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Descendons-nous vraiment de l'arbre?

Australopithecus afarensis

La reconstitution d'un Australopithecus afarensis présentée au Houston Museum of Natural Science

Photo : AFP / Dave Einsel

Radio-Canada

Les origines de la bipédie humaine sont remises en question par des anthropologues britanniques. La Dre Isabelle Winder et ses collègues de l'Université de York affirment que la capacité à se déplacer sur deux pieds est apparue en raison des terrains escarpés où évoluaient les ancêtres de l'homme en Afrique. Selon eux, il aurait été bien plus facile de se déplacer dans cet environnement debout sur deux jambes.

La théorie largement acceptée par la science veut que nos lointains ancêtres aient été forcés de quitter les arbres dans lesquels ils vivaient lorsque le climat a changé, réduisant la couverture des forêts. Ainsi, contraints de descendre au sol pour se nourrir, ils se seraient peu à peu redressés pour finir par marcher sur deux jambes.

La nouvelle hypothèse explique, selon l'équipe britannique, la raison pour laquelle les premiers homininés (membres de la lignée humaine) ont survécu aux nombreux prédateurs de la savane africaine une fois au sol, le talon d'Achille de la théorie de l'arbre.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Antiquity se basent sur l'anatomie de la marche et le type d'environnement où évoluaient les homininés pour avancer leur explication.

Nos recherches montrent que le bipédisme peut s'être développé en réponse au terrain, et non pas en réaction à des changements de végétation liés au climat.

Auteurs

Les homininés auraient donc, il y a quelque 6 millions d'années, été attirés par le relief escarpé et les gorges rocheuses d'Afrique de l'Est et du Sud qui offraient de nombreux abris et de plus grandes possibilités d'attraper des proies que le terrain plat de la savane.

Mme Winder soutient que ce type de terrain accidenté est mal adapté à la marche sur quatre membres, et qu'il était plus avantageux de rester en équilibre sur juste deux ou trois membres et d'utiliser les autres pour se stabiliser.

Nous pensons que c'est ce qui s'est produit. Les jambes de nos ancêtres ont fini par supporter l'essentiel de leur poids, ce qui a rendu la posture debout importante.

Isabelle Winder

Leurs mains auraient ensuite été utilisées pour se stabiliser ou se hisser sur des obstacles, à l'exemple des chimpanzés.

En outre, relève la chercheuse, les australopithèques comme Lucy ont des corps qui mélangent à la fois des traits liés à l'escalade et d'autres liés à la marche debout sur deux jambes.

Les homininés auraient ensuite eu les mains suffisamment libres pour acquérir une dextérité manuelle accrue et développer l'utilisation d'outils. Le squelette et la structure du pied des protohumains se seraient ensuite modifiés, quand ils se sont aventurés dans les plaines environnantes à la recherche de nouvelles proies et de nouveaux habitats.

Ce terrain varié pourrait aussi avoir contribué à l'amélioration des capacités cognitives, comme l'orientation dans l'espace, et des facultés de communication, ce qui expliquerait l'évolution ininterrompue de nos cerveaux et de nos fonctions sociales telles que la coopération et le travail en équipe.

Isabelle Winder
Le paléontologue Yves Coppens pose derrière une vitrine exposant des ossements de Lucy, en 2004. | ©AFP/Fred TanneauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le paléontologue Yves Coppens pose derrière une vitrine exposant des ossements de Lucy, en 2004. | ©AFP/Fred Tanneau

Photo : AFP / Le paléontologue Yves Coppens pose derrière une vitrine exposant des ossements de Lucy, en 2004. | ©

Tous les processus clefs dans l'évolution des homininés sont réunis dans cette théorie, conclut Mme Winder, qui est convaincue que son scénario est plus réaliste que les hypothèses traditionnelles.

Le saviez-vous?

En octobre 2012,  l'analyse des os de l'épaule d'un australopithèque réalisée par une équipe américaine laissait à penser que cet ancêtre de l'homme, bien que bipède, était aussi un grimpeur très actif.

Avec les informations de Agence France-Presse

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