ainsi, a-t-il expliqué, jamais Sintra, qui participait à un cartel de l'asphalte, n'a même envisagé de se lancer dans les trottoirs, secteur dominé notamment par Mivela Construction de Nicolo Milioto et BP Asphalte de Joe Borsellino, avec lesquels son entreprise travaillait en exclusivité.

« Si eux ne venaient pas dans l'asphalte, nous on n'allait pas dans les trottoirs. C'était une chasse gardée de part et d'autre », a-t-il fait valoir : « Ça veut dire chacun chez soi ».

Ce système impliquait que tous les contrats de sous-traitance de trottoirs de Sintra devaient être attribués aux membres du cartel des trottoirs, qui décidaient qui allait les avoir.

Il soutient que cette pratique des chasses gardées était répandue, tant dans les anciennes villes devenues arrondissements que sur la Rive-Nord et la Rive-Sud. Ainsi, Verdun était sous la coupe de Catcan de Tony Catania et Ville Saint-Laurent sous celle d'Infrabec, de Garnier, et de Frank Catania et associés.

Me Théberge ne peut dire si les collusionnaires dans l'asphalte ont fait un travail de moindre qualité afin que se multiplient les nids-de-poule dans les rues de Montréal. Mais il soutient que la qualité du produit qui sortait des usines d'asphalte a diminué depuis 10 ans, ce qui pourrait expliquer l'état des rues.

Sintra a aussi profité des services de Luc Leclerc

L'ancien ingénieur de la Ville Luc Leclerc, qui est passé aux aveux l'automne dernier devant la commission, a surveillé plusieurs chantiers de Sintra entre 1995 et 2000.

Tous les entrepreneurs à Montréal voulaient avoir sur leur chantier Luc Leclerc pour faire les faux extras pour payer à l'entrepreneur des quantités qu'il n'a pas faites.

Une citation de :Gilles Théberge

Il a expliqué que Sintra n'a jamais donné à M. Leclerc d'argent comptant pour le récompenser pour les extras attribués, mais a plutôt payé un sous-traitant 25 000 $ pour faire l'aménagement paysager de sa résidence.

L'entrepreneur à la retraite a aussi expliqué que Sintra a probablement dépensé entre 8000 $ et 10 000 $ par année en bouteilles de vin pour les fonctionnaires municipaux et a aussi invité, dans une loge au Centre Bell, des fonctionnaires de la Ville de Montréal, dont Gilles Vézina et Luc Leclerc, et d'autres du ministère des Transports.

Un cartel de l'asphalte à Montréal

La semaine dernière, Gilles Théberge a été interrogé sur ce qu'il a vécu quand il était directeur chez Sintra, qui est à la fois entrepreneur en construction et fournisseur d'asphalte.

Il a quitté précipitamment l'entreprise le 15 juin 2000 après l'explosion, en peine nuit, de sa voiture de fonction, garée dans le stationnement de sa résidence de Lorraine. Il a assuré que cet attentat était lié à ses activités professionnelles.

Il n'a cependant pu dire avec certitude qui avait commandité l'assassinat, ni s'il était lié à la collusion à laquelle se livrait Sintra dans l'asphalte ou à son refus de laisser le champ libre à d'autres entrepreneurs pour des contrats publics accordés notamment par la Ville de Montréal.

Il a cependant révélé que son voisin d'en face avait été vandalisé les jours précédents et que Nicolo Milioto, à l'époque dirigeant de Mivela construction, lui avait dit à ce moment qu'il s'agissait d'un « avertissement ».

Gilles Théberge a dit à la commission que Sintra avait décidé de se constituer en cartel au début des années 2000, lors d'une réunion à laquelle participaient des représentants de DJL, Simard-Beaudry et Beaver Asphalte.

Ce cartel a décidé des volumes d'asphalte que chacun devait produire et des prix planchers sur les différents produits qui seraient offerts aux entrepreneurs de Montréal et de la Rive-Sud, faisant du coup bondir les marges de profits à 30 %, comparativement à 4 % ou 8 % dans un marché en libre concurrence.

« Ça s'est divisé en deux parties : il y a un groupe qui s'est occupé de Montréal, et il y a un groupe - c'était pratiquement les mêmes personnages -, qui s'est occupé de la Rive-Sud », a précisé Gilles Théberge.

Il a soutenu que le Groupe Beauval et Mathers avait participé au stratagème à Montréal et que des ententes avaient été conclues avec Pavages Chenail, Carrière Bernier et P.A. Baillargeon sur la Rive-Sud.

Gilles Théberge a aussi révélé que Sintra avait fait de la collusion pour certains contrats publics de la Ville de Montréal après avoir acheté une usine d'asphalte de Demix à Laval.

Il a expliqué que Sintra s'entendait sur la répartition des contrats de fourniture de béton bitumineux avec DJL, Simard-Beaudry et Beauval, et concluait des ententes similaires avec DJL, Soter et Beaver Asphalte pour les contrats de planage et de resurfaçage de la Ville.

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